Détroit par le cœur

26 août 2019   •  
Écrit par Julien Hory
Détroit par le cœur

Dans ses séries, Amy Sacka documente la renaissance de Détroit, dans le Michigan. Une façon de rendre un hommage intime à ceux qui font la ville au quotidien. Un engagement qui répond aussi à ses interrogations personnelles.

« Comment parvenons-nous à créer des espaces personnels et uniques , un chez-soi ? »  Par cette question qui habite Amy Sacka au plus profond d’elle-même, elle parvient à dresser un portrait sensible de Détroit. Dans un travail humaniste, la photographe et écrivaine rend à la ville un hommage tendre et sincère. Originaire de cette ancienne colonie française, elle en est partie avant de revenir en 2012 pour s’y installer durablement. « Ma vie et Détroit sont intimement liées. Il n’y a pas forcément l’un qui mène à l’autre, si ce n’est mon désir d’être une sorte d’intendante, un réceptacle documentaire pour cet endroit. »

C’est à cette date qu’elle débute Say my name (Detroit), une série qui inaugure un cycle de travaux autour de cette cité du Michigan. Suivrons Belle Isle (Detroit) et Sundays at the Carpet House. Elle tente ainsi un rassemblement des identités. « Je pense que je photographie des communautés, confie-t-elle. Mais pour moi, le travail consiste davantage en une forme de conversation, voire de communion. » Dans un noir et blanc juste, elle saisit la renaissance de Détroit, et rappelle à ceux qui l’ont parfois présentée comme décadente que des âmes la font vivre.

© Amy Sacka

Construire la mémoire

Les images d’Amy Sacka traduisent ses sentiments. Bien qu’elle qui se dise réservée, elle propose une photographie qui transpire l’empathie. En témoigne sa série #Roommatesafter40 dans laquelle Amy Sacka livre son expérience de colocataire de plus de 40 ans. « À la suite d’un mariage, d’un divorce ,et de dix ans de vie seule, j’ai ouvert ma maison de deux étages à Detroit à des amis. J’étais sur le point de fêter mes 42 ans, ce qui ne me réjouissait pas. Triste de voir le coût de la vie exploser, j’ai voulu créer ma communauté. » La photographe n’avait pas envisagé cette dernière série comme une suite de son travail sur Détroit. C’est le responsable d’une galerie souhaitant présenter ses clichés qui lui a fait réaliser que #Roomatesafter40 parlait aussi de la ville.

Si l’œuvre d’Amy Sacka traite de Détroit, elle nous révèle également une part d’intimité de l’artiste. « Je suis introvertie. Je m’épuise émotionnellement à créer une intimité avec les autres à travers la photographie. Alors j’ai besoin de pauses, je ne peux pas photographier à temps plein. C’est pour cela que je me trouve vers l’écriture », reconnaît la photographe. Par ses images, Amy Sacka créée des liens qui la rapproche de sa terre d’origine. Obsédée par la peur d’oublier, elle veut également construire la mémoire des lieux avant qu’ils ne disparaissent dans les grandes transformations que connaît le paysage urbain. « Souvent, nous partons et nous oublions la terre et les lieux qui importent tellement pour notre identité. Je veux conserver ces liens avec mes photos. »

© Amy Sacka

© Amy Sacka

© Amy Sacka© Amy Sacka

© Amy Sacka© Amy Sacka

© Amy Sacka© Amy Sacka

© Amy Sacka

© Amy Sacka

Explorez
Dans Soleil d’Hiver, Gregory Dargent compose les nuances d’un deuil
© Gregory Dargent
Dans Soleil d’Hiver, Gregory Dargent compose les nuances d’un deuil
Publié aux éditions Le Mulet, Soleil d’Hiver se lit comme un récit intime croisant la perte, l’exil et les liens que l’on noue. Une œuvre...
01 septembre 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Lei Davis : transformer les blessures de l'enfance en paysages imaginaires
© Lei Davis
Lei Davis : transformer les blessures de l’enfance en paysages imaginaires
Dans le cadre du Festival OFF Arles 2026, la galerie La Forêt Imaginaire accueille There is no blue without yellow, la nouvelle...
11 août 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Rencontres d'Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
Dana Steichen, M. Steichen est surpris par Mme Steichen en train de croiser un delphinium blanc avec un delphinium violet foncé afin d'augmenter la taille des fleurs de la variété blanche, Umpawaug Farm, Connecticut, États-Unis, 1938 Collection Spuerkeess. © 2026 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York.
Rencontres d’Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
La semaine d'ouverture vient de se clôturer, mais le festival, quant à lui, sera bien présent tout l'été, et ce, jusqu'au 4 octobre...
13 juillet 2026   •  
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
© Mallory Lowe Mpoka, In the Weft of Memory [Dans la trame de la mémoire] (détail), Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa, 2025, tissage jacquard et perles de verre Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
Le prix de la photo Madame Figaro, dédié aux femmes photographes émergentes, soutenu par Kering, a récompensé, à l’occasion des...
11 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Justine Emard : aux origines de l’image et des mondes rêvés
© Quentin Chevrier
Justine Emard : aux origines de l’image et des mondes rêvés
De la grotte Chauvet aux rêves d’un astronaute, Justine Emard remonte le fil des images dans Rêves premiers, au Lieu Unique, à Nantes....
04 septembre 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Bicentenaire : 200 ans de photographie et un hors-série pour s’y promener
Couverture du hors-série 200 ans. Front, 2001, Polaroid 20 × 24 pouces William Wegman, 1943. Artiste et photographe américain. © Courtesy of William Wegman et Galerie GP&N Vallois, Paris
Bicentenaire : 200 ans de photographie et un hors-série pour s’y promener
Deux cents ans d’histoire, treize mois de célébration, 224 pages. Pour fêter le Bicentenaire de la Photographie, Fisheye et le ministère...
02 septembre 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
23 événements photographiques à découvrir en septembre 2026
Dakota Hair © Ryan McGinley
23 événements photographiques à découvrir en septembre 2026
La rédaction de Fisheye a relevé une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et dans le reste de la France en septembre...
02 septembre 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Dans Soleil d’Hiver, Gregory Dargent compose les nuances d’un deuil
© Gregory Dargent
Dans Soleil d’Hiver, Gregory Dargent compose les nuances d’un deuil
Publié aux éditions Le Mulet, Soleil d’Hiver se lit comme un récit intime croisant la perte, l’exil et les liens que l’on noue. Une œuvre...
01 septembre 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas