Douceur glaciale : les mirages picturaux d’Éloïse Labarbe-Lafon

10 février 2022   •  
Écrit par Ana Corderot
Douceur glaciale : les mirages picturaux d’Éloïse Labarbe-Lafon

Individus esseulés bercés par les effrois du passé, horizons chimériques aux couleurs antiques. Éloïse Labarbe-Lafon créée avec délicatesse, des œuvres aux textures granuleuses, qui nous abandonnent à la mélancolie.

 « J’ai pour volonté de créer des mondes fictifs, sensibles, intimes et fantastiques. Je les pare de tonalités douces et donne aux images un aspect hors du temps et onirique. Les instants capturés sont tous différents, mais rassemblés, ils se répondent pour ne faire qu’un. Mon univers est empreint d’une atmosphère nostalgique. Je souhaite que mon œuvre ressemble à une carte postale des années 1900, aux couleurs d’un monde imaginaire »

. C’est en ces mots qu’Éloïse Labarbe-Lafon décrit son univers artistique. Diplômée de la Sorbonne en histoire de l’art — avec une spécificité pour la couleur dans le cinéma expérimental — la Toulousaine d’origine s’est essayée au 8ème art dès l’adolescence. Fascinée par la magie du développement photographique, elle décide ensuite d’explorer le procédé de peinture sur images. « Je me suis mise à tout colorer, avec mes doigts, des pinceaux, des cotons. Aujourd’hui, je n’ai plus qu’une envie, c’est donner au monde les couleurs qui sont miennes », affirme-t-elle

© Éloïse Labarbe-Lafon

La couleur pour raconter le monde

Pareilles à des fables d’antan, ses œuvres dévoilent des personnages aux moues esseulées, paraissant divaguer au gré de tourments lointains. Prise dans un flux artistique instinctif, la photographe appose sur ses images « ses » propres couleurs, aux contrastes et lumières personnalisées. Plus que tout, elle part puiser dans ses émotions pures pour créer de nouveaux mondes, aux coloris détournés, assombris ou saturés. « Le moment de l’application de la peinture est très apaisé, je peins souvent la nuit quand la ville dort enfin. J’adore peindre la peau, ajouter du pigment sur les joues, j’y vois quelque chose d’intime, une sensualité chromatique », déclare-t-elle.

Comme happés dans une histoire, dont on ne connaît ni le commencement ni la fin, ses protagonistes semblent s’apaiser dans des étreintes lascives, distantes : inaccessibles. Les corps et visages, aux teintes singulières, semblent venir d’une époque illusoire, réinventée.

© Éloïse Labarbe-Lafon

De la « préciosité de l’image »

Disant s’inspirer de la photographie préraphaélite (mouvement artistique né en Angleterre en 1948, influencé par la peinture des maîtres italiens prédécesseurs de Raphaël), du pictorialisme (photographie entre 1890 et 1914), et de sa petite sœur Adèle – devenue muse – elle réalise des tableaux au vocabulaire intime, où la réalité ne peut-être que subjective. « J’ai besoin de m’évader du réel pour l’approcher. Je suis aussi à la recherche de la préciosité de l’image, de l’objet » avoue-t-elle. Une à une, ses mises en scène invitent à la narration et nous rappellent quelquefois l’atmosphère pénétrante de Sarah Moon. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si elle tient l’artiste « alchimiste », comme une influence majeure de son art. « Sarah Moon fait partie de mes premiers coups de cœur photographique. Son travail me touche, la froide douceur de son univers me parle. J’adore aussi ses films de contes. Je n’oserai jamais me comparer à elle, mais je me retrouve en effet dans ses images, dans les univers fictifs qu’elle invente, dans la nostalgie sous-jacente à son œuvre, l’indétermination temporelle », confie-t-elle. Tels des mirages picturaux, les créations d’Éloïse Labarbe-Lafon caressent notre curiosité et s’offrent à nous comme des récits symboliques de notre existence.

© Éloïse Labarbe-Lafon© Éloïse Labarbe-Lafon

© Éloïse Labarbe-Lafon

© Éloïse Labarbe-Lafon© Éloïse Labarbe-Lafon

© Éloïse Labarbe-Lafon

© Éloïse Labarbe-Lafon© Éloïse Labarbe-Lafon

© Éloïse Labarbe-Lafon

© Éloïse Labarbe-Lafon© Éloïse Labarbe-Lafon

© Éloïse Labarbe-Lafon

© Éloïse Labarbe-Lafon© Éloïse Labarbe-Lafon

© Éloïse Labarbe-Lafon

© Éloïse Labarbe-Lafon© Éloïse Labarbe-Lafon

© Éloïse Labarbe-Lafon© Éloïse Labarbe-Lafon

© Éloïse Labarbe-Lafon

Explorez
Les coups de cœur #581 : Angèle Antonot et Selma Beaufils
© Selma Beaufils
Les coups de cœur #581 : Angèle Antonot et Selma Beaufils
Selma Beaufils et Angèle Antonot, nos coups de cœur de cette semaine, s’inspirent de l’aspect cinématographique du quotidien. Toutes deux...
27 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les images de la semaine du 20 avril 2026 : décomposer pour redécouvrir
© Helena Almeida sans titre, 1975 Fundació Foto Colectania.
Les images de la semaine du 20 avril 2026 : décomposer pour redécouvrir
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, nous décomposons les images pour découvrir les processus créatifs qui se cachent derrière ce que...
26 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Diseños habitados au Château d'Eau : dans le dessin, le dessein
© Helena Almeida sans titre, 2001 Fundació Foto Colectania.
Diseños habitados au Château d’Eau : dans le dessin, le dessein
Jusqu’au 23 août 2026, la Tour du Château d'Eau accueille Diseños habitados, une exposition en collaboration avec le Fundació Foto...
24 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les coups de cœur #580 :  Lili Leboch et Adèle Berthelin
© Adèle Berthelin
Les coups de cœur #580 : Lili Leboch et Adèle Berthelin
Cette semaine, Lili Leboch et Adèle Berthelin, nos coups de cœur, révèlent ce qui gravite autour d'elles, ou ce qui vit aux marges....
20 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Lena Maria : la nuit qui relie les êtres
© Lena Maria
Lena Maria : la nuit qui relie les êtres
Avec Les Nuits ouvertes, Lena Maria s’immerge dans une nature vibrante colorée d’ocres et d’argiles. À la lumière de la lune, elle...
29 avril 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Collages, expérimentations et expositions : nos coups de cœur photo d’avril 2026
© Lore Van Houte
Collages, expérimentations et expositions : nos coups de cœur photo d’avril 2026
Expositions, immersion dans une série, anecdotes, vidéos… Chaque mois, la rédaction de Fisheye revient sur les actualités photo qui l’ont...
29 avril 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
La sélection Instagram #554 : jardin d'été, jardin de fées
© alchemytintypestudio / Instagram
La sélection Instagram #554 : jardin d’été, jardin de fées
Alors que les rayons du soleil frappent dans l’après-midi, il est temps pour le promeneur de se reposer au pied d’un arbre. Peu à peu...
28 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Kyotographie 2026 : les contours du monde
© Daido Moriyama Photo Foundation
Kyotographie 2026 : les contours du monde
Jusqu’au 17 mai 2026, Kyotographie investit la capitale culturelle du Japon pour sa 14e édition. Comme à l’accoutumée, le festival invite...
27 avril 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet