Lore Van Houte : le cyanotype comme journal intime et refuge poétique

10 avril 2026   •  
Lore Van Houte : le cyanotype comme journal intime et refuge poétique
© Lore Van Houte
cygnes cyanotype
© Lore Van Houte

Étudiante en sciences culturelles et artiste visuelle, Lore Van Houte capture la poésie de son environnement à travers le prisme bleuté du cyanotype. Atteinte d’une maladie chronique qui a restreint son espace de vie, elle a fait de son jardin un véritable studio à ciel ouvert et un lieu de guérison. Sa pratique explore le lien intime entre la nature, la philosophie et l’identité.

À travers les teintes monochromes de ses tirages, Lore Van Houte compose un univers où la lenteur est reine. Ancienne élève en école d’art, elle avait dû ranger son appareil photo pendant près de six ans, la charge de travail étant devenue incompatible avec sa maladie. C’est au début de la pandémie qu’elle ressent le besoin vital de créer à nouveau, de tenir des images physiques entre ses mains, mais sans affronter les produits chimiques toxiques de la chambre noire. Elle se tourne alors vers le cyanotype, photographiant au numérique avant de développer ses œuvres à la lumière du soleil. Contrairement au tumulte de la vie moderne, cette méthode exige une immense patience. « La pratique du cyanotype dépend de l’attente […], cela crée des moments où l’on est dans l’instant présent et où l’on remarque les choses », confie-t-elle. Limitée dans ses déplacements géographiques, l’artiste se concentre sur de courtes promenades et sur son propre jardin, devenu son terrain d’observation privilégié. Sa démarche est résolument minimaliste : elle n’utilise aucun éclairage artificiel ni outil de post-production. Seuls comptent son appareil, la lumière naturelle et la flore qui l’entoure.

Cette fascination pour le végétal prend racine dans de vastes inspirations historiques et littéraires. Lore Van Houte se nourrit du mouvement Arts and Crafts (notamment Walter Crane), du groupe belge Les XX (comme James Ensor, Anna Boch et Fernand Khnopff), ainsi que du pictorialisme et de l’impressionnisme. La littérature irrigue également son imaginaire, à l’image des poèmes de Walt Whitman ou de Christina Rossetti. Loin de vouloir illustrer ces textes de manière littérale, elle s’en sert pour questionner sa propre place dans le monde. Face à l’épreuve de la maladie et au sentiment de perte de repères, la photographie s’impose comme un outil introspectif. Ses nombreux autoportraits au cœur de la végétation agissent comme un carnet de bord. « C’est un peu comme tenir un journal intime pour se retrouver et découvrir ce qui a du sens pour soi, mais c’est un journal visuel », explique-t-elle. 

Une conversation avec la matière pour dompter l’anxiété

Dans cette approche organique, l’acte de création prime largement sur l’idée de départ. L’artiste planifie peu, préférant se laisser guider par une fleur qui attire soudainement son attention ou par la lumière caressant son cerisier. La magie opère lors du développement : travailler le cyanotype s’apparente à une véritable « conversation avec le médium ». Il y a une part d’imprévisible qu’elle doit apprendre à écouter et à accepter, un lâcher-prise indispensable. Le sens profond de l’œuvre n’émerge souvent qu’a posteriori, lors d’un temps de réflexion. Cette dimension méditative lui sert d’ancrage émotionnel. Presser des fleurs, préparer ses solutions, regarder le tirage s’imprégner des rayons du soleil… Chaque étape est un processus de réparation qui lui apporte joie et réconfort lorsque le stress ou l’anxiété l’envahissent. 

Sa série Studies of the Garden illustre parfaitement cette quête de l’impalpable. L’une de ses œuvres favorites mêle un autoportrait à un monotype de carotte sauvage pressée. Née d’une heureuse coïncidence lumineuse dans son jardin, cette image inattendue lui a procuré un profond sentiment de paix. Qu’elle teinte ses cyanotypes au thé vert, comme pour sa photographie de cygnes sur la Meuse, ou qu’elle utilise de l’hibiscus pour colorer le papier, Lore Van Houte ne cesse d’expérimenter et de repousser les frontières de sa technique. En reliant son propre corps aux cycles des plantes, elle fait émerger des récits silencieux. Dans son univers, photographier est un acte lent, une manière délicate de soigner l’âme et de révéler la magie qui, dans l’ombre du jardin, attendait simplement d’être regardée.

© Lore Van Houte
© Lore Van Houte
© Lore Van Houte
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