Valérie Belin cristallise l’incertaine beauté du monde

31 mars 2023   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Valérie Belin cristallise l’incertaine beauté du monde
Still Life with mirror, 2014 © Valérie Belin. Avec l'aimable autorisation de la Galerie Nathalie Obadia Paris/Bruxelles.
Jusqu’au 27 août 2023, le MUba Eugène Leroy met à l’honneur les nombreux clichés de Valérie Belin. À travers la rétrospective, le musée donne à voir l’essence même du travail de l’artiste : un imaginaire troublant au sein duquel les êtres et les choses se révèlent au monde par le prisme d’une incertaine beauté qui laisse l’esprit songeur.

À Tourcoing, le MUba Eugène Leroy présente en ce moment même L’Incertaine beauté du monde. Consacrée à Valérie Belin, il s’agit de la première rétrospective à proposer une sélection aussi complète de l’œuvre de l’artiste. Des années 1990 à aujourd’hui, aucune série ne semble manquer à l’appel. Dès l’entrée, des bouquets et des corbeilles de fruits nous accueillent vers un antre à l’exotisme impromptu. Quelques pas plus en avant, une vaste galerie plafonnée de verre met en lumière une centaine de clichés juxtaposés qui nous laissent sans voix. Ils nous entourent de toute part et donneraient presque le vertige. Çà et là, quelques fragments de chacun de ses projets se déclinent comme une variation sur le même thème. Au cœur du travail de la photographe réside une recherche étonnante autour de son sujet et de ses diverses représentations. L’esthétique de toute chose révèlerait nécessairement son intériorité la plus profonde.

© Valérie Belin / Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles

L’abstraction contre la saturation

Du noir et blanc à la couleur, des objets aux êtres humains, de l’obscurité à la révélation… Sans suivre une chronologie parfaite, la pièce centrale permet d’esquisser en un coup d’œil toute l’évolution de l’œuvre de Valérie Belin. Visiteurs et visiteuses y (re)découvrent notamment les fameuses Black-Eyed Susan, en tête d’affiche, ou les China Girls, « des beautés hitchcockiennes », selon l’artiste, dont les figures lasses expriment les tourments grâce aux arrière-plans saturés qui les recouvrent peu à peu par surimpression. « L’inquiétude vient du fond qui dégage quelque chose de nocif, de destructeur », souligne-t-elle. Plus loin, nous retrouvons les Ballroom Dancers dont le mouvement et les traits semblent figés par l’image. Les vitres qui les protègent reflètent les contours d’une salle distordue, comme les motivations des femmes transgenres qui sont dépeintes à quelques mètres de là dans la série Transsexuel.

Enfin, deux salles adjacentes, exigües cette fois-ci, achèvent l’exposition. Une multitude de photographies habillent ces murs et donnent à voir, pêle-mêle, des mises en abyme de miroirs, des voitures détruites, des moteurs esseulés, des portraits épurés et des capharnaüms au petit format, une série encore inédite. Ces intérieurs, parfois peu reluisants lorsque l’on s’approche de plus près, sont remplis d’objets qui, pareils à des représentations d’un autre genre, en disent long sur celles et ceux qui les occupent. Maîtrisant l’art de la composition, Valérie Belin parvient ainsi à rendre esthétique l’encombrement, qu’il soit physique et virtuel. Seule l’abstraction semble pouvoir transcender l’avalanche de clichés qui saturent l’ensemble de nos sociétés contemporaines.

© Valérie Belin / Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles© Valérie Belin / Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles

© Valérie Belin / Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles

© Valérie Belin / Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles© Valérie Belin / Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles

© Valérie Belin / Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles

© Valérie Belin / Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles© Valérie Belin / Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles
© Valérie Belin / Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles© Valérie Belin / Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles

© Valérie Belin / Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles

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