Cet article contient du contenu violent ou explicite

Mahaut Harley : dans le corps du mail

01 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Mahaut Harley : dans le corps du mail
© Mahaut Harley
Diapositives Mahaut Harley
© Mahaut Harley

Dans les collages et créations scannées de Mahaut Harley, l’érotisme féminin est retravaillé, collé et réinterprété pour évoquer une autre histoire, insuffler plus de douceur, d’humour, et surtout un peu d’amour.

Issue d’une grande fratrie, Mahaut Harley a grandi dans un entourage enveloppant. Saisis avec tendresse dans l’objectif argentique de sa maman, les souvenirs de cette enfance ont ensuite été conservés dans des boîtes ou albums photos. Les feuilletant, elle a vite été consciente de la force de ces archives visuelles, de la façon dont les émotions pouvaient sortir du cadre et se révéler à l’intérieur des cœurs, ailleurs, et ce, à travers les époques. « [Ma mère] capturait des moments de liberté, des instants simples de notre enfance, parfois mis en scène. J’étais fascinée par son regard, et je jouais le jeu malgré ma timidité. Avec le temps, ces quelques images sont devenues presque les seuls vestiges de cette époque, puisque le numérique n’existait pas encore », avoue-t-elle.

De ce premier rapport à l’image, Mahaut Harley commence à se photographier, et plus précisément à photographier son corps nu, sous « tous ses angles », comme pour mettre en exergue ses mutations. Une façon également pour elle de le comprendre, se comprendre, « de l’apprivoiser et de l’accepter, tel qu’il [était] ». Plus tard, en école d’art, son regard se déplace petit à petit sur le corps des autres et notamment à travers des images glanées dans des vestiges autres que ses propres « boîtes à souvenirs ». Elle commence alors à réinterpréter et à se réapproprier l’existant et compose ainsi ses premiers collages, dont le pouvoir de transformer et de déplacer le sens s’en fait l’essence.

© Mahaut Harley
Enveloppe collage Mahaut Harley
© Mahaut Harley


Enveloppe collage Mahaut Harley
© Mahaut Harley

Coller, décaler, apprivoiser

Pour composer ses différentes séries, dont nous avions déjà parlé sur les pages de Fisheye, elle est allée piocher dans les images érotiques des magazines des années 1980. Sur des enveloppes usagées, où l’on peut lire « IMPORTANT », « TV LICENCING » ou encore « PRIVATE AND CONFIDENTIAL », sont apposées des courbes à moitié nues, vêtues de lingerie fine et des mains qui effleurent ou se donnent du plaisir. Du côté des diapositives l’on trouve quelques éléments de contexte qui importent peu, mais parfois des jeux de mots qui en disent long : « Il était une fois le bonbon… »

Insufflant de la légèreté et de la drôlerie dans ses collages, Mahaut Harley transforme l’intention et propose aux inconnu·es qui les recevraient de se questionner sur le « corps du mail ». Car défaits du male gaze d’origine qui les avaient capturés, les corps de ces images se transforment et se libèrent sur de nouveaux supports. Ils font fi des anciens contours qui les enfermaient jusqu’alors. L’érotisme s’affirme enfin par celles et seulement celles qui en sont à l’origine. « Je m’intéresse à ce qui se produit lorsque ces images sont perçues avec douceur plutôt que par simple consommation – lorsqu’on leur accorde de la tendresse, de l’ambiguïté, voire une forme de bienveillance. À l’instar d’une pièce vintage revisitée et réinventée, l’objectif n’est pas d’effacer le passé, mais de lui permettre d’être habité autrement. »

Enveloppe avec fesses de femme en culotte
© Mahaut Harley
Diapositives Mahaut Harley
© Mahaut Harley
Diapositives Mahaut Harley
© Mahaut Harley
Enveloppe collage Mahaut Harley
© Mahaut Harley
enveloppe signe tesco et étiquette de femme nue
© Mahaut Harley
Enveloppe collage Mahaut Harley
© Mahaut Harley
Diapositives Mahaut Harley
© Mahaut Harley
À lire aussi
Little Trouble Girls : de l'éveil du désir
Image issue de Little Trouble Girls © Urška Djukić
Little Trouble Girls : de l’éveil du désir
Avec Little Trouble Girls, son premier long métrage, la réalisatrice Urška Djukić signe une fresque d’une grande intensité sensorielle…
18 mars 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Jeanette Spicer : femme en trois corps
© Jeanette Spicer
Jeanette Spicer : femme en trois corps
Dans sa série au long cours To the Ends of the Earth, Jeanette Spicer a réalisé un projet ambitieux : capturer trois corps sur douze…
06 décembre 2024   •  
Écrit par Hugo Mangin
Explorez
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
© Mallory Lowe Mpoka, In the Weft of Memory [Dans la trame de la mémoire] (détail), Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa, 2025, tissage jacquard et perles de verre Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
Le prix de la photo Madame Figaro, dédié aux femmes photographes émergentes, soutenu par Kering, a récompensé ce jeudi 9 juillet, à...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Threshold © Akari Takenobu, pour Christian Dior Parfums
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Initié en 2018 par Christian Dior Parfums, en partenariat avec LUMA Arles et l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) le...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
© Li Hui
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
Cet été, la Fisheye Gallery, rouvre ses portes à Arles, avec deux expositions sous le commissariat de Tess Druot. La première réunit...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen
Park Chan-wook, quand la photographie fait son cinéma
Mademoiselle Minhee Kim. © Park Chan-wook
Park Chan-wook, quand la photographie fait son cinéma
Connu pour ses films à l’esthétique millimétrée, Park Chan-wook offre à Arles une facette plus secrète de son travail : la photographie....
07 juillet 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
© Mallory Lowe Mpoka, In the Weft of Memory [Dans la trame de la mémoire] (détail), Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa, 2025, tissage jacquard et perles de verre Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
Le prix de la photo Madame Figaro, dédié aux femmes photographes émergentes, soutenu par Kering, a récompensé ce jeudi 9 juillet, à...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Threshold © Akari Takenobu, pour Christian Dior Parfums
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Initié en 2018 par Christian Dior Parfums, en partenariat avec LUMA Arles et l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) le...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Rebekka Deubner, lettres d'amour à terre
© Rebekka Deubner
Rebekka Deubner, lettres d’amour à terre
Exposé aux Rencontres d'Arles, à la Croisière, le projet La terre amoureuse de Rebekka Deubner nous parle avec une grande justesse de la...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
© Li Hui
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
Cet été, la Fisheye Gallery, rouvre ses portes à Arles, avec deux expositions sous le commissariat de Tess Druot. La première réunit...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen