Dora Maar : capturer le rêve

20 juin 2019   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Dora Maar : capturer le rêve

Jusqu’au 29 juillet, le Centre Pompidou présente l’exposition Dora Maar. Une rétrospective retraçant le parcours de l’artiste française, de ses commandes à ses expérimentations surréalistes.

Près de 400 œuvres et documents retracent la vie de Dora Maar, dans la Galerie 2 du Centre Pompidou. Photographe professionnelle, attirée par la mode puis le surréalisme, muse de Pablo Picasso et peintre, l’artiste a réussi à se faire une place dans la sphère artistique du 20e siècle. Divisée en six chapitres, l’exposition dévoile son parcours, de ses sages débuts jusqu’aux expérimentations artistiques de la fin de sa carrière. Dora Maar était curieuse et inventive. Deux qualités qui l’ont aidée à repousser les limites du 8e art, et à se faire une place dans un univers relativement masculin – les femmes étant alors souvent considérées comme de simples « inspirations » pour les créateurs.

Après avoir fréquenté une école progressiste formant les jeunes filles aux arts décoratifs, de 1923 à 1926, Dora Maar se lance dans la photographie de mode et d’architecture, tout en s’essayant aux photomontages et à l’érotisme. Au cours de ses voyages et errances – à Barcelone, Londres ou dans les rues de Paris – l’artiste se détache des commandes pour capturer le grotesque urbain. Profondément engagée, elle révèle, grâce à ses images, les nécessiteux. Dans les années 1935, ses photomontages surréalistes suscitent l’attention du public. C’est au même moment qu’elle rencontre Picasso, avec qui elle entame une liaison. Les deux artistes s’inspirent mutuellement, tandis que Dora Maar devient modèle pour le peintre, et qu’elle capture la construction de Guernica. Enfin, durant l’Occupation, la photographe se tourne vers le 3e art, et réalise des natures mortes mélancoliques. Après la guerre, ses expérimentations picturales la mènent à l’abstraction. Une évolution artistique colossale, regorgeant de trésors méconnus.

© Adagp, Paris 2019 Photo © The J. Paul Getty Museum, Los Angeles© Adagp, Paris 2019 Photo © The Cleveland Museum of Art

© à g. Adagp, Paris 2019,  The J. Paul Getty Museum, Los Angeles, à d. The Cleveland Museum of Art

Entre collage et magie

C’est au contact des surréalistes que Dora Maar se plonge dans l’art du photomontage. Inspiré par des thèmes communs : l’érotisme, le sommeil, l’œil, l’inconscient ou encore l’univers maritime, le mouvement se repose sur l’irrationnel et l’absurde. Fascinée par ces notions, l’artiste s’amuse avec le 8e art, afin de construire des œuvres étranges, entre collage et magie. Ses montages se distinguent par leur vraisemblance (contrairement aux collages réalisés par les dadas, qui visent à rassembler de multiples esthétiques), et sont composés à partir d’éléments tirés sur papier photo.

Superbes et inquiétantes, les images de Dora Maar témoignent de l’affection du mouvement pour la beauté et le grotesque. Parmi ces créations, Le Simulateur dévoile le don de la photographe pour le montage. Dans un décor transformé en cave sinistre et claustrophobe, une silhouette se contorsionne de manière inhumaine. Portrait d’Ubu, pure photographie, joue quant à elle avec les frontières entre rêve et réalité. Quelle est cette créature ? Existe-t-elle ? L’artiste a toujours refusé de se prononcer sur son identité, préservant un mystère nécessaire à la fascination. Tendre et repoussante, l’image est rapidement devenue une icône du surréalisme. Le photomontage pratiqué par Dora Maar dépasse les espérances du mouvement, en devenant un trompe-l’œil de l’ordinaire. En modifiant ses créations, l’artiste s’interroge sur le médium photographique et son rapport au réel. L’image doit-elle représenter notre monde ? Ou peut-elle capturer le rêve ?

Dora Maar

Jusqu’au 29 juillet 2019

Centre Pompidou

Place Georges-Pompidou, 75004 Paris

Le Simulateur © Adagp, Paris 2019 Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI / P. Migeat / Dist. RMN-GPPortrait d'Ubu © Adagp, Paris Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI / P. Migeat / Dist. RMN-GP

© à g. Le Simulateur, à d. Portrait d’Ubu © Adagp, Paris Photo, Centre Pompidou, MNAM-CCI / P. Migeat / Dist. RMN-GP

© Adagp, Paris, 2019 Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI / A. Laurans / Dist. RMN-GP© Adagp, Paris 2019 Photo credit © Centre Pompidou, MNAM-CCI / P. Migeat / Dist. RMN-GP

© à g. Mannequin étoile, à d. Sans titre © Adagp, Paris 2019, Centre Pompidou, MNAM-CCI / P. Migeat / Dist. RMN-GP

© Adagp, Paris 2019 / Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI / G. Meguerditchian / Dist. RMN-GP© Adagp, Paris 2019 Photo © Centre Pompidou

© Adagp, Paris 2019 / Centre Pompidou, MNAM-CCI / G. Meguerditchian / Dist. RMN-GP

© Adagp, Paris 2019 Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI / P. Migeat / Dist. RMN-GP© Adagp, Paris 2019 Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. RMN-GP

à g. 29 rue d’Astorg, à d. Portrait de Picasso, © Adagp, Paris 2019 / Centre Pompidou, MNAM-CCI / P. Migeat / Dist. RMN-GP

© Adagp, Paris 2019 © Estate Brassaï - RMN-Grand Palais

Brassaï, Dora Maar dans son atelier rue de Savoie © Adagp, Paris 2019 / Estate Brassaï – RMN-Grand Palais

Image d’ouverture : Assia © Adagp, Paris 2019 / Centre Pompidou, MNAM-CCI / G. Meguerditchian / Dist. RMN-GP

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