Le règne des vivants

01 septembre 2022   •  
Écrit par Anaïs Viand
Le règne des vivants

Avec Écosystèmes, Chloé Milos Azzopardi écrit un conte futuriste, mêlant explorations psychologiques et questionnements écologiques. Une œuvre sensible où nature rime avec poésie. Cet article est à découvrir dans notre dernier numéro.

Archées, protistes, nématodes ou annélides… « On ne connaît même pas tous les vivants qui peuplent notre planète, lance Chloé Milos Azzopardi. On leur accorde d’ailleurs très peu d’importance politiquement. Il n’y a qu’à regarder les débats lors de la dernière élection présidentielle… Pourtant, la biomasse des plantes, des champignons, des archées, ou encore des mollusques est plus importante que celle des êtres humains. » En plus de restaurer cette curiosité pour le vivant avec lequel on cohabite et qu’on ne connaît que trop peu, l’artiste française milite pour un nouvel équilibre et une abolition de toute forme de domination. « Pendant longtemps, la philosophie occidentale a tout fait pour séparer l’humain du reste des espèces, la nature de la culture, au point de penser que l’humain se situait au-dessus de la sphère du vivant, voire en dehors. J’essaie d’être la plus ouverte possible à la multitude, de sentir l’altérité et de créer des passerelles. J’essaie de photographier en me disant que si je vois, je suis vue aussi. Plus qu’un langage, il s’agit d’une forme d’échange, de réciprocité. » 

© Chloé Milos Azzopardi© Chloé Milos Azzopardi

Le chapitre « Écosystèmes » s’inscrit dans une série au long cours intitulée Les Formes qu’ils habitent en temps de crise. Un projet intime. Durant dix années, de ses 16 à ses 26 ans, Chloé Milos Azzopardi a traversé des crises de dissociation et de dépersonnalisation. « Il s’agit de réponses psychologiques à la suite de traumas. Les personnes qui en souffrent peuvent ne plus sentir leur corps, être déconnectées de leurs émotions et de leurs sensations. Parfois, je ne reconnaissais même plus mon visage ni mon nom. Pour revenir petit à petit à la réalité, je me suis mise à observer intensément mon environnement, à essayer de ressentir les sensations des vivants qui m’entouraient, que ce soit des plantes, des insectes, des roches, des animaux… », explique la jeune femme. Aujourd’hui, elle puise son inspiration dans l’astronomie et l’éthologie, et continue de capturer la sympathie et l’étrangeté des vivants qui évoluent autour d’elle. 

Violences en tout genre, catastrophes politiques et environnementales, repli sur soi… Certains annoncent le retour du mal du siècle. Loin de la mélancolie romantique, Chloé Milos Azzopardi développe une fable futuriste, et traduit en images ce que pourrait être le postcapitalocène – ère géologique suivant le capitalisme marquée par de forts déséquilibres environnementaux. Tout comme la philosophe américaine Judith Butler, auteure de Vie précaire. Les pouvoirs du deuil et de la violence après le 11 septembre 2001 (Éd. Amsterdam, 2005), la photographe rêve à une société reposant sur « la reconnaissance de nos vulnérabilités et de nos interdépendances, et sur une nouvelle éthique de la non-violence qui protégerait tout le vivant ». Repenser le système économique et social actuel tout en aimant le vivant fragile et mortel… Un beau programme ! 

 

Cet article est à retrouver dans son intégralité dans Fisheye #54, disponible ici.

© Chloé Milos Azzopardi

© Chloé Milos Azzopardi© Chloé Milos Azzopardi

© Chloé Milos Azzopardi

© Chloé Milos Azzopardi© Chloé Milos Azzopardi

© Chloé Milos Azzopardi

© Chloé Milos Azzopardi© Chloé Milos Azzopardi

© Chloé Milos Azzopardi

Explorez
Morphogenèse : carte blanche du Fresnoy au Théâtre Nanterre-Amandiers
© Momoko Seto, Planet A, film, 8 min, 2008, Production Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains
Morphogenèse : carte blanche du Fresnoy au Théâtre Nanterre-Amandiers
Rénové et rouvert en décembre 2025, le Théâtre Nanterre-Amandiers inaugure sa nouvelle saison en offrant une carte blanche au...
20 janvier 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen
Dans l’œil de Cloé Harent : derrière la falaise se cache la lumière
© Cloé Harent, Residency InCadaqués 2025
Dans l’œil de Cloé Harent : derrière la falaise se cache la lumière
Cette semaine, nous vous plongeons dans l’œil de Cloé Harent, dont l’œuvre a fait l’objet d’un accrochage lors de l’édition 2025 du...
02 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
5 coups de cœur qui photographient la neige
© Loan Silvestre
5 coups de cœur qui photographient la neige
Tous les lundis, nous partageons les projets de deux photographes qui ont retenu notre attention dans nos coups de cœur. Cette semaine...
22 décembre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
26 séries de photographies qui capturent l'hiver
Images issues de Midnight Sun (Collapse Books, 2025) © Aliocha Boi
26 séries de photographies qui capturent l’hiver
L’hiver, ses terres enneigées et ses festivités se révèlent être la muse d’un certain nombre de photographes. À cette occasion, la...
17 décembre 2025   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les Franciscaines : Valérie Belin et les choses entre elles qui échappent
Sans titre, (série Bodybuilders II), 2000, épreuve gélatino-argentique, 100x80cm. © Valérie Belin
Les Franciscaines : Valérie Belin et les choses entre elles qui échappent
Jusqu’au 28 juin 2026, l’établissement culturel de Deauville Les Franciscaines accueille Les choses entre elles . Une rétrospective du...
28 janvier 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Falaise, Géorgie et clubbing : nos coups de cœur photo de janvier 2026
© Lucie Bascoul
Falaise, Géorgie et clubbing : nos coups de cœur photo de janvier 2026
Expositions, immersion dans une série, anecdotes, vidéos… Chaque mois, la rédaction de Fisheye revient sur les actualités photo qui l’ont...
27 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
La sélection Instagram #543 : tous·tes en scène
© Lara Chochon / Instagram
La sélection Instagram #543 : tous·tes en scène
Cette semaine, les artistes de notre sélection Instagram s’inspirent de l’aspect cinégénique du quotidien pour créer leurs images. Tour à...
27 janvier 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les coups de cœur #574 : Eliot Manoncourt et Joan Tiff
© Eliot Manoncourt
Les coups de cœur #574 : Eliot Manoncourt et Joan Tiff
Eliot Manoncourt et Joan Tiff, nos coups de cœur de la semaine, ont une approche personnelle de la photographie. Le premier transforme la...
26 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet