Lei Davis : transformer les blessures de l’enfance en paysages imaginaires

11 août 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Lei Davis : transformer les blessures de l'enfance en paysages imaginaires
© Lei Davis
© Lei Davis

Dans le cadre du Festival OFF Arles 2026, la galerie La Forêt Imaginaire accueille There Is No Blue without Yellow, la nouvelle exposition de Lei Davis. Entre photographie, collage et dessin, l’artiste philippine compose un récit sensible où les paysages deviennent le miroir d’une mémoire fragmentée. Une traversée intime qui trouve dans l’image un espace de réparation.

Chaque été, le Festival OFF Arles, organisé par la Kabine, rappelle que la photographie ne se limite pas à documenter le réel. Dans les galeries indépendantes, les ateliers et les lieux associatifs, elle se fait aussi matière à expérimenter, à raconter autrement et à ouvrir de nouveaux espaces de dialogue. C’est précisément dans cet esprit que s’inscrit There is no blue without yellow, présenté jusqu’au 4 octobre 2026 à La Forêt imaginaire. Pour Lei Davis, le paysage n’est jamais un simple décor. Les montagnes semblent flotter dans une lumière irréelle, les horizons prennent des teintes orangées ou rosées, tandis que les négatifs photographiques inversent les couleurs jusqu’à faire basculer le regard dans un monde onirique. La nature devient une projection mentale, un espace où les souvenirs se recomposent plutôt qu’ils se racontent.

Photographe autodidacte installée à Arles, l’artiste construit depuis plusieurs années une œuvre profondément personnelle, nourrie par l’expérimentation. Photographies, collages, dessins et interventions graphiques cohabitent dans une même image, comme si aucun médium ne suffisait, à lui seul, à contenir ce qui cherche à émerger. Chaque œuvre semble ainsi osciller entre rêve et réminiscence, nous laissant circuler librement entre les différentes strates du récit. Cette approche prend ici une dimension particulièrement forte. Les images naissent de photographies réalisées avec son fils, mais s’éloignent rapidement du témoignage familial. En les transformant, en les découpant, puis en les recomposant, Lei Davis fabrique des paysages émotionnels où le temps se brouille. L’enfant photographié devient autant son propre fils que l’enfant qu’elle a été.

© Lei Davis
Couverture du livre
Couverture du livre © Lei Davis

Un conte pour réparer l’absence

L’ensemble de l’exposition suit une narration discrète qui rappelle celle d’un livre illustré. Un jeune garçon avance dans un univers inconnu, guidé par une présence dorée qui revient d’image en image comme un repère fragile. Cette progression donne au parcours une véritable continuité, invitant les visiteur·ices à suivre une quête plus qu’à contempler une succession d’œuvres. À l’origine du projet se trouve un bouleversement intime. Lorsque son fils atteint l’âge de trois ans, le même auquel elle a été abandonnée par sa mère, l’artiste traverse une profonde dépression qui fait ressurgir des souvenirs longtemps enfouis. En revisitant les photographies prises de son enfant, elle croit reconnaître son propre passé dans certains gestes, certaines postures, certains silences. C’est de cette superposition entre les générations qu’est né ce travail.

Pour autant, There Is No Blue without Yellow ne cherche jamais à illustrer le traumatisme. L’exposition préfère emprunter les chemins du symbole et de la fiction. Les couleurs inversées, les formes découpées ou les cercles dorés qui ponctuent les compositions créent une distance poétique, comme si l’imaginaire permettait d’approcher ce que les mots peinent parfois à dire. L’œuvre trouve ainsi un équilibre subtil entre vulnérabilité et douceur. À travers ce projet, Lei Davis rappelle finalement que les images ne servent pas uniquement à conserver des souvenirs. Elles peuvent aussi les transformer, les déplacer et leur offrir une nouvelle forme. Cette dimension narrative se prolonge d’ailleurs avec un livre portant le même titre que l’exposition. Conçu comme un album pour enfants, il reprend cette déambulation visuelle où mémoire, photographie et imaginaire se répondent page après page. Il est disponible à la vente directement à la galerie La Forêt imaginaire – 12, rue de la Liberté à Arles, ainsi qu’en ligne via le compte Instagram de l’artiste.

© Lei Davis
© Lei Davis
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