Cette semaine, Paris se transforme en un vaste terrain de fouilles sentimentales et historiques. Des cryptes du Panthéon aux cimaises du Marais, en passant par les murs de la rue de Rivoli, la capitale invite à une véritable « archéologie du sensible ». Les artistes à l’honneur exhument l’invisible : qu’il s’agisse de la fragilité de l’histoire gravée dans la limaille de fer, des cicatrices d’un paysage ou des récits d’exil inscrits à même la pellicule. Entre installations monumentales et explorations oniriques rive droite, voici notre parcours pour naviguer entre ombre et lumière dans les jours à venir.
Ombre est Lumière, de Nicolas Daubanes
C’est une rencontre saisissante entre l’architecture et la fragilité de la matière. Dans le cadre du programme « Un artiste, un monument », Nicolas Daubanes investit ce haut lieu avec une installation où l’histoire se dessine à la limaille de fer et à la poudre d’acier. Ces matériaux, voués à perdre leur aimantation, symbolisent avec poésie la vulnérabilité de notre mémoire collective. Une relecture intime des lieux, à voir en écho avec son autre exposition actuelle au musée de l’Armée.
Réfugié.e.s, de Bastien Santanoceto
Derniers jours pour découvrir cette exposition à ciel ouvert ! Le photographe Bastien Santanoceto offre une visibilité bouleversante aux parcours d’exil. Sur des portraits réalisés à la chambre photographique, les sujets ont gravé leurs propres mots, transformant le négatif en page blanche. Espoirs, blessures et souvenirs s’inscrivent littéralement sur les visages, redonnant la parole et une humanité tangible à ceux que l’on ne fait souvent que croiser.
Nonuments, de Marie Lelouche
Comment se souvenir à l’ère du flux numérique ? Marie Lelouche apporte une réponse hybride avec Nonuments. Partant d’un simulateur de jeu vidéo (accessible sur place), l’artiste matérialise le virtuel à travers des sculptures aux noms de vents et des impressions sur acétate ondulé. Ici, le monument n’est plus figé : il devient organique, instable et mouvant, nous poussant à repenser notre rapport à la nature et à la trace dans un monde en perpétuelle mutation.
Sous terre, d’Antoine Lecharny
Avec une sobriété glaçante, Antoine Lecharny mène une enquête photographique sur les paysages d’Europe de l’Est. Ses clichés en noir et blanc, granuleux et parfois flous, capturent des lieux d’une apparente banalité – forêts, trottoirs… – qui dissimulent pourtant les fosses communes de la Shoah. En photographiant l’absence, l’artiste révèle les strates mémorielles invisibles sous nos pieds, là où l’horreur a été recouverte par le temps et la végétation.
L’argument du rêve, d’Amie Barouh & Chloé Quenum
L’exposition vient tout juste d’ouvrir ses portes. Ici, le rêve n’est pas une simple évasion, mais un terrain de tensions politiques et collectives. À travers les installations vidéo d’Amie Barouh et les créations immersives de Chloé Quenum, la Fondation Pernod Ricard interroge la matérialité de nos songes et la manière dont ils façonnent notre perception du réel. Une plongée fascinante dans l’architecture du sommeil.