Les coups de cœur #423

09 janvier 2023   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Les coups de cœur #423

Tous deux installés à Paris, Anderson Jeronimo et Clément Poché, nos coups de cœur #423, croisent narrations et recherches plastiques. L’un s’inspire de son expérience en tant qu’immigrant, et l’autre dénonce une solution inadaptée face à l’urgence environnementale.

Anderson Jeronimo

« Avec mon premier boîtier instantané, j’ai réalisé que la photographie pouvait être une forme de dialogue entre les gens, ainsi qu’avec moi-même. Comme un miroir à travers lequel je me construisais et me reconstruisais »,

confie Anderson Jeronimo. Né au Brésil en 1982, le photographe s’est tourné vers le 8e art à l’âge de 16 ans, commençant à capturer le monde de manière intuitive, avec le Polaroïd de son père. Après plusieurs collaborations avec des magazines et l’obtention d’un diplôme en design de mode, il s’envole pour l’Europe en 2016, et pose ses valises à Paris. Un périple qui l’inspire et nourrit ses créations. « Ces dernières années, j’ai photographié mon expérience d’immigré. Je fige des extraits de ce que je vois, ce que je vis. J’aime aussi l’expérimentation visuelle et l’abstraction conceptuelle », précise-t-il. Man Ray, Claude Cahun, André Kertész, Jean-Paul Goude… Entre la poésie nostalgique de l’argentique et le raffinement du studio, Anderson Jeronimo capte les corps, les vibrations, les émotions des instants. Aux frontières du fantastique, ses compositions jouent avec la double exposition pour suggérer plutôt que documenter. Suggérer un univers illusoire où l’évasion va de pair avec la tendresse, où le réel perd pied pour laisser place aux possibles.

© Anderson Jeronimo© Anderson Jeronimo
© Anderson Jeronimo© Anderson Jeronimo
© Anderson Jeronimo© Anderson Jeronimo

© Anderson Jeronimo

Clément Poché

Photographe autodidacte, Clément Poché s’est d’abord formé au BAL, où il a travaillé en tant que chargé de production. « Cette formation du côté de la réalisation des expositions m’a permis de découvrir différentes facettes du médium. Cela a influencé ma pratique et mon positionnement en tant qu’auteur », explique-t-il. Fort de cette double expérience, il développe aujourd’hui une œuvre aux confins du documentaire et de la recherche plastique, croisant son goût pour la scénographie et ses interrogations engagées. « Mes recherches visuelles s’organisent autour de questions sociétales liées à l’homme et à son environnement, dans lesquelles je développe un mode opératoire propre en fonction du but recherché », poursuit-il. Un mélange parfaitement retranscrit dans Fix Nature : « La série est née de l’envie d’utiliser le scotch Gaffer que je manipulais lorsque je travaillais au BAL. Il était utilisé lors des montages d’expositions ou pour les conférences », confie le photographe. Accrochant, à l’aide du matériau, une nature aussi colorée qu’artificielle contrastant avec un ciel d’un bleu presque surréel, Clément Poché poursuit « une entreprise illusoire ». Aussi délicates que brutales, ses créations nous renvoient à notre volonté de dompter l’environnement, à notre incapacité à réagir face aux catastrophes imminentes. « Réparer la nature à l’aide d’une solution industrielle comme le plastique revient à s’obstiner dans une voie inadaptée », conclut l’auteur.

© Clément Poché© Clément Poché
© Clément Poché© Clément Poché
© Clément Poché© Clément Poché

© Clément Poché

Image d’ouverture : © Anderson Jeronimo

Explorez
Dans l’œil de Cloé Harent : derrière la falaise se cache la lumière
© Cloé Harent, Residency InCadaqués 2025
Dans l’œil de Cloé Harent : derrière la falaise se cache la lumière
Cette semaine, nous vous plongeons dans l’œil de Cloé Harent, dont l’œuvre a fait l’objet d’un accrochage lors de l’édition 2025 du...
02 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
5 coups de cœur qui photographient la neige
© Loan Silvestre
5 coups de cœur qui photographient la neige
Tous les lundis, nous partageons les projets de deux photographes qui ont retenu notre attention dans nos coups de cœur. Cette semaine...
22 décembre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
26 séries de photographies qui capturent l'hiver
Images issues de Midnight Sun (Collapse Books, 2025) © Aliocha Boi
26 séries de photographies qui capturent l’hiver
L’hiver, ses terres enneigées et ses festivités se révèlent être la muse d’un certain nombre de photographes. À cette occasion, la...
17 décembre 2025   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Grégoire Beraud et les terres colorées de l'Amazonie
Kipatsi © Grégoire Beraud
Grégoire Beraud et les terres colorées de l’Amazonie
Dans sa série Kípatsi, réalisée dans l’Amazonie péruvienne, Grégoire Beraud met en lumière la communauté Matsigenka, sa relation à la...
13 décembre 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Blue Monday : 28 séries de photographies qui remontent le moral 
© Charlotte Robin
Blue Monday : 28 séries de photographies qui remontent le moral 
Depuis 2005, chaque troisième lundi de janvier est connu pour être le Blue Monday. Derrière ce surnom se cache une croyance, née d’une...
Il y a 2 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les coups de cœur #573 : Ninon Boissaye et Guillaume Millet
00/00/0000 - 00:00, de la série (Ni) Non © Ninon Boissaye
Les coups de cœur #573 : Ninon Boissaye et Guillaume Millet
Ninon Boissaye et Guillaume Millet, nos coups de cœur de la semaine, s’intéressent à des sujets engagés et à des moments de flottement....
Il y a 5 heures   •  
Écrit par Marie Baranger
Les images de la semaine du 12 janvier 2026 : clubbing, Géorgie et couleurs
© Zhang JingXiang / Instagram
Les images de la semaine du 12 janvier 2026clubbing, Géorgie et couleurs
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les pages de Fisheye vous emmènent au cœur du monde du clubbing, en Géorgie et dans un univers...
18 janvier 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Jo Ratcliffe et Martin Parr : quand paysages et société se reflètent
© Martin Parr
Jo Ratcliffe et Martin Parr : quand paysages et société se reflètent
Au Jeu de Paume, du 30 janvier au 24 mai 2026, deux expositions majeures de photographie interrogent la manière dont l’image rend compte...
17 janvier 2026   •  
Écrit par Costanza Spina