Leica Oskar Barnack Award 2019 : deux lauréats pertinents

03 septembre 2019   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Leica Oskar Barnack Award 2019 : deux lauréats pertinents

Le 3 septembre, le prix Leica Oskar Barnack a révélé le nom de son lauréat 2019 : Mustafah Abdulaziz. Nanna Heitmann, quant à elle, reçoit le Newcomer Award. Deux photographes illustrant les nuances de notre société.

« Je félicite Mustafah Abdulaziz et Nanna Heitmann, lauréats 2019 du Leica Oskar Barnack Award. Ils se sont imposés face aux quelque 2300 concurrents originaires de 99 pays, et ont convaincu le jury à travers leurs séries à la fois fortes pertinentes et émouvantes. »

Les mots de Karin Rehn-Kaufmann, directrice artistique et directrice internationale des galeries Leica reflètent la beauté et la complexité des travaux des deux vainqueurs du célèbre prix photographique. Deux projets colossaux – en termes d’espace parcouru et de temps écoulé – qui donnent à voir la diversité de l’être humain, et sa relation à son environnement. Les deux artistes recevront leurs dotations lors d’une cérémonie solennelle, organisée le 25 septembre à Berlin. Une exposition accueillie par la Neue Schule für Fotografie présentera les œuvres des deux vainqueurs et des dix finalistes jusqu’au 25 octobre 2019. Un bel événement en perspective.

Un thème universel

Né en 1986 à New York, Mustafah Abdulaziz a d’abord étudié le journalisme et les sciences politiques avant de se plonger dans la photographie en autodidacte. Celui-ci perçoit l’image comme un outil capable de faire ressentir une réalité poignante. « Les clichés ont par nature le potentiel d’être esthétiques, c’est pourquoi je suis prudent à cet égard, confie-t-il. Ils doivent atteindre un équilibre fragile : être éloquents et conceptuels. Sinon je n’y crois pas, et si je n’y crois pas, que je ne peux attendre de l’observateur qu’il y croit. » Sa série Water, un projet ambitieux réalisé en huit ans, tente de représenter l’eau comme un thème universel. D’une contrée à l’autre, l’artiste a voyagé afin de capturer des instants fugaces, métaphoriques ou marquants, sublimant le pouvoir de l’élément, indispensable à nos vies.

Si l’auteur ne met jamais en scène ses créations, il choisit avec soin quels instants figer pour l’éternité. « Je ne fais pas ce travail uniquement parce qu’il m’apporte une grande satisfaction, mais parce qu’il est nécessaire, précise-t-il. Notre planète pourrait bien être le sujet majeur de notre époque. » Abondante ou presque inexistante, libre ou utilisée par l’Homme, l’eau devient la protagoniste d’une histoire intemporelle. En la hissant au cœur de son récit, Mystafah Abdulaziz interroge le spectateur : que deviendrait-il sans cette héroïne de l’ombre ?

© Mustafah Abdulaziz© Nanna Heitmann

© à g. Mustafah Abdulaziz, à d. Nanna Heitmann

Un conte vibrant

D’origine russe, Nanna Heitmann née en 1994, a toujours perçu son pays natal comme un lieu lointain, une grande tâche sombre sur la carte du monde. Durant ses études de photojournalisme, la jeune femme a souhaité découvrir cet espace retiré, en passant un semestre à Tomsk, en Sibérie. C’est au cœur de la découverte d’un territoire fascinant qu’est née sa série Hiding from Baba Yaga. Son équipement de camping et son boîtier pour seuls compagnons, la photographe a loué une jeep et s’est rendue en République de Touva. En longeant le fleuve Ienisseï, elle a traversé la taïga sibérienne, territoire sauvage lui évoquant des mythes et rites ancestraux.

Au cours de son périple le long du cours d’eau, elle repense à Baba Yaga, une sorcière cruelle venue du folklore slave, habitant ces territoires. « J’ai vite réalisé que le fleuve en lui-même ne jouait pas un rôle essentiel dans mon récit. J’étais à la recherche de personnes hors-norme, car, sur les rives du fleuve, les hommes – serfs, criminels, apostats en fuite, aventuriers ou vieux croyants – sont souvent en quête de protection et de liberté », raconte Nanna Heitmann. Dans un documentaire intimiste et délicat, elle fait le récit de ces personnages atypiques, protagonistes de contes plus modernes et vibrants.

© Nanna Heitmann

© Nanna Heitmann

© Nanna Heitmann© Nanna Heitmann

© Nanna Heitmann

© Nanna Heitmann

© Mustafah Abdulaziz

© Mustafah Abdulaziz© Mustafah Abdulaziz

© Mustafah Abdulaziz© Mustafah Abdulaziz

© Mustafah Abdulaziz

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