Ai Weiwei : l’engagement par l’image

03 février 2016   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Ai Weiwei : l'engagement par l'image
C’est une photo qui fait polémique : l’artiste chinois Ai Weiwei reproduisant la pose d’Aylan Kurdi, l’enfant syrien noyé dans la nuit du 2 septembre 2015 et retrouvé sur une plage turque. Un cliché symbolique par lequel l’artiste réitère son engagement pour la cause des migrants.

(via The Washington Post)

Face contre terre, il s’est allongé sur une plage de galets, immobile, les yeux clos. Ai Weiwei a décidé de frapper fort, en reproduisant ainsi le cliché d’Aylan Kurdi, réalisé par la journaliste Nilufer Demir. Montrée pour la première fois fin janvier dans le cadre d’une exposition de l’Indian Art Fair, cette photo a été prise sur l’île grecque de Lesbos par Rohit Chawla, un photographe de l’hebdomadaire India Today.

© Rohit Chawla pour India Today
© Rohit Chawla pour India Today

Cinq mois après l’émoi suscité par l’image du petit Aylan, devenue symbolique, la mise en scène d’Ai Weiwei ne fait pas l’unanimité. Certaines critiques reprochent notamment à l’artiste de vouloir s’accaparer le devant de la scène. Mais il n’est pas le premier ni le seul artiste à s’imposer avec éclat sur le sujet. Banksi avait déjà fait couler beaucoup d’encre l’été dernier avec Dismaland, son faux parc d’attraction éphémère qu’il avait ensuite déplacé à Calais.

Au-delà du personnage subversif, reconnu pour son art protestataire, n’est-ce pas plutôt le contexte qu’il faut interroger ? Le malaise ne vient-il pas plutôt du fait qu’il faille reproduire l’horreur pour la montrer, alors qu’elle se produit tous les jours ?  Le message est violent mais il est proportionnel à la cruauté de la réalité. Car depuis septembre dernier, plus de 300 enfants sont morts en Méditerranée.

#safepassage

Ce qu’Ai Weiwei exprime à travers cette image s’inscrit dans un engagement qu’il poursuit depuis plusieurs mois et qu’il relaie notamment sur Instagram, via les hashtags #refugees ou #safepassage.

Depuis fin décembre dernier, l’artiste documente au quotidien, en photos et vidéos, l’arrivée et la prise en charge des migrants qui affluent sur l’île grecque où il a installé son studio. En janvier lors d’une conférence de presse, il avait d’ailleurs exprimé son souhait d’édifier un mémorial en hommage aux milliers de personnes qui risquent leur vie pour fuir leurs pays. Quelques semaines plus tard, il annonçait sa décision d’annuler deux expositions prévues au Danemark, après le vote d’une loi qu’il a jugée «honteuse» permettant la saisie des biens des demandeurs d’asile.

 

#refugees

Une photo publiée par Ai Weiwei (@aiww) le

 

#lesvos Une photo publiée par Ai Weiwei (@aiww) le

#refugees

Une photo publiée par Ai Weiwei (@aiww) le

Texte par : Marie Moglia

Explorez
La sélection Instagram #540 : les bonnes résolutions
© Hugh Davison / Instagram
La sélection Instagram #540 : les bonnes résolutions
Les artistes de notre sélection Instagram de la semaine ont décidé de prendre de bonnes résolutions pour l’année 2026. L’acte de...
06 janvier 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Les coups de cœur #571 : Nicolas Gastaud et Sonia Martina
L’île la plus proche du paradis © Nicolas Gastaud
Les coups de cœur #571 : Nicolas Gastaud et Sonia Martina
Nicolas Gastaud et Sonia Martina, nos coups de cœur de la semaine, explorent des récits intimes. Le premier sonde son héritage familial...
05 janvier 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Gabrielle Hébert : l’amour comme langage intime à la Villa Médicis
Gabrielle Hébert (1853-1934), Peppino Scossa endormi dans les bras de sa mère, 11 août 1888, aristotype à la gélatine, 8,7 x 11,7 cm, Paris, musée national Ernest Hébert © Musée d’Orsay, Dist. GrandPalaisRmn / Alexis Brandt
Gabrielle Hébert : l’amour comme langage intime à la Villa Médicis
Elle a photographié l’amour – son amour – et le temps qui passe. À la Villa Médicis, Gabrielle Hébert fait de la photographie un...
01 janvier 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Dans l’œil de Marilia Destot : mémoire entre ciel et mer
© Marilia Destot / Planches Contact Festival
Dans l’œil de Marilia Destot : mémoire entre ciel et mer
Cette semaine, nous vous plongeons dans l’œil de Marilia Destot. Jusqu’au 4 janvier 2026, l’artiste expose ses Memoryscapes à Planches...
26 décembre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Nos derniers articles
Voir tous les articles
MYOP, vingt ans de photographie : défaire, refaire, rêver le monde
© Agnès Dherbeys
MYOP, vingt ans de photographie : défaire, refaire, rêver le monde
À l’occasion de son vingtième anniversaire, le collectif MYOP investit le Carré de Baudouin avec une exposition manifeste....
Il y a 10 heures   •  
Écrit par Costanza Spina
Zexuan Zeng : la mémoire et le pouvoir
The Internal Crusade © Zexuan Zeng
Zexuan Zeng : la mémoire et le pouvoir
Le photographe Zexuan Zeng exhume lors d'un voyage les fantômes de l'Armée rouge qui ont réalisé la Longue Marche, un épisode fatal de la...
08 janvier 2026   •  
Écrit par Thomas Andrei
Le Nemesiache : avant-garde féministe sud-italienne entre art et mythe
© Lina Mangiacapre
Le Nemesiache : avant-garde féministe sud-italienne entre art et mythe
Longtemps marginalisé dans les récits de l’histoire de l’art, le collectif féministe napolitain Le Nemesiache, actif dans les années...
07 janvier 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
13 expositions photographiques à découvrir en janvier 2026
© Sarah van Rij
13 expositions photographiques à découvrir en janvier 2026
Pour occuper les journées d'hiver, la rédaction de Fisheye a sélectionné une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et...
07 janvier 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine