Mois des fiertés : l’identité queer dans l’œil des photographes de Fisheye

27 juin 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Mois des fiertés : l'identité queer dans l'œil des photographes de Fisheye
© Paul Mesnager
Personne queer et en situation de handicap portant une couronne
We Are Everywhere © Aldo Giarelli

Enjeux sociétaux, crise environnementale, représentation du genre… Les photographes publié·es sur Fisheye ne cessent de raconter, par le biais des images, les préoccupations de notre époque. À l’occasion du mois des fiertés, nous faisons défiler les pages de notre magazine pour révéler les artistes qui s’emparent des questions de genre et de sexualité.

Face à la montée des extrêmes à travers le monde, les droits des personnes LGBTQIA+ se fragilisent. Aux États-Unis, le gouvernement de Donald Trump a interdit les livres mentionnant les sujets relatifs à la transidentité, Victor Orban a décidé de bannir la Pride de Budapest, ou encore la Cour suprême du Royaume-Uni a statué que la définition légale du mot « femme » est basée sur le sexe biologique et non sur le genre. Les photographes publié·es sur les pages de Fisheye se mobilisent, documentent les récits et les corps queers, et mettent en lumière les luttes. Avec des écritures visuelles variées, Aldo Giarelli, Anouk Durocher, Aude Osnowycz et le duo composé du photographe Paul Mesnager et de l’autrice Ondine de Gaulle font de l’image l’outil de visibilisation des existences queers. En Inde, en Belgique ou encore en Géorgie, iels racontent des histoires singulières, empreintes d’engagement et de force.

Corps queer

Alors que l’industrie de la mode s’approprie les codes queers sans pour autant faire voir la diversité des corps et pratique ainsi le queer bait, Aldo Giarelli va à contre-courant. Dans sa série We Are Everywhere, l’artiste rend visibles le bizarre et l’étrangeté corporelle, tout en pointant son regard sur leur sexualisation qu’il considère comme un puissant outil d’autodétermination. « Je souhaite montrer des corps qui veulent briser les normes par l’exposition de leur sexualité, de leur variété et de leur volonté de s’affirmer. L’affirmation sexuelle est le point principal d’une révolution qui vise à atteindre une neutralité de la perception du corps », explique-t-il. Dans la nuit, il flashe le désir qui respire de ces corps queers en extase. Il leur rend leur existence dans l’espace et la nature.

Anouk Durocher, exposée lors de la 15e édition du festival Circulation(s), présente Alter Ego Fantasy, une série multimédia qui suit avec douceur le parcours de transition de son ami·e non-binaire Bissi. L’artiste compose un récit en collaboration étroite avec cette personne qui explore une identité du genre singulière, à la frontière des références lesbiennes et queers. En conversation avec les photographies d’Anouk Durocher se trouvent des collages réalisés par Bissi. « J’ai senti très vite qu’il me serait difficile de capter certains aspects de son univers uniquement à travers mon objectif. Il y avait des éléments que seules ses propres mises en scène rendaient visibles. Alors j’ai commencé à explorer son compte Instagram. J’y ai trouvé une matière précieuse, un langage visuel qui disait beaucoup sur la manière dont iel choisit de se présenter, sur le regard qu’iel adresse au monde », raconte-t-elle.

deux hommes queer
We Are Everywhere © Aldo Giarelli
Portrait devant la mer
Alter Ego Fantasy © Anouk Durocher
Corps en mouvement
Alter Ego Fantasy © Anouk Durocher
Jeune femme aux cheveux roses en paralèlle avec une affiche de Poutine au mur
Hally de la série Georgia: Youth on the Front Line © Aude Osnowycz

Des histoires de luttes

En Géorgie, les idéaux anti-LGBTQIA+ et liberticides de Vladimir Poutine s’installent. La photojournaliste Aude Osnowycz a rencontré une jeunesse queer et européenne dans ce pays qui tend vers l’autoritarisme. Dans les rues de Tbilissi, lors de manifestations, ou dans leurs espaces plus intimes, la photographe tire le portrait de ces jeunes ayant soif de liberté et de droit. « C’est Lucrécia, un performeur-drag de 28 ans. C’est Diane Joukova, une personne non-binaire, né·e à Saint-Pétersbourg qui, il y a quatre ans, a fui le régime anti-LGBTQIA+ de Vladimir Poutine. C’est aussi Andro Dadiani, un artiste-poète dont l’œuvre gravite autour des questions sociales – droit du travail, violences faites aux femmes, le fanatisme religieux, etc. », confie-t-elle. En face de ces visages, Aude Osnowycz appose en diptyque des images d’éléments révélateurs de l’ex-URSS, un « symbolisme soviétique, teinté par l’univers patriarcal et le conservatisme calqué sur la Russie », précise-t-elle. 

