
Nicolas Gastaud et Sonia Martina, nos coups de cœur de la semaine, explorent des récits intimes. Le premier sonde son héritage familial en Nouvelle-Calédonie, tandis que la seconde met en lumière à travers l’autoportrait l’identité féminine et la perte de mémoire.
Nicolas Gastaud
« Mes deux grands-mères sont issues de l’immigration : l’une est italienne, l’autre installée en Nouvelle-Calédonie. Ces héritages ont fait naître en moi l’envie de retourner sur ces territoires », raconte Nicolas Gastaud, chef opérateur et assistant caméra, qui explore le médium photographique depuis une dizaine d’années. En décembre 2024, il part sur les traces de ses ancêtres dans le Pacifique Sud, où vit encore son aïeule, et entreprend le projet L’île la plus proche du paradis. « Je voulais tenter de raconter des histoires intimes, ancrées dans des contextes géographiques et culturels précis », précise-t-il. Dix ans après son dernier voyage, l’artiste est confronté à ce qu’il appelle « une forme de désillusion ». Il navigue entre ses souvenirs d’enfance et la réalité actuelle, marquée par des tensions économiques et politiques — notamment les revendications indépendantistes du peuple kanak. Dans ses images coexistent les traces des révoltes et les retrouvailles avec les siens. Celles-ci dialoguent avec des archives familiales. « Mon arrière-grand-mère faisait partie des “Chân Đăng”, ces Vietnamiens envoyés en Nouvelle-Calédonie au début du XXe siècle pour y travailler. Elle a eu seize enfants, dont ma grand-mère, née sur l’île, confie Nicolas Gastaud. Il m’a semblé pertinent de situer cette famille vietnamienne au cœur du Pacifique, sur un territoire en tension, afin d’interroger les notions d’héritage, de mémoire et d’appartenance. » Le photographe souhaiterait poursuivre cette quête visuelle et personnelle à l’avenir.





Sonia Martina
Installée en Italie sur la côte méditerranéenne, Sonia Martina sonde la matérialité du médium photographique pour en révéler la fragilité. À travers une approche physique et sensorielle, l’artiste expérimente diverses techniques : prise de vue analogique, double exposition, tirage en chambre noire, émulsion Polaroid, détérioration ou encore chimigramme. « Je considère ces pratiques presque comme une forme d’alchimie, où la chimie, le temps et la matière participent activement à l’image », explique-t-elle. Ses autoportraits traduisent des interrogations profondes sur le corps et la mémoire, entre présence et effacement. « Mon travail s’articule autour de l’intimité, de la fragilité, de l’identité féminine et de la perte de mémoire. Je m’intéresse à la façon dont la mémoire fonctionne de manière inégale : certains détails restent nets tandis que d’autres s’estompent. Lorsque le support photographique lui-même est altéré, manipulé ou dégradé, l’image cesse d’être un contenant fiable de la mémoire et commence à remettre en question son propre rôle de preuve », confie l’autrice. Si elles semblent figées dans le temps, les images de Sonia Martina poursuivent pourtant une lente métamorphose : « Une fois l’intervention amorcée, la photographie continue d’évoluer. Cet état reflète ma conception des corps et des souvenirs : jamais stables, jamais résolus. »




