
Natalia Peralta et Lou Goffini, nos coups de cœur, de la semaine, sondent le monde, à la fois pour y déceler des espaces d’imagination et de réparation. Pour l’une, il s’agit de transcender le réel en y insufflant de la magie, pour l’autre, de puiser dans le mouvement et les textures afin de capter une énergie vitale.
Natalia Peralta
Dans l’univers de Natalia Peralta, spiritualité et fantastique se côtoient dans une douce harmonie. Profondément curieuse, passionnée et mélancolique, elle utilise le médium comme un moyen de contempler, de réinjecter de la légèreté dans un réel parfois suffocant et, par la même occasion, de panser des blessures intérieures. Pour elle, tout commence dans l’enfance et son père, photographe, qui saisit des images et des vidéos de leur famille. « Ma sœur et moi regardions sans cesse ce que l’on aimait appeler “le film de notre propre vie”», raconte-t-elle. Plus tard, elle assiste son père dans son studio photographique. Plus qu’un petit travail, cette pratique devient un moyen pour elle de conserver un lien fort avec lui. Dès lors, le rapport aux autres est présent dans ses propres images, il y a une nécessité de peupler le cadre photographique d’âmes. « Dans mon travail, je m’intéresse au mouvement presque théâtral des personnes et des objets. J’aime qu’il subsiste toujours des traces de mouvement, une impression que quelque chose se produit, que rien n’est figé – peut-être pour contrebalancer l’effet initial d’immobilité. Pour moi, paysage et êtres humains sont indissociables. J’ai toujours eu du mal à prendre des photos sans personne, cela me paraît étrange, avoue-t-elle. Je crois que cette chaleur intérieure, ce frémissement au ventre qui me dit “lève l’appareil et déclenche”, me vient comme une vision. Elle est presque toujours liée à une certaine composition du corps dans l’espace. »






Lou Goffini
« Un enfant brisé devenu grand de cœur, qui ressent tout et parfois rien, comme un encrier trop usé qu’on oublie de choyer. » C’est en ces termes que Lou Goffini se présente. C’est avec son frère, en voyage, que tout commence. Armé de sa caméra, il découvre de nouveaux visages, de nouveaux paysages, et tout devient un prétexte pour archiver, conserver près de soi, y retourner, comprendre ce qui le bouleverse. Comprendre et capturer la réalité dans toute sa complexité. Dans les images du jeune photographe, les plans rapprochés dévoilent des sourires aux dents serties de strass, les portraits révèlent des êtres s’élançant pleinement dans le monde, des horizons s’étirent, criants de bleu. Les couleurs, d’ailleurs, occupent une grande place : elles entourent parfois les corps, tels des auras. « Les paysages racontent des histoires qui ne parlent pas, mais qui révèlent une grande sagesse. J’entends pourtant dans ces paysages une sorte de sifflement qui me ramène au mouvement. » Un sifflement qui le ramènerait ainsi à la vie, le ferait avancer, toujours un peu plus loin.



