Baraa al-Halabi

02 décembre 2015   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Baraa al-Halabi
Âgé de 23 ans, Baraa al-Halabi est un photojournaliste syrien basé à Alep. En septembre dernier, il prenait l’avion vers l’Europe pour la première fois. Destination Paris, où il recevait son prix du concours Fipcom, la compétition internationale de photojournalisme de l’émirat de Fujaïrah. Nous l’avons rencontré à son hôtel, où il nous a livré son récit.

Le matin, si Baara n’entend pas le bruit des avions survolant Alep lorsqu’il ouvre les yeux, c’est qu’il n’y aura pas de bombardements ce jour-là. Alors il se prépare un café, comme si c’était la routine. Mais le quotidien de Baraa n’est plus le même depuis quelques années. Depuis que la guerre civile a éclaté dans son pays.

Baara a 23 ans, est né et a grandi en Syrie. Quand elle éclate en 2011, la révolution lui met un appareil photo entre les mains alors qu’il est encore étudiant en informatique. Aux prémices du mouvement, il réalise ses premières images avec son téléphone lors des manifestations : « C’était le début de la révolution, il y avait un blocage médiatique à Alep. Comme beaucoup de jeunes de mon âge, j’ai voulu montrer par moi-même ce qui arrivait à mon pays. » Puis il y eut la prison. Arrêté le 22 juin 2011 parce qu’il participait à une manifestation à la cité universitaire d’Alep, il fut libéré un mois plus tard. Son arrestation n’entame ni son engagement ni ses convictions. Comme de nombreux Syriens, Bara s’improvise « journaliste citoyen ». Ce n’est pas avec les armes qu’il résiste, mais avec les images.

Sa voix est douce, mais il y a une énergie dans le débit rapide de ses paroles. Ses mots fusent sans hésitation quand il nous raconte son histoire avec une maîtrise étonnante, sans doute aidé par les trois cigarettes qu’il allume à la suite. Son regard est grave, profond. Il révèle l’amertume et la fatigue. Il jette une lumière crue sur la réalité du quotidien de Baraa et des horreurs dont celui-ci a été témoin. Comme lorsqu’il parle des 120 personnes qu’il a vues brûlées vives après un bombardement sur un marché ; de la perte d’un ami photojournaliste à Reuters ; ou de la mort de son frère, tué par un sniper – et dont il taira les noms.

La peur

En revanche, ce que le regard de Baraa ne dévoile pas, c’est la peur. Non pas la peur de mourir, « parce que nous devons tous mourir un jour », mais la peur de souffrir. « Quand je pense au danger, je me dis que je préfèrerais mourir vite, plutôt que d’être blessé et hospitalisé pendant des mois, sans savoir ce qu’il pourrait m’arriver. J’ai aussi peur d’être enlevé. » Ce qui a bien failli lui arriver. « Un jour, j’ai été poursuivi par les combattants de Daesh. Je me suis enfui et caché, jusqu’à ce que les hommes qui en avaient après moi soient chassés. » C’est d’ailleurs pour ne pas se faire repérer sur le terrain qu’il a pris le pseudonyme d’al-Halabi […] Baraa a appris à aimer la photo : « Depuis que j’ai acheté mon premier appareil en 2014, un Canon 1100D, je ressens tous les jours le besoin de photographier. » Cette même année, il commence à vendre ses images à l’Agence France-Presse (AFP), pour laquelle il pige désormais régulièrement.

C’est d’ailleurs grâce à une photo vendue à l’AFP que Baraa a reçu le prix Fipcom dans la catégorie « Single news », le 9 septembre dernier, à l’Institut du monde arabe. Il se souvient très bien du jour où il l’a prise : « C’était en juin 2014, pendant les élections. » […] C’est aussi à cet instant que le jeune homme comprend que son peuple « est en train de mourir ». Selon lui, la Syrie « est une plate-forme de règlements de comptes. Ça n’arrangerait personne que Bachar ne soit plus au pouvoir. Et c’est mon pays qui en fait les frais ».

Doisneau, Fairuz et Marcel Khalifé

Quand ce n’est pas la guerre qu’il photographie, Baraa fait « des photos de l’amour ». Une jolie façon de confier, avec un sourire timide, qu’il aime le travail de Robert Doisneau…

 

… L’intégralité de cet article est à retrouver dans Fisheye #15, en kiosque actuellement.

Explorez
La sélection Instagram #558 : rêver d'été
© lalieblanck / Instagram
La sélection Instagram #558 : rêver d’été
Alors que les températures caniculaires qui ont clôturé ce mois de mai nous ont directement plongé dans nos rêves d’été, les photographes...
02 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Kazuo Kitai, photographe du quotidien japonais
© Kazuo Kitai
Kazuo Kitai, photographe du quotidien japonais
À travers plus de soixante ans de photographie, Kazuo Kitai documente les bouleversements sociaux, urbains et intimes du Japon...
01 juin 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Wet Ground : les marges ukrainiennes d’Aria Shahrokhshahi
© Aria Shahrokhshahi 2026 courtesy Loose Joints
Wet Ground : les marges ukrainiennes d’Aria Shahrokhshahi
Depuis 2019, le photographe anglo-iranien Aria Shahrokhshahi multiplie les séjours en Ukraine. Dans Wet Ground, il compose un récit en...
29 mai 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Ovoo de Margarita Galandina
© Margarita Galandina
Ovoo de Margarita Galandina
Dans Ovoo, Margarita Galandina retravaille sur des archives familiales, et se tourne plus particulièrement vers ses aïeux·lles du côté de...
29 mai 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen
Nos derniers articles
Voir tous les articles
13 expositions photographiques à découvrir en juin 2026
© Pierre & Florent
13 expositions photographiques à découvrir en juin 2026
La rédaction de Fisheye a relevé une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et dans le reste de la France en juin 2026....
02 juin 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Pietro Lazzaris : vies au volant
© Pietro Lazzaris
Pietro Lazzaris : vies au volant
Dans Trucking – Looking at the World From the Cab, le photographe italien Pietro Lazzaris a arpenté les routes des États-Unis dans la...
02 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
La sélection Instagram #558 : rêver d'été
© lalieblanck / Instagram
La sélection Instagram #558 : rêver d’été
Alors que les températures caniculaires qui ont clôturé ce mois de mai nous ont directement plongé dans nos rêves d’été, les photographes...
02 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Kazuo Kitai, photographe du quotidien japonais
© Kazuo Kitai
Kazuo Kitai, photographe du quotidien japonais
À travers plus de soixante ans de photographie, Kazuo Kitai documente les bouleversements sociaux, urbains et intimes du Japon...
01 juin 2026   •  
Écrit par Costanza Spina