Diptyque d'une jeune femme les bras croisée et d'une image de manifestation avec le drapeau géorgien.
Diane Joukova de la série Georgia: Youth on the Front Line © Aude Osnowycz
des personnes la nuit
Batul © Paul Mesnager

Voyage initiatique

Le photographe Paul Mesnager et l’autrice Ondine de Gaulle embarquent dans le long voyage transformateur de Sambhay, un ami d’Ondine, dans la région du Cachemire, en Inde. Après le décès de son compagnon dans une fusillade, Sambhay se convertit à l’islam et prend le nom d’Iqbal, puis entame une transition de genre. Iqbal devient alors Batul. Ces changements de noms sont les prémices d’un récit pluriel où religion et genre s’entremêlent. Les deux artistes documentent la vie en mouvement de cette amie qui embrasse sa féminité et sa foi : « Le premier chapitre présente Iqbal dans sa maison familiale, en costume masculin traditionnel, avec une barbe. Le dernier montre Batul traversant la première journée de sa vie en tant que femme », confie le photographe. Leur travail met en lumière le croisement de multiples enjeux sociopolitiques : droits des personnes LGBTQIA+ et musulmanes en Inde, et particulièrement la coexistence des identités queer et religieuse, qui semblent incompatibles. Dans ce monde hétéronormé, chaque personne queer entreprend ce voyage initiatique de la compréhension de soi, de son corps et des luttes auxquelles elle sera confrontée.

une femme
Batul © Paul Mesnager
un bâtiment avec un drapeau qui flotte
Batul © Paul Mesnager
À lire aussi
Contenu sensible
Aldo Giarelli, le queer au corps
© Aldo Giarelli
Aldo Giarelli, le queer au corps
Photographe de mode, Aldo Giarelli restitue dans sa dernière série, We are Everywhere, des corps queers à la fois sexualisés et divers.
10 janvier 2025   •  
Écrit par Hugo Mangin
Anouk Durocher : portrait d'une révolution intime
© Anouk Durocher
Anouk Durocher : portrait d’une révolution intime
Nous avons posé quelques questions à Anouk Durocher, artiste exposée à Circulation(s) 2025. Dans son travail, elle explore l’approche…
08 mai 2025   •  
Écrit par Costanza Spina
Aude Osnowycz dépeint une jeunesse queer et combattante en Géorgie
Andro Dadiani de la série Georgia : youth on the front line © Aude Osnowycz
Aude Osnowycz dépeint une jeunesse queer et combattante en Géorgie
À l’aune des élections présidentielles en Géorgie, la photojournaliste Aude Osnowycz met en lumière une jeunesse queer et engagée…
06 mars 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Batul : Transitionner pour se retrouver
© Paul Mesnager
Batul : Transitionner pour se retrouver
Portrait intimiste, Batul suit le voyage initiatique d’une protagoniste dans sa transformation radicale – de genre et de religion – suite…
11 décembre 2024   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Explorez
Le 7 à 9 de Chanel : Rodrigo Chapa, des constructions et des corps
© Rodrigo Chapa
Le 7 à 9 de Chanel : Rodrigo Chapa, des constructions et des corps
À l’occasion du 8e épisode du 7 à 9 de Chanel, qui s’est tenu le 18 mai dernier, organisé en collaboration avec le Jeu de Paume et...
22 mai 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Lise Sarfati, la matière à l’épreuve du temps
She © Lise Sarfati
Lise Sarfati, la matière à l’épreuve du temps
Il y a des rencontres qui ne s’effacent pas. Il y a quelques années, Lise Sarfati franchissait la porte de mon atelier. Elle n’était pas...
21 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Cat Island Blues : Katherine Longly grave la mémoire d'Aoshima
Cat Island Blue © Katherine Longly
Cat Island Blues : Katherine Longly grave la mémoire d’Aoshima
Sur l’île japonaise d’Aoshima, rendue célèbre par ses centaines de chats, il ne reste aujourd’hui que trois habitant·es et une poignée de...
17 mai 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Nos coups de cœur de Photo London 2026 !
© Han Yang, courtesy of Han Yang and Bright Gallery
Nos coups de cœur de Photo London 2026 !
Jusqu’au 17 mai, Photo London investit pour la première fois le mythique Olympia de Londres, dans le quartier de Kensington. Entre...
16 mai 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les coups de cœur #583 : Myu Inoue et Alejandra Loaiza
© Myu Inoue
Les coups de cœur #583 : Myu Inoue et Alejandra Loaiza
Cette semaine, nos coups de cœur, Myu Inoue et Alejandra Loiaza, travaillent toutes deux le portrait en allant puiser dans leurs...
Il y a 10 heures   •  
Écrit par Ana Corderot
Les images de la semaine du 18 mai 2026 : notre existence
© Margarita Galandina
Les images de la semaine du 18 mai 2026 : notre existence
C'est l'heure du récap' ! Cette semaine, les images nous parlent de territoires et de vies traversés par les affres et le temps.
24 mai 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Le 7 à 9 de Chanel : Rodrigo Chapa, des constructions et des corps
© Rodrigo Chapa
Le 7 à 9 de Chanel : Rodrigo Chapa, des constructions et des corps
À l’occasion du 8e épisode du 7 à 9 de Chanel, qui s’est tenu le 18 mai dernier, organisé en collaboration avec le Jeu de Paume et...
22 mai 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Thana Faroq cartographie l'altération de la mémoire
Still image from Imagine Me Like a Country of Love © Thana Faroq
Thana Faroq cartographie l’altération de la mémoire
Thana Faroq, artiste pluridisciplinaire yéménite installée aux Pays-Bas, revisite ses souvenirs ainsi que les questions de migration...
22 mai 2026   •  
Écrit par Marie Baranger