Dans l’œil d’Ilanit Illouz : au creux du temps figé

04 août 2025   •  
Écrit par Costanza Spina
Dans l'œil d'Ilanit Illouz : au creux du temps figé
© Ilanit Illouz
IlanitIllouz
Photographe
« Un masque sans visage, presque organique, qui semblait aspirer le regard vers l’intérieur, vers quelque chose d’archaïque. »

Aujourd’hui, plongée dans l’œil d’Ilanit Illouz. Jusqu’au 24 août 2025, la Maison européenne de la photographie consacre une exposition à sa série Au bord du volcan. En Sicile, au pied de l’Etna, l’artiste sonde la mémoire des paysages, entre matière en fusion, photographie et archéologie poétique.

Au creux de la roche, là où la matière conserve les murmures du temps, Ilanit Illouz mène une exploration patiente et incarnée. Son travail s’écrit comme une archéologie poétique, mêlant la photographie aux gestes de la cueillette, de la stratification, de la cristallisation. Elle arpente les territoires comme on interroge un corps ancien, attentif aux fractures, aux cicatrices, aux traces ténues d’une mémoire souterraine. De la mer Morte aux flancs de l’Etna, ses images émergent d’une matière vivante, transfigurée par le feu, le sel et les cendres. Elles défient l’évidence, troublent les repères, invoquent des formes spectrales à la frontière de l’humain, du minéral et du végétal. Dans Au bord du volcan, une grotte pétrifiée devient le théâtre d’un récit sans mots, une cavité qui aspire le regard. L’image nous entraîne vers un vertige archaïque. Chez Ilanit Illouz, l’œuvre n’est pas reproduction mais révélation : elle palpite, elle s’érode, elle se souvient. Elle devient le lieu d’un questionnement sensible face à ce qui disparaît, ce qui résiste, ce qui, encore, pulse. Jusqu’au 24 août, sa série Au bord du volcan est exposée à la Maison européenne de la photographie. L’artiste nous raconte l’une des images les plus emblématiques de ce travail.

Un visage dans la lave

« Dès le premier regard, j’ai su qu’elle serait le point de départ de mon travail. Il y avait là une présence silencieuse, une charge symbolique très forte. Sa cavité m’évoquait un spectre enveloppé dans un manteau de roche. Une figure figée, lentement sculptée par la fusion minérale. Le relief sombre et poreux de la pouzzolane semblait retenir le mouvement, comme si le temps s’était suspendu à l’instant précis de la solidification. J’y ai vu successivement une colonne vertébrale jaillie de la terre, des dents, des squelettes, une architecture ancienne, un nuage atomique, une éruption… Cette cavité m’a aussi rappelé un masque sans visage, presque organique, qui semblait aspirer le regard vers l’intérieur, vers quelque chose d’archaïque. Une forme de vide où l’on ressent à la fois le vertige et l’attraction. C’est ce paradoxe que je cherche à explorer. La roche elle-même, dans sa forme et sa texture, m’a fait penser à une humanité pétrifiée, une mémoire fossilisée, à la fois présente et absente. Elle porte les traces d’un temps ancien, mais aussi les échos de notre époque contemporaine. À travers cette matière, je tente d’interroger la manière dont le paysage devient un miroir, un corps, un témoin : un espace où se croisent les récits, les mémoires, les disparitions. Il ne s’agit pas de reproduire des formes anciennes, mais de créer des situations où la matière se révèle, se transforme, se met en mouvement. Je voulais parler d’une lamentation des images, créer un lien entre ce qu’elles évoquent et le support qui les porte. Rendre la matière vivante, comme un second souffle. »

À lire aussi
Ilanit Illouz au bord de l'Etna
© Ilanit Illouz
Ilanit Illouz au bord de l’Etna
Le Studio de la MEP présente Au bord du volcan, une exposition d’Ilanit Illouz. Cette expérimentation visuelle et plastique à partir de…
12 juin 2025   •  
Écrit par Costanza Spina
Marie-Laure de Decker à la MEP : le regard sensible d’une photojournaliste
Valéry Giscard d’Estaing devant sa télévision, le soir de son élection comme président de la République française, Paris, 19 mai 1974 © Marie-Laure de Decker
Marie-Laure de Decker à la MEP : le regard sensible d’une photojournaliste
Jusqu’au 28 septembre 2025, l’œuvre de Marie-Laure de Decker s’expose à la Maison européenne de la photographie. Au fil de sa carrière…
23 juin 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Dans l’œil d’Aletheia Casey : le rouge de la colère et du feu
© Aletheia Casey
Dans l’œil d’Aletheia Casey : le rouge de la colère et du feu
Cette semaine, nous vous plongeons dans l’œil d’Aletheia Casey, dont nous vous avons déjà parlé il y a quelques mois. Pour Fisheye, elle…
28 avril 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
Les Rencontres de Niort 2026 : nos urgences contemporaines
Piton Carré, massif du Vignemale, 2021, série De glace © Grégoire Eloy
Les Rencontres de Niort 2026 : nos urgences contemporaines
Jusqu’au 31 mai 2026, les Rencontres de la jeune photographie internationale de Niort 2026 dévoilent leur nouvelle édition. Cette année...
20 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Les images de la semaine du 4 mai 2026 : en immersion !
Missingu, œuvre évolutive. 50 à 450 tirages 25 × 20 cm sur papier washi kozo 1 g. Structures suspendues, exposition NÉO-ANALOG. © Laurent Lafolie
Les images de la semaine du 4 mai 2026 : en immersion !
C’est l’heure du récap ! Alors que les pellicules de nos smartphones se remplissent chaque jour d’innombrables images, les artistes de la...
13 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Art et Patrimoine en Perche 2026 dévoile un parcours peuplé de légendes
Strange Place for Sunrise #04 © Dana Cojbuc
Art et Patrimoine en Perche 2026 dévoile un parcours peuplé de légendes
Le parcours Art et Patrimoine en Perche revient pour une 7e édition. Jusqu’au 14 juin 2026, quinze lieux d’exception présentent des...
08 mai 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Léna Maria : la nuit qui relie les êtres
© Lena Maria
Léna Maria : la nuit qui relie les êtres
Avec Les Nuits ouvertes, Léna Maria s’immerge dans une nature vibrante colorée d’ocres et d’argiles. À la lumière de la lune, elle...
29 avril 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Wet Ground : les marges ukrainiennes d’Aria Shahrokhshahi
© Aria Shahrokhshahi 2026 courtesy Loose Joints
Wet Ground : les marges ukrainiennes d’Aria Shahrokhshahi
Depuis 2019, le photographe anglo-iranien Aria Shahrokhshahi multiplie les séjours en Ukraine. Dans Wet Ground, il compose un récit en...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Ovoo de Margarita Galandina
© Margarita Galandina
Ovoo de Margarita Galandina
Dans Ovoo, Margarita Galandina retravaille sur des archives familiales, et se tourne plus particulièrement vers ses aïeux·lles du côté de...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Deng Qiwen
Lili Lévy-Lajeunesse : une poésie du risque
© Lili Lévy-Lajeunesse
Lili Lévy-Lajeunesse : une poésie du risque
La série D’un vide à l’autre de Lili Lévy-Lajeunesse explore le plongeon comme un geste de bascule autant physique que mental. Réalisé...
27 mai 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
La sélection Instagram #557 : du surnaturel 
© albertopelayo.jpg / Instagram
La sélection Instagram #557 : du surnaturel 
Repenser le corps et ses frontières, tel est le mot d’ordre des photographes de cette semaine. De l’édito de mode à des projets plus...
26 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin