Elles, photographes

29 juin 2017   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Elles, photographes

Le comité de rédaction de Fisheye signe un manifeste engagé, publié dans un tout nouveau hors-série, Femme photographes, une sous exposition manifeste, en kiosque actuellement. Un texte important, signé par plus de 1000 personnes, photographes, iconographes, étudiants, galeristes, journalistes… Christine Ollier et Sofia Fisher, membres du comité, étaient au micro de Brigitte Patient pour raconter la conception de ce numéro très spécial.

Elles

occupent plus de la moitié des places en écoles de photo, mais seulement 25 %* de la programmation des grands événements photographiques de France.

Elles représentent moins d’un dixième des photographes des grandes agences**. Et lorsqu’on appelle leurs employeurs pour savoir combien il y a de femmes dans leurs équipes, ils nous demandent, gênés, s’ils peuvent « compter les mortes ».

Elles sont payées 30 %*** de moins que leurs confrères masculins. Et celles qui parviennent à trouver un poste répètent en boucle « qu’elles ont de la chance » d’être là.

Elles déplorent le manque de visibilité de leur travail, alors même que les métiers d’iconographe, de commissaires ou de galeriste se féminisent. Pour être visible, faut-il mieux être femme dénudée devant un objectif masculin qu’être une femme derrière le viseur ?

Elles sont trop souvent, sur le terrain, femmes d’abord et photographes ensuite. Agacées par des confrères, des clients ou des employeurs, qui les prennent pour des faibles, des incompétentes ou des seconds choix.

Elles voient fréquemment, lors de leurs expositions, les gens s’adresser à leurs conjoints masculins plutôt qu’à elles.

Elles sont souvent renvoyées à leur « féminité naturelle » lorsque leurs sujets traitent de l’intime, là où le même travail fait par un homme est considéré comme relevant du domaine de l’art.

Elles sont entourées de photographies représentant des femmes dont les corps sont sexualisés, et elles reçoivent fréquemment des commandes les obligeant à perpétuer cette image.

Elles voient leurs carrières évoluer plus lentement que celles de leurs confrères, car trop souvent ce sont elles qui assument le compromis famille-travail, renonçant ainsi à des résidences ou à des reportages qui les éloignent de leur domicile.

Elles sont, pour certaines, réticentes à signer ce manifeste de peur d’être mal vues par des collègues ou des employeurs.

Dans un pays où le masculin est déclaré neutre et universel, tout regroupement impliquant le féminin est forcément « communautariste » et suspect, quand bien même la « communauté » en question représente la moitié de l’humanité.

Mais ce n’est pas la parité que nous défendons, c’est la production artistique, les artistes. C’est l’égalité dans le traitement, dans les considérations et les opportunités. Et le monde de la photo est bien obligé de reconnaître qu’il est loin, très loin du compte.

Nous souhaitons que, faute de chiffres, plus personne ne puisse dire « je ne savais pas », ou s’abrite derrière un « je ne m’en rendais pas compte », c’est le sens de ce manifeste.

Nous revendiquons une plus grande attention de la part de tous les acteurs et actrices du monde photographique en matière de parité.

Nous revendiquons une plus grande vigilance en matière de sexisme involontaire.

Nous revendiquons un traitement équitable pour les commandes, les prix, les publications et les expositions.

Nous revendiquons l’anonymat lors des jurys et commissions d’achat pour prévenir les discriminations sexistes.

Nous revendiquons une meilleure visibilité auprès des commissaires, des galeristes et des journalistes pour une plus grande reconnaissance.

Nous revendiquons de ne plus qualifier d’exceptionnelles les femmes qui réussissent à s’imposer dans le monde des arts.

Nous revendiquons de ne plus considérer le travail des femmes comme un genre à part et un art mineur.

Nous revendiquons l’ouverture d’une enquête sur la condition des femmes photographes par l’Observatoire des inégalités hommes-femmes, avec l’implication de la nouvelle ministre de la Culture, Madame Françoise Nyssen.

 

* Pourcentage calculé sur la base des expositions personnelles présentées ces dix dernières années (2006-2016) dans les festivals et institutions suivants : Mois de la photo à Paris, ImageSingulières, Rencontres d’Arles, Circulation(s), Visa pour l’image, musée du Jeu de Paume, MEP, Centre Pompidou, Bal, Maison de la photographie à Lille.

** Magnum Photos et AFP.

*** Selon le Département des études de la prospective et des statistiques (DEPS) du ministère de la Culture, dans une enquête sur le métier de photographe (publiée en 2015).

Explorez
Fisheye #77, désormais en kiosque, s’immisce au cœur des festivals photo de l’été 2026
La petite Vera, Lac Baïkal, Sibérie, 1998. © Claudine Doury / Courtesy de l’artiste et de l’agence VU’
Fisheye #77, désormais en kiosque, s’immisce au cœur des festivals photo de l’été 2026
Que valent nos images ? C’est avec cette question en tête que nous avons composé Fisheye #77, que vous pouvez dès à présent retrouver en...
06 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
19 événements photographiques à découvrir en juillet 2026
The Passion of Rome, Fendi, From Life, 1986© Sheila Metzner, courtesy la Galerie Rouge Paris
19 événements photographiques à découvrir en juillet 2026
La rédaction de Fisheye a relevé une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et dans le reste de la France en juillet...
01 juillet 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
© Boby
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
Depuis les quatre coins de la planète, Boby a capturé des souvenirs instantanés à l’aide de deux boîtiers instax™ de la série Evo : le...
12 juin 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Les coups de coeur #585 : Alban Lécuyer et Leila Basma
© Alban Lécuyer
Les coups de coeur #585 : Alban Lécuyer et Leila Basma
Nos coups de cœur de la semaine, Alban Lécuyer et Leila Basma, photographient les paysages et les différentes manières de l’habiter....
08 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? : Anne-Lise Broyer
© Anne-Lise Broyer
Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? : Anne-Lise Broyer
Sur les traces des déplacements de populations, des fractures et de l'histoire antique, Anne-Lise Broyer dépose son regard. Un travail...
17 juillet 2026   •  
Écrit par Thomas Andrei
Au Palais de la Porte Dorée, l'art dénonce les discriminations
Jane Evelyn Atwood, La boxe féminine, 2000 FNAC 2000-208 Collection du Centre national des arts plastiques © Jane Evelyn Atwood
Au Palais de la Porte Dorée, l’art dénonce les discriminations
Le musée de l’Histoire de l'immigration au Palais de la Porte Dorée présente son exposition jusqu'au 23 août 2026.
16 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
À Tours, le Jeu de Paume dévoile les secrets d’Ed Alcock
© Ed Alcock / MYOP
À Tours, le Jeu de Paume dévoile les secrets d’Ed Alcock
Secrets et mensonges. Cette exposition au nom énigmatique, présentée au Jeu de Paume de Tours, revient sur les quinze ans de pratique...
15 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Rencontres d'Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
Dana Steichen, M. Steichen est surpris par Mme Steichen en train de croiser un delphinium blanc avec un delphinium violet foncé afin d'augmenter la taille des fleurs de la variété blanche, Umpawaug Farm, Connecticut, États-Unis, 1938 Collection Spuerkeess. © 2026 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York.
Rencontres d’Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
La semaine d'ouverture vient de se clôturer, mais le festival, quant à lui, sera bien présent tout l'été, et ce, jusqu'au 4 octobre...
13 juillet 2026   •