La photographie est un sport de combat

21 mars 2018   •  
Écrit par Anaïs Viand
La photographie est un sport de combat

Fisheye a assisté à la première battle photographique française à Paris. Un projet fou imaginé et réalisé par le collectif de street photography GASP. Retour sur cette soirée inédite avec les images de #MINOU, l’équipe lauréate, 100 % féminine.

« Avant la soirée, le concept de battle photographique était un énorme point d’interrogation (…) on n’avait même pas compris les règles du jeu », confie l’une des équipes participantes à la toute première édition de « The Battle, un ring, des photographes, de la sueur ! » Il est vrai que le projet du collectif GASP – composé de sept photographes de rue – paraissait fou. Pourtant, lundi 12 mars, à 19h30, on rentre dans le ring : un bar sympa situé dans le 19e arrondissement de Paris, Aux petits joueurs. Et on en ressort conquis.

Le concept est simple et s’inspire des joutes entre rappeurs et des matchs d’improvisation théâtrale. Sauf que c’est à coups de clichés que se sont affrontées les huit équipes toute la soirée. Le principe ? Chaque team choisit en 20 secondes une image parmi une banque de 60 photos de son cru qu’elle a préalablement sélectionnées. Elle l’« envoie » sur le vidéoprojecteur. Au jury et au public de choisir, en criant et en applaudissant, la photo gagnante entre la proposition initiale d’un groupe et la réponse photographique de l’équipe adverse. En guise d’applaudimètre, une application sur tablette mesure les réactions. La compétition est musclée. « Quand on se retrouve face à son travail et qu’on doit extraire une photo d’une série, on s’aperçoit que la photo forte est rare », confie l’équipe gagnante.

© Julie Franchet

© Julie Franchet

#MINOU : une équipe déchaînée

Trois heures de cris, d’applaudissements et de lancés de clichés (et de frites et bières) auront suffi pour départager les huit équipes en lice. Et c’est la team #MINOU – Marie, Virginie, Julie et Clémence – qui remporte la première battle photo française. « Au vu de la communication un peu folle autour de l’évènement, il fallait marquer le coup, avec humour et autodérision », explique l’une des gagnantes. Les quatre filles ont choisi leur nom de compétition en référence à #METOO. Au départ inquiètes, elles ont rapidement relâché la pression. « À la fin du premier round, les filles étaient complètement déchaînées », commente Cyril Abad, le fondateur du collectif. Tout comme le public « chauffé » par un duo de présentateurs choc, munis de gants de box et vêtus d’un short rouge : les photographes Alexandre Liebert et Patrick Cockpit.

Surtout qu’avant la soirée, elles ne se connaissaient pas du tout, « nous avons constitué l’équipe sur Facebook. Notre seul lien ? Nous étions toutes les quatre membres de Hans Lucas [studio de production dédié à la photographie et aux écritures numériques, ndlr] », confient les filles. C’est la magie de The Battle : en plus de partager d’excellents clichés, les photographes sont invités à collaborer avec des inconnus, « à creuser le corpus photographique de chacun pour en extraire le meilleur », commente Cyril. Des compétences parfaitement maîtrisées par l’équipe. « C’est drôle de voir à quel point une photo peut répondre à une autre », explique Marie, une des membres de #MINOU. Qu’il s’agisse de religion, de conflits ou encore de chatons, tous les participants ont su envoyer la bonne photo, au bon moment. « C’est la pertinence de la réponse photographique qui prime sur la simple beauté des images », explique Cyril heureux d’avoir vu plus de 180 personnes hystériques et enthousiasmées par cette joute visuelle. Curieux de découvrir une nouvelle manière d’appréhender et d’exposer la photographie qui renverse les codes pour en faire un spectacle vivant ? Rendez-vous donc à la prochaine édition de la Battle photographique dont les dates seront annoncées sur le compte Facebook de GASP.

© Marie Magnin

© Marie Magnin

© Marie Magnin

© Clémence Losfeld
“Mummy I’m scared”, ou un ensemble photographique en noir et blanc peuplé d’individus et d’animaux en gros plan, insolites, louches, morcelés, fantomatiques.
“Mummy I’m scared”, a photographic entity in black and white populated with people and animals closed up, strange, fragmented, unusual, ghostly.
© Clémence Losfeld
“Mummy I’m scared”, ou un ensemble photographique en noir et blanc peuplé d’individus et d’animaux en gros plan, insolites, louches, morcelés, fantomatiques.
“Mummy I’m scared”, a photographic entity in black and white populated with people and animals closed up, strange, fragmented, unusual, ghostly.

 © Clémence Losfeld

© Virginie Merle
«Ma masculinité, c’est l’expression d’un pouvoir à travers la sexualité, celui de prendre et celui de céder. Ou vice-versa.»
© Clémence Losfeld

© à g. Virginie Merle et à d. Clémence Losfeld

© Julie Franchet

© Julie Franchet (Image d’ouverture)

Explorez
Rencontres d'Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
Dana Steichen, M. Steichen est surpris par Mme Steichen en train de croiser un delphinium blanc avec un delphinium violet foncé afin d'augmenter la taille des fleurs de la variété blanche, Umpawaug Farm, Connecticut, États-Unis, 1938 Collection Spuerkeess. © 2026 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York.
Rencontres d’Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
La semaine d'ouverture vient de se clôturer, mais le festival, quant à lui, sera bien présent tout l'été, et ce, jusqu'au 4 octobre...
13 juillet 2026   •  
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
© Mallory Lowe Mpoka, In the Weft of Memory [Dans la trame de la mémoire] (détail), Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa, 2025, tissage jacquard et perles de verre Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
Le prix de la photo Madame Figaro, dédié aux femmes photographes émergentes, soutenu par Kering, a récompensé, à l’occasion des...
11 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Threshold © Akari Takenobu, pour Christian Dior Parfums
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Initié en 2018 par Christian Dior Parfums, en partenariat avec LUMA Arles et l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) le...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
© Li Hui
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
Cet été, la Fisheye Gallery, rouvre ses portes à Arles, avec deux expositions sous le commissariat de Tess Druot. La première réunit...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen
Nos derniers articles
Voir tous les articles
À Tours, le Jeu de Paume dévoile les secrets d’Ed Alcock
© Ed Alcock / MYOP
À Tours, le Jeu de Paume dévoile les secrets d’Ed Alcock
Secrets et mensonges. Cette exposition au nom énigmatique, présentée au Jeu de Paume de Tours, revient sur les quinze ans de pratique...
15 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Rencontres d'Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
Dana Steichen, M. Steichen est surpris par Mme Steichen en train de croiser un delphinium blanc avec un delphinium violet foncé afin d'augmenter la taille des fleurs de la variété blanche, Umpawaug Farm, Connecticut, États-Unis, 1938 Collection Spuerkeess. © 2026 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York.
Rencontres d’Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
La semaine d'ouverture vient de se clôturer, mais le festival, quant à lui, sera bien présent tout l'été, et ce, jusqu'au 4 octobre...
13 juillet 2026   •  
Madeleine de Sinéty et les mystères d’une vie de photographe
Béatrice et la télévision, Poilley, 1973 © Madeleine de Sinéty
Madeleine de Sinéty et les mystères d’une vie de photographe
Jusqu'au 27 septembre 2026, le musée du Jeu de Paume à Paris propose une exposition intitulée Une vie, dédiée à Madeleine de Sinéty....
13 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Magali Paulin, lauréate du prix Découverte 2026 Fondation Louis Roederer
© Magali Paulin, Pavillon de l’Indochine, construit pour l’Exposition coloniale de Nogent-sur-Marne de 1907. Jardin d’agronomie tropicale René-Dumont, Nogent-sur-Marne, juillet 2024, Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Magali Paulin, lauréate du prix Découverte 2026 Fondation Louis Roederer
Exposée dans le cadre des Rencontres d'Arles à l'Espace Monoprix, Magali Paulin remporte le prix du jury de la Fondation Louis Roederer...
12 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot