
La 4e édition d’unRepresented by a ppr oc he se tient à l’espace Molière jusqu’au 12 avril 2026. Comme à l’accoutumée, le salon fait la part belle aux artistes non représenté·es par des galeries. À cette occasion, chacun·e est soutenu·e par des mécènes. Cette année, ce sont quinze artistes qui, à travers divers procédés et pratiques expérimentales, questionnent notre manière « d’habiter le monde ». Nous nous sommes rendues sur place, et voici trois de nos coups de cœur.
Elie Monferier
C’est dans le passé minier de l’Ariège que l’on s’immisce avec Elie Monferier. Dans le Journal des Mines, un projet apposé sur le papier dans un très bel ouvrage réalisé à la main, l’auteur s’est rendu à plusieurs reprises sur les sites qui ont accueilli l’activité minière de la région dans les années 1980. Une fois sur place, il ne se passe plus grand-chose, quelques vestiges seulement de ce qu’ils ont habités et abrités : des charriots égarés, des panneaux de signalisation, des baraques abandonnées et puis surtout la nature qui a repris le dessus, qui est venue recouvrir de son voile vert les creux, les interstices de ces espaces. Mêlant des archives et ses propres images, Elie Monferier interroge la mémoire des lieux, celle qui se cristallise ou se dilate, et la métamorphose des paysages. À l’occasion du salon, le photographe déploie ce travail de façon inédite, notamment à travers des portraits d’époque de mineurs qu’il a imprimés sur des plaques de fer. Par ce procédé, Elie Monferier fait apparaître de nouvelles strates, donne plus de place au passé, pour encore mieux comprendre pourquoi il s’est délité.
Ana Corderot

Tania Arancia
Un pan de tissu dans un camaïeu de bleu : c’est la première œuvre que je vois en atteignant le premier étage du salon unRepresented. D’autres tissages bleutés ornent les murs et confèrent à la pièce une atmosphère pleine de fraîcheur. Ce projet, Tentatives de résurgences, est l’œuvre de Tania Arancia. Elle m’explique que sa démarche rend hommage aux moments de festivités partagés avec ses proches en Guadeloupe. À partir d’une photo de famille qu’elle découpe et recompose, elle produit un nouveau motif en cyanotype sur sa trame de fils à tisser. La photographie de base, emprisonnée au cœur du tissage, acquiert davantage une valeur symbolique puisqu’elle devient la fondation même de l’œuvre nouvelle. L’artiste fait le choix d’utiliser des matières nobles comme le lin ou la soie, une préciosité matérielle pour célébrer ceux qu’elle aime. En se penchant davantage sur les détails, on distingue divers éléments de vaisselles. Qu’il s’agisse d’encadrer un tissage dans un plateau d’argent ou de reconstituer l’espace « où les hommes se posent pour boire leur ti’ punch » dans le coin de la pièce, ils soulignent la dimension festive des œuvres. Une ode à la famille d’une grande douceur.
Esther Baudoin

Auriane Kolodziej
Dans un coin du Molière se trouvent des blocs de résine sombre, disséminés çà et là sur des présentoirs immaculés. En nous approchant, nous découvrons qu’ils renferment des morceaux de miroirs brisés, oxydés, sur lesquels se distingue une silhouette. Il s’agit de celle d’Auriane Kolodziej, qui signe ces œuvres. Intitulé Au seuil du miroir, ce projet prit racine à ses 18 ans. « J’ai fait une grosse dépression et le seul moyen que j’ai trouvé de me ramener à la vie, de me prouver que j’existais encore, ça a été de me prendre moi-même en compte », explique-t-elle. Si ces autoportraits restèrent dans l’ombre pendant longtemps, il y a cinq ans, un rêve leur donna une nouvelle impulsion. « Je me tenais dans une pièce très grande, très lumineuse, entièrement nue. Face à moi, il y avait un petit miroir. Pour la première fois de ma vie, je n’étais pas intriguée par mon reflet, mais par ce qu’il y avait derrière, par la face cachée. C’est un questionnement qui ne m’a jamais trop lâchée et j’ai compris que c’était une sorte d’analogie avec ce qu’on a au fond de nous », confie-t-elle. En les manipulant à l’aide de gants blancs, la dualité de ces pièces apparaît. Elles s’avèrent à la fois délicates et robustes, révèlent leurs détails aussi bien dans la clarté du jour que dans l’obscurité, l’encre évoque autant la bile mélancolique que le noir lumière de Pierre Soulages, l’image éphémère se fige enfin… Dans une quête d’équilibre poétique, tout invite alors à la reconsidération.
Apolline Coëffet