Panorama 20 : une imagination débordante

02 octobre 2018   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Panorama 20 : une imagination débordante

Panorama 20, le rendez-vous annuel de la création au Fresnoy, ouvre ses portes jusqu’au 30 décembre. Une mine d’or de l’art contemporain, dans laquelle cohabitent films, constructions mécaniques, réalité virtuelle et expériences scientifiques.

Au Fresnoy, ce sont Alain Fleischer, directeur de l’établissement, et José-Manuel Gonçalvès, directeur artistique de l’exposition et responsable du Centquatre qui nous accueillent. Ensemble, ils reviennent sur cette « grande vitrine de ce qui se fait au Fresnoy pendant une année ». José-Manuel Gonçalvès qualifie cette édition comme étant « éloquente ». « Un exemple parfait de l’évolution de l’art contemporain, qui se tourne de plus en plus vers l’art numérique », précise-t-il.

La visite démarre ensuite. Le directeur artistique nous accompagne jusqu’au point de départ du parcours. On longe la salle principale, apercevant sur notre gauche des installations, çà et là. La marche évoque un long plan-séquence, attisant notre curiosité. On s’arrête, perchés sur une estrade située au milieu de la salle principale. Surélevés, on peut déjà découvrir quelques installations, et en deviner d’autres. « Il s’agit d’une première impulsion », explique José-Manuel. « Tout le public se rend à un même point de vue ». Mais il a ensuite le choix : descendre et s’enfoncer dans l’exposition, ou se retourner et entrer dans la salle de projection, dédiée aux films des élèves. Nous choisissons la première option.

Un art contemporain délirant

José-Manuel présente les œuvres des élèves du Fresnoy comme des « rituels et utopies futuristes qu’ils interrogent à leur manière ». Si la photographie est finalement peu présente au sein des œuvres, l’image animée occupe, elle, une place importante dans le cru 2018 du Fresnoy. Parmi les installations, on découvre notamment un jeu vidéo de Damien Jibert, Plague. L’artiste propose cette création sur l’écran d’une vieille télé, dans un salon reconstitué – celui du héros du jeu. Le petit personnage pixellisé est un nihiliste averti, ne croyant en rien, pas même en la fin du monde. La particularité de Plague ? Il se déroule en temps réel. Si vous souhaitez honorer un rendez-vous pris avec un personnage du jeu au milieu de la nuit, il vous faudra mettre votre réveil et vous connecter ! Un concept unique que Damien souhaiterait prolonger, avec une application pour smartphone.

Plus loin, on découvre Cénotaphes, l’œuvre de Thomas Garnier, une installation aussi effrayante que fascinante. Dans une cage en verre, des bâtiments de béton sont construits et détruits par un robot. Ce dernier récupère les pièces pour ériger et effacer en continu le paysage urbain. Sous la cage, on remarque des morceaux de béton brisés, les ruines du chantier inachevé. Au centre de l’installation passe une caméra. Elle enregistre en temps réel l’évolution des bâtiments et projette ses images sur un mur, à l’extérieur de la salle. Ce mythe de Sisyphe moderne s’inspire des nouvelles techniques de construction, de plus en plus efficaces. Une nouvelle façon d’imaginer la ville devenue à la fois moderne et absurde.

© Damien Jibert

© Damien Jibert

© Thomas Garnier© Thomas Garnier

© Thomas Garnier

Psychédélisme et poésie

Si les installations sont des œuvres à part entière, elles peuvent servir de décor à des films d’élèves. C’est le cas des créations de Pierre Pauze. Dans Mizumoto (le court métrage), il reprend le décor présenté au sein de Sonic Fluid (l’installation). Il y développe un récit rétrofuturiste queer autour du pouvoir de l’eau. Mizumoto, film contemplatif et psychédélique, dévoile différents personnages, issus d’univers parallèles, tous reliés par l’eau et ses incroyables propriétés. Source de puissance, l’eau est ici comparée à un flux de données et de connaissances, comparable au cloud. Mais quels pouvoirs détient-elle vraiment ? Curieux, Pierre a contacté des chercheurs pour en apprendre davantage. « Les expériences scientifiques liées à l’eau sont très tabous », confie-t-il. « Les scientifiques avec qui j’ai travaillé pour ce projet sont autorisés à travailler sur la mémoire de l’eau, mais ne peuvent publier leurs résultats ». Hypnotique, Mizumoto s’impose comme un récit de science-fiction surréaliste et captivant.

