Le monde de l’édition photo : une nouvelle génération tourne la page

30 novembre 2017   •  
Écrit par Eric Karsenty
Le monde de l’édition photo : une nouvelle génération tourne la page
Le monde du livre photo a beaucoup changé. Ces dix dernières années, sont apparus de nouveaux outils numériques de fabrication, de financement et de distribution qui ont changé la donne d’un marché de niche devenu fragmenté. Résultat : l’offre n’a jamais été aussi riche, dans un contexte économique toujours aussi précaire. Quelle est la recette des éditeurs ? Quelles sont leurs stratégies de résistance ? Décryptage. Cet article fait partie du dossier de notre dernier numéro.
« Il n’y a jamais eu autant de beaux livres de photographie », déclare Patrick Le Bescont, créateur de Filigranes, maison d’édition qui publie plus d’une trentaine d’auteurs par an depuis trois décennies. « Le public photo s’est développé, mais le nombre de librairies s’est réduit », observe Xavier Barral, un des éditeurs majeurs de l’Hexagone. Les libraires spécialisés comme Marc Pussemier (Le 29) ou Clément Kauter (Le Plac’Art Photo) parlent même de « surpublication », dans une économie qu’un observateur comme Rémi Coignet, animateur du blog Des livres et des photos, qualifie de « dysfonctionnelle ». Que se passe-t-il donc dans ce petit monde qui conçoit, fabrique et distribue tous ces livres photo qui nous font rêver ?

Sentiment de déjà-vu

Plusieurs facteurs ayant bouleversé le monde de la photo ces dix dernières années peuvent expliquer cette situation paradoxale de l’édition photographique – une offre pléthorique dans une économie en crise. Le marché du livre photo a toujours été un marché de niche, entend-on depuis longtemps. Libraires et éditeurs s’accordent à déplorer qu’ils coûtent cher à fabriquer et à diffuser, et que le faible nombre d’acheteurs contraint à fixer un prix de vente assez élevé pour atteindre le point d’équilibre – c’est-à-dire quand les recettes absorbent les dépenses. Il existe des exceptions notables, avec des ouvrages comme La Terre vue du ciel, de Yann Arthus-Bertrand, ou Genesis, de Sebastiao Salgado. Mais force est de constater que « ces gros livres ne font plus recette », confie Nathalie Mayevski, qui vient de quitter les éditions de La Martinière pour fonder sa propre marque, imogene. « Ces gros tirages pour le grand public – on parle de plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires vendus – ont beaucoup baissé ces dernières années », précise-t-elle. Une certaine lassitude du public, un sentiment de déjà-vu pour des livres qu’on offre à l’occasion des fêtes, ou simplement un des effets de la crise… « Même les coéditions avec l’étranger ont fortement chuté », précise l’éditrice. « Les grandes maisons comme les Éditions du Chêne ou Flammarion ont déserté la photo », déplore Marc Pussemier. « Dans les années 1960, les livres photo se vendaient à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires », rappelle Rémi Coignet. Une époque où ils étaient moins des livres d’auteur que des livres d’images destinés à nous « rapporter » le monde… avant que la télévision et Internet ne s’en chargent. Mais ce modèle économique obsolète laisse aujourd’hui émerger de nouveaux formats. L’accès aux nouveaux outils de fabrication numérique, de la maquette à l’impression, a permis à de nombreux auteurs de se lancer dans l’autoédition, avec des résultats parfois très aboutis. « Au moment de Paris Photo, je reçois quatre ou cinq photographes par jour qui me proposent leur publication », nous révèle Marc Pussemier. Cette facilité d’accès et la baisse des coûts de fabrication pour les séries limitées, souvent réalisées à la main, ont encouragé plusieurs photographes à se faire éditeurs pour donner vie à leurs projets.

L’intégralité de cet article est à retrouver dans Fisheye #27, actuellement en kiosque et disponible sur Relay.com

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