La beauté fanée de l’Église

06 décembre 2018   •  
Écrit par Lou Tsatsas
La beauté fanée de l’Église

Jesse Williams, photographe installé à Londres, aime mêler la mode et le documentaire. Dans Between the shadows and the saints, il donne à voir une église catholique magnifiée et modernisée.

« Je produis à la fois des photographies de mode et documentaire. Mais ce que j’aime surtout, c’est mélanger ces deux disciplines pour créer de beaux récits visuels »,

explique Jesse Williams. Ce photographe, établi à Londres, perçoit la mode comme un véritable outil narratif. D’abord compositeur, l’artiste s’est tourné vers la photographie en 2015. « C’est rapidement devenu une pratique libératrice et épanouissante », précise-t-il. S’il n’a pas suivi de véritable formation, Jesse Williams se fie à son intuition première pour capturer le monde qui l’entoure.

Between the shadows and the saints explore l’esthétique de l’Église romane, mais également la splendeur des œuvres d’art, des parures et de l’architecture associées à cette religion. « J’ai grandi dans une famille chrétienne, et j’allais régulièrement à l’église lorsque j’étais jeune, confie le photographe. À travers cette série, je souhaitais mettre en lumière l’atmosphère particulière des églises catholiques, leur faire honneur. » Comme à son habitude, Jesse Williams s’est inspiré de l’esthétique de la mode afin de sublimer les différents ornements. Une lumière douce éclaire les robes et les visages des sœurs d’un halo paisible. Des détails des peintures classiques viennent compléter l’ensemble avec noblesse. « On y voit la beauté de l’Église et son influence sur la communauté religieuse », ajoute l’artiste.

© Jesse Williams© Jesse Williams

Une féérie perdue

Cet hommage à la splendeur des lieux religieux est primordial pour le photographe, car leur beauté se fane. « Les églises que nous visitions en famille appartenaient à un mouvement contemporain qui se détache des lieux saints plus traditionnels », précise Jesse Williams. Si la naissance de ces communautés plus ouvertes d’esprit a fait évoluer les mœurs, elle efface également l’élégance des liturgies chrétiennes classiques. « Sans ces cérémonies, l’Église a perdu son pouvoir enchanteur », déplore le photographe.

En redorant l’image du clergé, Jesse Williams interroge le regardeur. L’esthétique liée à une religion est-elle indissociable des croyances ? L’évolution de la pensée religieuse n’est-elle pas plus satisfaisante ? La modernité à laquelle aspire l’Église peut-elle aller de pair avec la beauté d’antan ? Pour l’artiste, redonner aux lieux saints cette esthétique noble leur permettrait de retrouver une féérie perdue depuis quelques années. « Le fantasme d’une Église décidée à explorer un futur plus grand, plus beau. » Between the shadows and the saints donne à voir une inspiration pour les croyants, comme pour la société. « Après tout, les robes et accessoires du Vatican ont certainement été une grande source d’inspiration pour les marques de haute couture », conclut le photographe.

© Jesse Williams© Jesse Williams

© Jesse Williams

© Jesse Williams© Jesse Williams
© Jesse Williams© Jesse Williams

© Jesse Williams

© Jesse Williams© Jesse Williams

© Jesse Williams

© Jesse Williams

Explorez
MYOP, vingt ans de photographie : défaire, refaire, rêver le monde
© Agnès Dherbeys
MYOP, vingt ans de photographie : défaire, refaire, rêver le monde
À l’occasion de son vingtième anniversaire, le collectif MYOP investit le Carré de Baudouin avec une exposition manifeste....
09 janvier 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Zexuan Zeng : la mémoire et le pouvoir
The Internal Crusade © Zexuan Zeng
Zexuan Zeng : la mémoire et le pouvoir
Le photographe Zexuan Zeng exhume lors d'un voyage les fantômes de l'Armée rouge qui ont réalisé la Longue Marche, un épisode fatal de la...
08 janvier 2026   •  
Écrit par Thomas Andrei
Le Nemesiache : avant-garde féministe sud-italienne entre art et mythe
© Lina Mangiacapre
Le Nemesiache : avant-garde féministe sud-italienne entre art et mythe
Longtemps marginalisé dans les récits de l’histoire de l’art, le collectif féministe napolitain Le Nemesiache, actif dans les années...
07 janvier 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Les images de la semaine du 29 décembre 2025 : au revoir 2025, bonjour 2026 !
© Elisa Grosman
Les images de la semaine du 29 décembre 2025 : au revoir 2025, bonjour 2026 !
C’est l’heure du récap ! Dans les pages de Fisheye cette semaine, on célébrait les paillettes, la neige, la couleur, l’océan et une femme...
04 janvier 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Chroniques d'un pays traversé, par Julien Pebrel
© Julien Pebrel
Chroniques d’un pays traversé, par Julien Pebrel
Membre de l’agence MYOP, Julien Pebrel étudie la Géorgie depuis plusieurs années à travers un travail d’enquête au long cours, divisé en...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Milena III
La sélection Instagram #541 : ne voir qu'une seule couleur
© Emilien Guyard / Instagram
La sélection Instagram #541 : ne voir qu’une seule couleur
Dans notre sélection Instagram de la semaine, les artistes se mettent en mode unicolore. Ils et elles captent les camaïeux et les teintes...
13 janvier 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Les coups de cœur #572 : Odysseas Tsompanoglou et Macy Castañeda-Lee
© Odysseas Tsompanoglou
Les coups de cœur #572 : Odysseas Tsompanoglou et Macy Castañeda-Lee
Odysseas Tsompanoglou et Macy Castañeda-Lee, nos coups de cœur de la semaine, s’intéressent tous deux à des thématiques intimes ayant...
12 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les images de la semaine du 5 janvier 2026 : tenir ses bonnes résolutions
© p.arbld / Instagram
Les images de la semaine du 5 janvier 2026 : tenir ses bonnes résolutions
C’est l’heure du récap ! En ce début d’année, un certain nombre d’entre nous ont pris de bonnes résolutions. Qu’il s’agisse de multiplier...
11 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet