Gabrielle Hébert : l’amour comme langage intime à la Villa Médicis

01 janvier 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Gabrielle Hébert : l’amour comme langage intime à la Villa Médicis
Gabrielle Hébert (1853-1934), Peppino Scossa endormi dans les bras de sa mère, 11 août 1888, aristotype à la gélatine, 8,7 x 11,7 cm, Paris, musée national Ernest Hébert © Musée d’Orsay, Dist. GrandPalaisRmn / Alexis Brandt
Éléonore d’Uckermann, le modèle Natalina, le prince Abamelek-Lazarev et le chien Farfaletta sur la terrasse du bosco, 5 janvier 1891
Gabrielle Hébert (1853-1934), Éléonore d’Uckermann, le modèle Natalina, le prince Abamelek-Lazarev et le chien Farfaletta sur la terrasse du bosco, 5 janvier 1891, aristotype à la gélatine, 8 x 10,8 cm, Paris, musée national Ernest Hébert © Musée d’Orsay, Dist. GrandPalaisRmn / Alexis Brandt

Elle a photographié l’amour – son amour – et le temps qui passe. À la Villa Médicis, Gabrielle Hébert fait de la photographie un langage intime, la chronique d’un couple et l’affirmation d’un regard féminin longtemps oublié. L’exposition que lui consacre aujourd’hui le musée d’Orsay révèle une œuvre rare, vibrante et profondément humaine, où chaque image raconte une histoire d’amour inscrite dans son époque et pourtant hors du temps.

Présentée au musée d’Orsay jusqu’au 15 février 2026, l’exposition Gabrielle Hébert – Amour fou à la Villa Médicis retrace l’itinéraire singulier d’une femme photographe dont l’œuvre, longtemps restée dans l’ombre, se révèle ici dans toute sa richesse et sa profondeur. Conçue par Marie Robert, conservatrice en chef de la photographie et du cinéma au musée d’Orsay, elle réunit pour la première fois un ensemble exceptionnel de tirages, négatifs, albums et documents personnels de Gabrielle Hébert (1853-1934), ainsi qu’une sélection d’objets, d’esquisses et d’outils ayant appartenu à son mari, Ernest Hébert (1817-1908), révélant la force d’un amour qui a façonné son regard et nourri sa création.

Ces œuvres proviennent des collections du musée national Ernest Hébert – fermé depuis 2014, mais dont les fonds sont conservés et valorisés par le musée d’Orsay – ainsi que de celles du musée Hébert de La Tronche (Isère), installé dans la maison familiale de l’artiste, près de Grenoble, et dirigé par Fabienne Pluchart. Ce lieu est consacré à l’œuvre d’Ernest Hébert, peintre majeur du 19e siècle et deux fois directeur de l’Académie de France à Rome, aussi appelée la Villa Médicis. Un haut lieu de création qui accueille chaque année des artistes en résidence. Au cœur de cette exposition, l’« amour fou » qui unit Gabrielle et Ernest devient la clé de lecture d’un récit sensible, mêlant intimité, création et héritage dans le cadre unique et inspirant de la Villa.

Étude de lys dans les jardins par le pensionnaire Ernest Laurent et Ernest Hébert, en compagnie du modèle Amalia Scossa, 7 juin 1890
Gabrielle Hébert (1853-1934), Étude de lys dans les jardins par le pensionnaire Ernest Laurent et Ernest Hébert, en compagnie du modèle Amalia Scossa, 7 juin 1890, aristotype à la gélatine, contrecollé sur carton, 8,1 x 11,4 cm, Paris, musée national Ernest Hébert © Musée d’Orsay, Dist. GrandPalaisRmn / Alexis Brandt
Arrière de la statue d’Apollon vainqueur du monstre Python, 13 mai 1891
Gabrielle Hébert (1853-1934). Arrière de la statue d’Apollon vainqueur du monstre Python, 13 mai 1891, aristotype à la gélatine, 8,2 × 10,9 cm, Paris, musée national Ernest Hébert © Musée d’Orsay, Dist. GrandPalaisRmn / Alexis Brandt
170 pages
7,50 €

Un langage intime et une manière d’habiter le monde

Le travail de redécouverte mené par Marie Robert a débuté par une année de recherche en résidence à la Villa Médicis, aujourd’hui dirigée par l’historien de l’art et commissaire d’exposition Sam Stourdzé. Marcher sur les pas de Gabrielle Hébert et d’Ernest Hébert, de trente-six ans son aîné, dans ce lieu chargé d’histoire, c’est mesurer combien la création continue d’habiter chaque pierre, chaque jardin et chaque salon. Leur présence se devine encore dans les moindres recoins de la Villa Médicis. Cette immersion dans le lieu d’origine révèle ce que fut la photographie pour l’artiste. Bien plus qu’un médium, c’est un langage intime et une manière d’habiter le monde. « Je photo », notait-elle dans son carnet, comme pour affirmer que photographier relevait d’un geste vital, quotidien. Une façon aussi d’inscrire son amour pour son mari dans l’éternité, image après image, comme autant de preuves sensibles de leur vie partagée.

L’inversion des rôles par l’objectif

Gabrielle Hébert découvre la photographie en 1888. Formée auprès du professionnel romain Cesare Vasari et influencée par les frères Giuseppe et Luigi Primoli, pionniers de l’instantané, elle réalise, en vingt ans, près de 2000 clichés, constituant une chronique inédite de la vie à la Villa Médicis. Elle y photographie les artistes en résidence, les modèles, les visiteur·ses, les animaux, les jardins, les saisons. Tous les genres y passent : portrait, nu, paysage, scène du quotidien. Son regard est profondément moderne, et sa pratique, libre et intuitive. La Villa devient, sous son objectif, un véritable laboratoire d’observation, une forme de reportage avant l’heure. Mais plus encore que les lieux et les êtres, c’est Ernest Hébert qui occupe le centre de son œuvre. Son « Mein Alles » – « Mon tout », en allemand – apparaît sur des centaines d’images : au travail dans son atelier, en promenade, entouré de proches ou de dos… En inversant les rôles traditionnels, Gabrielle Hébert fait de son mari son sujet principal, là où lui ne la peindra que deux fois. Sa pratique photographique devient ainsi une déclaration d’amour et un geste de mémoire.

La suite de cet article est à retrouver dans Fisheye #74.

L’exposition Gabrielle Hébert – Amour fou à la Villa Médicis est à découvrir au musée d’Orsay jusqu’au 15 février 2026.

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