Dossier Fisheye #47 : « L’acte photographique implique paradoxalement d’avancer un peu à l’aveugle »

07 juin 2021   •  
Écrit par Eric Karsenty
Dossier Fisheye #47 : « L’acte photographique implique paradoxalement d’avancer un peu à l’aveugle »

Dans le Fisheye n°47, nous sommes allés à la rencontre de plus d’une vingtaine d’acteurs du monde de la photo, pour enquêter sur l’intérêt de suivre un cursus scolaire spécialisé. Un dossier nuancé confrontant les points de vue d’anciens étudiants, professeurs et spécialistes. Pour approfondir, découvrez ici l’entretien complet de Siouzie Albiach, photographe diplômée de l’École nationale supérieure de la Photographie d’Arles. Propos recueillis par Éric Karsenty.

L’ENSP d’Arles m’a permis d’affirmer ma propre écriture photographique, et m’a amené à avoir un regard plus conscient et éveillé sur mon travail. Une grande partie du cursus est consacrée au développement de projets personnels, et c’est une réelle chance pour expérimenter de nouvelles techniques, initier des recherches, mais aussi pour apprendre à mieux questionner sa pratique. Je pense que cette prise de conscience sur son travail, qui se fait souvent à travers des échanges avec des professeurs, intervenants et étudiants, est essentielle pour s’épanouir, mieux transmettre ses idées et travailler avec les autres. La place donnée au livre de photographie et aux nouvelles pratiques de l’édition à l’ENSP m’a aussi beaucoup marqué. La collection de la bibliothèque est incroyable, avoir accès à tous ces ouvrages m’a beaucoup nourri et m’a amené à repenser la manière dont je montre et partage mes images, notamment en réalisant des autoéditions. Chaque école a ses propres tendances, et il est parfois nécessaire de prendre du recul en s’ouvrant à des influences extérieures, en initiant des déplacements et de nouvelles collaborations. Cette ouverture a été pour moi une année de césure au Japon entre 2018 et 2019, grâce à laquelle j’ai pu m’impliquer au sein du festival Kyotographie et démarrer de nouveaux projets en sortant de ma zone de confort. Pour retrouver mes repères dans ce nouvel environnement, j’ai produit énormément d’images et cette effervescence a fait naître

On The Edge, un projet sur des paysages évidés dans les villages et montagnes entourant Kyoto, sur lequel je travaille encore aujourd’hui. Si je devais suivre une formation après l’ENSP, je me dirigerais vers un doctorat ou un post-diplôme, notamment pour aller vers de la recherche et poursuivre les réflexions sur la photographie japonaise initiées avec mon mémoire de master. Suivre une formation en lien avec le graphisme et l’édition serait aussi assez complémentaire avec ma pratique de photographe.

© Siouzie Albiach© Siouzie Albiach

Suivre son intuition

Je pense qu’il est important de suivre son intuition et de se laisser porter vers certaines lumières, gestes et motifs, même lorsqu’il est encore difficile d’en saisir le sens ou l’intérêt. Cela dépend des approches, mais être dans une attitude assez instinctive et sensible lorsque je photographie m’aide à mieux m’immerger dans les lieux et les scènes que j’observe, et fait souvent surgir des récurrences qui prennent tout leur sens au moment de l’editing. L’acte photographique implique paradoxalement d’avancer un peu à l’aveugle, il faut ensuite beaucoup regarder ses images, manipuler des tirages papier, les associer, en retirer, en rajouter etc. C’est un long processus, mais il permet de tisser des liens, de découvrir des évidences qui n’apparaissent pas au départ. Ce fil rouge se dévoile aussi en montrant un maximum ses images aux autres, qu’ils connaissent ou non la photographie. Je poursuis toujours mon projet

On The Edge, et je prévois de retourner au Japon dans les prochains mois, pour produire de nouvelles images et réaliser un livre d’artiste, notamment en utilisant des papiers traditionnels Japonais. J’ai la chance en 2021 d’exposer la première partie de cette série au Consulat du Japon de Lyon, sur les grilles de la Tour Saint Jacques à Paris, et de participer à l’exposition des diplômés de l’ENSP 2020 à Arles.

L’une des choses qui m’a beaucoup apporté pendant mon parcours a été de travailler sur les projets d’autres artistes et photographes, notamment en tant que commissaire d’exposition. Je pense que s’impliquer au sein d’équipes et apprendre à mettre en valeur les autres est important pour générer de nouveaux échanges et pour créer des respirations dans sa pratique personnelle. Avoir plusieurs casquettes, travailler en collectif et mélanger les genres et les médiums, génère des expériences et des pratiques stimulantes et nouvelles, qui sont aujourd’hui au cœur de la création contemporaine. 

© Siouzie Albiach© Siouzie Albiach

© Siouzie Albiach

© Siouzie Albiach© Siouzie Albiach

© Siouzie Albiach

© Siouzie Albiach

Explorez
Résistances en images : Agnès Dherbeys de la Corée à l’Asie du Sud-Est
© Agnès Dherbeys/MYOP
Résistances en images : Agnès Dherbeys de la Corée à l’Asie du Sud-Est
De Katmandou à Séoul, Agnès Dherbeys a parcouru l’Asie pour documenter des mouvements sociaux, des combats politiques et des vies souvent...
13 mars 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Malick Sidibé célébré par Reporters sans frontières
© Malick Sidibé
Malick Sidibé célébré par Reporters sans frontières
Pour son 81e album photographique, Reporters sans frontières, l’association pour la liberté de la presse, met à l’honneur l’ouvrage de...
05 mars 2026   •  
Sélection Instagram #547 : sororité, joie et liberté
© maximeimbert / Instagram
Sélection Instagram #547 : sororité, joie et liberté
À l'approche du 8 mars, notre sélection Instagram célèbre les femmes par le prisme de l'amitié, de l'insouciance et de la...
04 mars 2026   •  
Les coups de cœur #576 : Paulina Korobkiewicz et Andreas Hammer
© Paulina Korobkiewicz
Les coups de cœur #576 : Paulina Korobkiewicz et Andreas Hammer
Paulina Korobkiewicz et Andreas Hammer, nos coups de cœur de la semaine, documentent des aspects du monde dans des approches distinctes....
02 mars 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Le centre photographique de Rouen annonce le nom des quatre lauréats
© Emma Tholot
Le centre photographique de Rouen annonce le nom des quatre lauréats
Le centre photographique de Rouen Normandie a annoncé le nom des quatre personnes lauréates du programme FRUTESCENS 2026. 
13 mars 2026   •  
Résistances en images : Agnès Dherbeys de la Corée à l’Asie du Sud-Est
© Agnès Dherbeys/MYOP
Résistances en images : Agnès Dherbeys de la Corée à l’Asie du Sud-Est
De Katmandou à Séoul, Agnès Dherbeys a parcouru l’Asie pour documenter des mouvements sociaux, des combats politiques et des vies souvent...
13 mars 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Claire Amaouche et les évocations d’une errance
© Claire Amaouche
Claire Amaouche et les évocations d’une errance
Publié chez Zoetrope, De tous les chemins sauvages imagine une errance poétique dans une nature indomptée. Un périple jusqu’aux paysages...
12 mars 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
L'agenda de la semaine : 5 expositions à ne pas rater !
© Irène Jonas
L’agenda de la semaine : 5 expositions à ne pas rater !
Cette semaine, les photographes nous invitent à repenser notre lien sensible et poétique avec les espaces et les éléments qui nous...
11 mars 2026   •