Saïd Afifi, quant à lui, signe la seule installation en réalité virtuelle de Panorama 20. Une surprise, puisque l’intérêt des artistes contemporains pour les nouvelles technologies aurait pu inspirer davantage d’œuvres en VR. Yemaya retrace le parcours des migrants en mer, et leur disparition dans les eaux internationales. Poétique et abstrait, le projet s’est déployé à partir de certains modelés de grottes, et des archives numériques du CNRS. Yemaya nous emporte dans un univers onirique aux couleurs sous-marines. Sa particularité ? Ce que voit le porteur de casque VR est retranscrit en temps réel sur un écran, à la vue du public. « C’est une déambulation méditative, qui interroge les formes de représentation », explique Saïd.

Résolument inventive, cette édition 2018 de Panorama donne un nouveau souffle à l’art contemporain. Un programme passionnant, mais sans doute trop dense – 54 productions et 20 installations – pour être pleinement apprécié.

© Pierre Pauze

© Pierre Pauze

© Saïd Afifi© Saïd Afifi

© Saïd Afifi

© Thanasis Trouboukis

© Thanasis Trouboukis

© Alex Verhaest

© Alex Verhaest

© Marina Smorodinova

© Marina Smorodinova

© Vasil Tasevski

© Vasil Tasevski

Image d’ouverture : © Pierre Pauze

Explorez
La sélection Instagram #553 : la ville et ses détails
© austinprendergast / Instagram
La sélection Instagram #553 : la ville et ses détails
Le retour des beaux jours voit les rues de Paris s’animer à nouveau. D’une terrasse à l’autre, éclats de rire et cris de joie se font...
21 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Computer Punch Cards d'Antony Cairns
© Antony Cairns
Computer Punch Cards d’Antony Cairns
Dans Computer Punch Cards Antony Cairns réutilise des cartes mémoires mises au rebut depuis des années, pour composer des images...
16 avril 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Art Paris 2026, le printemps de l’art
© Sarfo Emmanuel Annor / The Bridge Gallery
Art Paris 2026, le printemps de l’art
Le très attendu rendez-vous de l’art contemporain a donné son coup d’envoi jeudi soir. Jusqu’à dimanche, 165 galeries présentent, sous la...
11 avril 2026   •  
Écrit par Jordane de Faÿ
Voici nos coups de cœur du salon unRepresented by a ppr oc he 2026
© Auriane Kolodziej
Voici nos coups de cœur du salon unRepresented by a ppr oc he 2026
La 4e édition d’unRepresented by a ppr oc he se tient à l'espace Molière jusqu'au 12 avril 2026. Comme à l’accoutumée, le salon fait la...
10 avril 2026   •  
Nos derniers articles
Voir tous les articles
The Return de Salih Basheer
© Salih Basheer / Collage. Kenya, Nairobi. Septembre 2024. Un homme a été tué par les forces de soutien rapide dans le village Al-Jazirah State.
The Return de Salih Basheer
Dans The Return, Salih Basheer raconte une crise humanitaire tue, celle survenue au Soudan en 2023. Il dévoile tout ce qui se joue dans...
Il y a 2 heures   •  
Écrit par Ana Corderot
Diseños habitados au Château d'Eau : dans le dessin, le dessein
© Helena Almeida sans titre, 2001 Fundació Foto Colectania.
Diseños habitados au Château d’Eau : dans le dessin, le dessein
Jusqu’au 23 août 2026, la Tour du Château d'Eau accueille Diseños habitados, une exposition en collaboration avec le Fundació Foto...
24 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Le Fresnoy, école laboratoire d’images unique au monde
© Yue Cheng
Le Fresnoy, école laboratoire d’images unique au monde
À l’heure où l’image se consomme en une fraction de seconde, que signifie « étudier l’art » ? Au Fresnoy – Studio national des...
23 avril 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Slide/Show. Projections et art contemporain en Chine : ode à la diapositive
Wang Wei, 1/30 sec. underwater, 1999. © Wang Wei
Slide/Show. Projections et art contemporain en Chine : ode à la diapositive
Jusqu’au 30 août, l’Institut pour la photographie de Lille fait escale au Frac Grand Large – Hauts-de-France de Dunkerque et présente...
22 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot