
Jusqu’au 17 mai 2026, Circulation(s) reprend ses quartiers au CENTQUATRE- PARIS, dans le 19e arrondissement. Pour cette 16e édition, le festival rassemble 26 artistes de quinze nationalités différentes et propose un zoom sur l’Irlande. La rédaction de Fisheye s’est rendue sur place et vous dévoile ses trois coups de cœur.
Donal Talbot
Lorsque je rentre dans la salle dédiée aux artistes irlandais, je suis tout de suite happée par cette photo d’une femme qui se tient dans les herbes hautes. D’une intensité souveraine, elle semble nous intimer silencieusement de ne pas franchir la limite, protégeant farouchement son intimité face à l’objectif. Ce portrait magnétique donne le ton de Becoming, tout comme cette autre image de deux femmes aux cheveux courts, tendrement appuyées l’une contre l’autre. Donal Talbot y explore une vie au-delà du conditionnement et de l’oppression. Inspiré par la « sensibilité gay », il érige le fait d’être queer en résistance face aux normes imposées. Travaillant en 35 mm, l’artiste valorise les fuites de lumière et les irrégularités chimiques comme les traces d’un état inachevé et mouvant.
Gemma Puig de Fabregas

Nina Pacherová
L’arrivée dans le monde de Nina Pacherová se fait sur une moquette rose, les murs sont recouverts d’une peinture lilas. C’est l’illusion de la maison, du cadre, à la fois enfermant et rassurant. Pour réaliser son projet The Reality Check, l’artiste visuelle slovaque s’est intéressée à la notion de conditionnement à travers le genre féminin, en se concentrant sur la maternité. Elle interroge ici son propre désir d’enfant, en remontant aux moments où il s’est révélé, notamment à travers des heures à jouer aux Sims. Elle y est alors retournée pendant des mois, pour y faire des captures d’écran de scènes de vie créant une archive du jeu vidéo. Elle a ensuite apposé tout cela dans la matière en réalisant des tapisseries avec l’artiste Karolina Tomaszewska. Une façon de ne pas laisser, tapies dans l’ombre, toutes les contradictions et bugs qui nous composent, pour recomposer avec.
Ana Corderot

Alžběta Drcmánková
Au cœur du CENTQUATRE-PARIS, la cour est peuplée de blocs verts. Dans l’intimité de l’un d’eux se découvrent trois suspensions en perles de rocaille qui scintillent comme des mirages. À mesure que nous nous approchons, des motifs se dessinent sans que nous sachions véritablement de quoi il s’agit. Ces œuvres nous invitent à les contempler pour mieux les éprouver. Les impressions prennent ainsi le relais dans l’éveil de nos imaginaires. Alžběta Drcmánková est à l’origine de ces créations sibyllines, rassemblées dans une série répondant au nom poétique de After the Decay of Memory, Only a Glassy Echo Remains. À travers ces compositions, l’artiste mène une réflexion sur la nature même de la photographie, sur le temps long, la matérialité des choses et le sens que nous leur donnons. Ici, la déliquescence de l’image, qui « se défait perle après perle, jusqu’à sa dissolution », va de pair avec celle de la mémoire. « Les fils deviennent mesure du temps : à la fois infinité du processus et trace du moment figé. La broderie, alors, agit comme un rituel plastique et méditatif […] », semble conclure le cartel de présentation.
Apolline Coëffet