Peter Fisher partage sa recette du bonheur

15 juin 2021   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Peter Fisher partage sa recette du bonheur

Le photographe américain Peter Fisher signe, avec At least I heard your bluebird sing, une ode à la vie. Aussi colorées que chaotiques, ses images captent la beauté fulgurante de l’ordinaire et nous invitent à reconsidérer notre monde, en ces temps étranges.

Des gratte-ciels américains ployant sous un ciel orageux, au coucher de soleil flamboyant en pleine nature. D’une grimace enfantine aux mouvements gracieux d’une serviette ondoyant au soleil… Peter Fisher parvient à extraire le sublime de l’ordinaire. Aujourd’hui installé à Brooklyn, le photographe venu du sud des États-Unis a commencé à expérimenter avec l’image grâce à son iPhone. « J’ai ensuite acheté un véritable boîtier. J’ai eu l’impression qu’il donnait un sens à ma vie, une raison de partir à l’aventure, de rencontrer de nouvelles personnes, d’expérimenter de nouvelles choses. Encore aujourd’hui, je ressens la même chose », confie-t-il.

Guidé par une phrase de son père – « trouve de la joie dans les choses les plus infimes » – et par de multiples influences artistiques (de la musique au cinéma en passant par la peinture), l’auteur développe une approche spontanée. Voguant librement, au rythme de ses errances, il préfère saisir l’instant et laisser au regardeur le soin d’interpréter ses créations. « Les images qui me plaisent le plus ne sont en général jamais celles qui cherchent à faire passer un message politique à tout prix. Je préfère les clichés qui fonctionnent comme des bonnes chansons », précise-t-il. Une collection de hits visuels qui composent At least I heard your bluebird sing. Publié aux éditions Pomegranate, l’ouvrage donne à voir les couleurs intenses, les émotions fortes, le joyeux chaos que le photographe affectionne par-dessus tout. Et, face à ces échos puissants, les portes de l’imaginaire s’entrouvrent, invitant le regardeur à une immersion singulière.

© Peter Fisher© Peter Fisher

Il n’existe pas de hiérarchie de la joie

C’est en grandissant que Peter Fisher prend enfin confiance de l’impact des paroles de son père. « Enfant, je ne comprenais pas quel message il essayait de me faire passer. Plus tard, après avoir été confronté à de nombreuses expériences difficiles, tout cela m’a paru absolument évident. Je suis très chanceux d’être là », confie-t-il. Aussi vibrant qu’énigmatique, son livre se lit alors comme une recherche exaltée du bonheur. Un bonheur né de la normalité d’un quotidien qu’on efface de nos rétines. « Je pense sans cesse aux choses qui me manqueront quand elles ne seront plus là. Qu’il s’agisse de la manière dont les poils de mon chien roussissent durant l’été, du goût de la pizza après une journée à nager, ou encore de la première fois qu’on aperçoit le Grand Canyon », raconte l’auteur. Pour Peter Fisher, il n’existe pas de hiérarchie de la joie. Celle-ci s’immisce dans chaque instant, et apporte une aura nouvelle à l’habituel. Une splendeur dont notre monde a désespérément besoin.

« J’en avais assez de voir des photos seulement sur les réseaux sociaux. J’ai l’impression que nous avons passé la dernière année à vivre à travers Instagram, et que nous en avons collectivement marre », ajoute le photographe. Figé de manière durable au cœur d’un ouvrage, At least I heard your bluebird sing, prend le contrepied d’une œuvre éphémère, propagée sur nos écrans, et facilement oubliée. Une manière d’éterniser les brefs éclats qui font de nos existences des histoires folles et atypiques. Précis, comme s’ils étaient aiguisés au couteau, et colorisés de manière presque surréaliste, les clichés de l’auteur captent les nuances d’une planète en pleine transformation. Un monde perdu, avançant tant bien que mal au sein d’une pandémie qui perd, chaque jour, un peu plus son sens. « La vie que nous vivons actuellement est intense, irréaliste, elle nous submerge. C’est cette sensation que j’essaie de reproduire », précise-t-il. Et, en imprimant ces « moments qui font tout arrêter, qui nous forcent à penser à la beauté de la vie, même dans les plus ordinaires des moments » sur papier, Peter Fisher invite le regardeur à un nouvel exercice. Celui de s’exalter, de s’émerveiller, de ressentir, toujours plus fort, toujours plus avidement.

 

At least I heard your bluebird singÉditions Pomegranate, 14$, 40 p. 

© Peter Fisher
© Peter Fisher© Peter Fisher
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© Peter Fisher

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© Peter Fisher

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