Théo Schornstein : le soupir des fleurs comme rempart au temps 

14 mars 2026   •  
Théo Schornstein : le soupir des fleurs comme rempart au temps 
© Théo Schornstein
© Théo Schornstein

Entre abstractions chromatiques et textures organiques, le photographe, directeur artistique et réalisateur de motion design Théo Schornstein capture la fragilité du vivant. Sa pratique explore la dualité entre le corps et le végétal, cherchant à figer un instant de grâce dans le tumulte du monde.

À travers les images vaporeuses de sa série Le soupir des fleurs, Théo Schornstein compose un univers où la fleur ne ressemble plus à une fleur. Elle est le support d’une recherche sur la « forme pure », où le sujet finit par se dissoudre dans la couleur. Théo trouve dans la photographie « un moyen de ralentir » par rapport à son métier de réalisateur de motion design. Il fait face à l’urgence : la commande impose un cadre exigeant, un concept créatif et une efficacité constante. Si des choses très intéressantes peuvent émerger de ces « rush », il peut aussi se sentir bridé par le regard du client. Il explique que la photographie est le seul médium créatif qui lui permet cette espèce de lenteur. Inspiré par des photographes qui travaillent l’aspect poétique et très esthétique de l’image, où l’on ne comprend pas forcément le propos, il réinjecte de la temporalité dans sa prise de vue. Il utilise des prismes, des filtres et des vitesses d’obturation lente pour briser la netteté du réel et jouer avec les reflets. Il cherche à trouver « l’essence de la fleur » et à voir toutes les aspérités qu’elle peut prendre. Il va ainsi vers l’abstraction : la couleur profonde se met à parler plus que la forme. Il cherche aussi, avec l’argentique, une texture, un grain pur et dur, jusqu’à seulement reconnaître une espèce de trame.

Cette obsession pour le végétal prend racine dans son histoire personnelle. Marqué par les tatouages floraux de sa mère et de sa grand-mère, Théo voit en la fleur un symbole qui dépasse l’esthétique. Sur leur peau, chaque fleur tatouée a un sens, que ce soit pour marquer une blessure ou montrer un signe de courage. Il se souvient de sa grand-mère entretenant avec passion son jardin. Ses parents, artisans, façonnent aussi des bijoux aux motifs floraux. Il trouve un grand confort à traiter ce sujet. Il confie avoir toujours un bouquet chez lui, ce qui le rend « heureux ».

© Théo Schornstein
© Théo Schornstein

Figer le souffle pour dompter l’absence

Dans cette approche, la postproduction est une étape de création à part entière, indispensable pour faire « émerger des trucs anti-naturels ». C’est le moment où Théo se rapproche le plus de son impression de départ. « Je vais bidouiller la photo jusqu’à ce que mon cerveau fasse une espèce de clic. C’est presque une seconde photo qui vient de se créer », précise-t-il. C’est par cette phase qu’il essaie de s’approcher du « souffle » de la plante, que l’œil ne saisit pas. Si son style n’est pas totalement figé, il commence à extraire une vraie patte de cette série : « J’essaie de capter en priorité ce vers quoi j’arrive à trouver de la narration », explique-t-il, construisant ainsi un univers onirique imprégné d’un rapport au souffle et à la méditation.

Cette quête de l’impalpable est indissociable chez lui d’une réflexion sur l’éphémère. La fleur, dans sa splendeur et sa chute, devient la métaphore parfaite des cycles de la vie. Ses images tentent de suspendre cet instant de joie, ce souffle vital avant la disparition. Ses fleurs sont comme une suspension de la respiration. À travers sa série photo, il les réinterprète pour amener de la douceur et dompter, chez lui, « une base de réception assez anxieuse au monde ». Ce rapport étiré au temps se retrouve jusque dans la construction de son projet : il a la possibilité de réinjecter une photo prise plusieurs années auparavant, mais qui, soudain, fait sens. Théo aime d’ailleurs « laisser macérer » sa série pour y revenir plus tard. Pour compléter ce travail, il souhaite se tourner vers une dimension encore plus sensorielle et explorer le lien entre l’énergie humaine et celle des plantes à travers des rencontres avec des sophrologues. Dans son univers, photographier est un acte lent, une manière de laisser apparaître ce qui, d’ordinaire, reste invisible.

© Théo Schornstein
© Théo Schornstein
À lire aussi
La sélection Instagram #548 : natures mortes
© celinesaby
La sélection Instagram #548 : natures mortes
Cette semaine, nos photographes de la sélection Instagram s’emparent du genre classique de la nature morte pour le réinventer de fond en…
10 mars 2026   •  
Explorez
Contenu sensible
Mahaut Harley : des enveloppes charnelles
© Mahaut Harley
Mahaut Harley : des enveloppes charnelles
Dans les collages et créations scannées de Mahaut Harley, l'érotisme féminin est retravaillé, collé et réinterprété pour évoquer une...
01 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Valentin Fougeray et l'intime à découvert
© Valentin Fougeray
Valentin Fougeray et l’intime à découvert
Avec son premier ouvrage, De l’amour à la mort, Valentin Fougeray livre une cartographie sensorielle de l'intime. À travers des...
25 mars 2026   •  
Les coups de cœur #578 : Florian Salabert et Bodhi Shola
© Bodhi Shola
Les coups de cœur #578 : Florian Salabert et Bodhi Shola
Cette semaine, Florian Salabert et Bodhi Shola, nos coups de cœur, révèlent la magie qui sommeille en chacun·e d’entre nous.
23 mars 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Cheryle St. Onge et l’intime épreuve de la démence
© Cheryle St. Onge
Cheryle St. Onge et l’intime épreuve de la démence
Dans Calling The Birds Home, la photographe américaine Cheryle St. Onge transforme un moment intime en un récit visuel d’une grande...
20 mars 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Nos derniers articles
Voir tous les articles
NOÛS × BnF-P : entre création numérique et transmission du savoir
Simulation de Cepheide Mark III Vanité © Graphset
NOÛS × BnF-P : entre création numérique et transmission du savoir
C’est la grande nouvelle de ce début d’année : en partenariat avec BnF-P, Fisheye dévoile NOÛS, un festival pensé pour interroger la...
02 avril 2026   •  
Écrit par Maxime Delcourt
Contenu sensible
Mahaut Harley : des enveloppes charnelles
© Mahaut Harley
Mahaut Harley : des enveloppes charnelles
Dans les collages et créations scannées de Mahaut Harley, l'érotisme féminin est retravaillé, collé et réinterprété pour évoquer une...
01 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
15 expositions photographiques à découvrir en avril 2026
© Alžběta Drcmánková
15 expositions photographiques à découvrir en avril 2026
La rédaction de Fisheye a relevé une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et dans le reste de la France en avril 2026....
01 avril 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
La sélection Instagram #551 : le grain de folie du 1er avril
© vito.photos / Instagram
La sélection Instagram #551 : le grain de folie du 1er avril
Cette semaine, les photographes de notre sélection Instagram se saisissent de l’univers de la farce propre au 1er avril. En ce jour où...
31 mars 2026   •