Jusqu’au 7 novembre, la commune de Fontenay-sous-Bois accueille la première édition de FLASH, festival social et citoyen qui dresse un portrait des périphéries, urbaines, sociales ou intimes, à travers des images d’archives et contemporaines. Plusieurs artistes ont été invité·es à explorer cette thématique, notamment Carolina Arantes, Léa Rivera-Hadjes ou encore Mohamed Bourouissa, qui présente son film documentaire expérimental Noubia.
Fontenay-sous-Bois a cette particularité de se raconter à travers sa topographie. Construite sur deux versants, la commune juxtapose des réalités sociales qui se côtoient sans toujours se rencontrer : d’un côté, des quartiers plus aisés tournés vers Paris et le bois de Vincennes ; de l’autre, autour de Val-de-Fontenay, des ensembles sortis de terre entre les années 1950 et 1970.
C’est précisément ce désir de créer du lien entre les différentes composantes de la ville qui est au cœur de FLASH. Pour sa première édition, le festival s’est installé à la Halle Roublot, ancien marché couvert transformé en pôle artistique. Un lieu où Émilie Chazelle et Margaux Hannart ont imaginé un projet qui dépasse le seul cadre de l’exposition pour faire de la photographie un catalyseur de rencontres, de transmission et de mise en relation : « FLASH est avant tout un festival social et citoyen, qui utilise le médium photographique comme outil d’interrogation et de valorisation des territoires et populations périphériques. »

Une périphérie envisagée au-delà de sa dimension géographique
Toutes deux ont grandi autour de Cergy-Pontoise, dans une banlieue dont elles retiennent autant la richesse de la mixité sociale et culturelle que le manque de représentation. Avec FLASH, elles entendent déplacer le regard vers ces territoires, leurs habitant·es et leurs histoires à travers trois volets : une exposition réunissant des artistes contemporain·es dont les œuvres explorent cette idée de marge ; un volet plus historique imaginé à partir d’archives photographiques liées à Fontenay-sous-Bois ; et enfin un troisième, essentiellement participatif, issu d’un travail collaboratif avec la population locale.
Au cœur de FLASH, Émilie Chazelle et Margaux Hannart placent une conception élargie de la périphérie, envisagée au-delà de sa seule dimension géographique, dans ses aspects sociaux ou intimes : « Il y a notamment ce sentiment d’être à la marge de la société, d’une communauté, voire de soi-même. » Pour elles, l’intime est résolument politique.

C’est ce qu’illustre l’exposition Trajectoire(s), qui réunit douze artistes contemporain·es explorant les différentes formes de marginalité à travers la photographie, le film, la sculpture, le livre ou l’installation. Plusieurs projets sont consacrés à la jeunesse et à la quête de soi. Avec La Vie immédiate, Sandra Rocha livre ainsi un journal intime collectif dans lequel des adolescent·es livrent leur perception de l’avenir. Leurs mots dialoguent avec des clichés transfigurés par des jeux de collage. Plus loin, dans des images en noir et blanc où affleure une poésie toute en retenue, Gil Lesage documente la transition de genre de son enfant.
D’autres séries, comme celle d’Anne Mocaër, s’intéressent à la manière dont les transformations urbaines affectent celles et ceux qui habitent la ville. Avec Avenue Royale, la photographe donne un visage aux habitant·es d’un quartier de Casablanca pris depuis plus de trente ans dans un vaste projet de réaménagement, entre démolitions annoncées et promesses de relogement. Hicham Gardaf et Rio Saito observent quant à eux des formes de vie façonnées par la ville et ses mutations : le premier filme à Tanger les vendeurs de Javel, métier voué à disparaître face à l’urbanisation accélérée ; le second s’intéresse aux habitant·es de la périphérie du Caire qui traversent chaque jour le Ring Road au péril de leur vie pour rejoindre le centre-ville. Les trajectoires féminines et les questions d’émancipation traversent également les travaux de Mohamed Bourouissa, Sabrina Belouaar ou encore Laïs Decaster. Cette dernière prend pour décor le Car Wash, une station de lavage où sa sœur, tout en nettoyant sa voiture, raconte le rapport d’indépendance, de séduction et de liberté qu’elle entretient avec celle-ci.

Plus loin, les expositions Fragments d’une histoire collective et Banlieue en fête ! racontent Fontenay-sous-Bois à travers ses célébrations collectives pour la première, qui puise dans les archives municipales de la commune, et intimes pour la seconde, imaginée à partir des clichés personnels des Fontenaisien·nes. Une exposition qui cristallise l’ambition du festival de devenir une plateforme collaborative et participative. Les nombreux partenariats et ateliers organisés autour de FLASH prolongent cette volonté. Si le festival a été pensé comme une biennale, les ateliers se poursuivront tout au long de l’année afin de maintenir un lien avec la population locale. À terme, FLASH ambitionne de se développer et d’investir d’autres lieux de la ville. De quoi, surtout, inscrire durablement la photographie dans un territoire où elle était jusqu’ici peu présente.