Entre les courbes des « Dunes », Justine Valençon libère les corps féminins

26 août 2022   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Entre les courbes des « Dunes », Justine Valençon libère les corps féminins

Au début de l’été, Justine Valençon a dévoilé Dunes, première série d’un projet au long cours placé sous le signe de l’engagement. Sur des toiles monochromes, des jeunes femmes libres et nues semblent danser entre des courbes colorées tracées au pinceau. Une manière poétique de s’affranchir des carcans sociétaux.

Baie de Somme, 2022. Huit jeunes femmes dénudées peuplent les dunes solitaires d’un bord de mer. Le cri des mouettes, le clapotis des vagues et les embruns salés bercent les sens en éveil dans la fraîcheur d’un début d’année. Au loin, les gestes frénétiques d’une vieille dame qui, insensible à ce vent de liberté, fulmine contre cette jeunesse intrépide. Justine Valençon est à l’origine de ce tableau digne de la Nouvelle Vague. C’est à Via Carbonara, villa italienne au charme d’antan, que la photographe eut l’idée de bâtir ce premier projet. Au cœur de ce lieu de villégiature, fréquenté l’année passée, elle profite de l’été aux côtés de ses belles amies. La chaleur est écrasante, et dans le confort de l’intimité, le petit groupe fait fi des habits qui embarrassent le corps. Dans la nostalgie pressentie de cet instant en suspens, Justine immortalise ces fragments d’existence. Via Carbonara est né.

La photographe, d’origine belge, a vu défiler vingt-huit étés. Enfant déjà, elle les occupait en s’amusant avec les boîtiers argentiques hors d’usage de ses grands-parents. Dans le jardin, le monde se réinventait alors d’un regard juvénile, sensible à l’élégance d’un détail délicat. Cette faculté singulière à capter l’essence de toute chose ne la quittera pas. Dunes, la première série qui nourrit ce projet au long cours, se joue de ces éléments au charme discret, mais également des oxymores. Légers et puissants, les clichés monochromes incarnent avec volupté la vulnérabilité d’un corps nu et si libre pourtant. Augmentées de quelques courbes esquissées au pinceau, les teintes pastel ou naturelles renforcent cette dualité inhérente à sa conception de la féminité. Entre portraits réalistes et œuvres graphiques, l’enveloppe charnelle se dévoile et se dissimule. Les visages se détournent quand ils ne sortent pas du champ, et confèrent une part de mystère envoûtant.

Le corps libre comme moyen d’action

À l’instar d’une pratique qui, d’un seul geste, parvient à renouveler le médium, tout un chacun peut s’approprier ces images sibyllines par le prisme de l’imagination. « Je voulais absolument dépeindre les corps dans toute leur simplicité pour que n’importe qui puisse s’y projeter », explique Justine Valençon. Sans retouche, aucun artifice ne peut altérer leur réalité propre. Dénués de contextes précis, les voilà sublimés dans le raffinement des imperfections et affranchis des affres des jours. « Selon moi, la transmission est ce qui fait toute la beauté de la vie, nous confie-t-elle. J’aime l’idée de créer des tableaux qui pourront perdurer, je l’espère. J’ai toujours préféré le noir et blanc qui rappelle les photos de nos grands-parents à la couleur. Il traverse les générations comme nulle autre nuance. » Ce désir d’universalité engage alors d’autant plus celui ou celle qui contemple les œuvres.

À double sens, cet engagement s’exprime également dans la nature même de son processus artistique. « Dans notre société actuelle, j’estime qu’il est très important de le faire, explique Justine Valençon. Même si ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan, le moindre geste compte. Je voulais donc créer quelque chose qui me plaît et qui me permet de prendre part à une cause qui m’inspire. » À cet effet, une partie des bénéfices des ventes de chaque toile est reversée à la Fondation des Femmes – référence française en matière de lutte pour les droits de ces dernières. Le corps libre se réinvente ainsi en un moyen d’action. « À terme, j’aimerais que Via Carbonara grandisse et devienne un collectif qui défend bien évidemment les femmes, mais aussi les enfants et la nature », conclut l’artiste. Une manière tout à fait louable de confondre le fond et la forme d’un superbe projet.

© Justine Valençon

© Justine Valençon© Justine Valençon

© Justine Valençon© Justine Valençon

© Justine Valençon

Explorez
Sofía Jaramillo : la neige comme espace de réappropriation
A New Team © Sofía Jaramillo
Sofía Jaramillo : la neige comme espace de réappropriation
Dans A New Winter, Sofía Jaramillo s’attaque à l’imaginaire figé des sports d’hiver. En revisitant les codes visuels du ski, la...
31 décembre 2025   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Les images de la semaine du 22 décembre 2025 : neige, enfance et cinéma
Emcimbini de la série Popihuise, 2024 © Vuyo Makheba, Courtesy AFRONOVA GALLERY
Les images de la semaine du 22 décembre 2025 : neige, enfance et cinéma
C’est l’heure du récap ! Au programme cette semaine : l’éclat ivoire des premiers flocons pour le solstice d’hiver, un retour sur la...
28 décembre 2025   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Trophées Photos Jeunes D’Avenirs : quand les jeunes s’emparent de l’image 
Les avenirs vacants, Grand Prix du Jury © Victor Arsic
Trophées Photos Jeunes D’Avenirs : quand les jeunes s’emparent de l’image 
Le Groupe AEF info a annoncé les lauréat·es de la première édition de son concours Trophées Photos Jeunes D’Avenirs. Six jeunes artistes...
23 décembre 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
La rétrospective de Madeleine de Sinéty, entre France et États-Unis
© Madeleine de Sinéty
La rétrospective de Madeleine de Sinéty, entre France et États-Unis
L’exposition Madeleine de Sinéty. Une vie, présentée au Château de Tours jusqu'au 17 mai 2026, puis au Jeu de Paume du 12 juin au 27...
15 décembre 2025   •  
Écrit par Costanza Spina
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Sofía Jaramillo : la neige comme espace de réappropriation
A New Team © Sofía Jaramillo
Sofía Jaramillo : la neige comme espace de réappropriation
Dans A New Winter, Sofía Jaramillo s’attaque à l’imaginaire figé des sports d’hiver. En revisitant les codes visuels du ski, la...
31 décembre 2025   •  
Écrit par Cassandre Thomas
La sélection Instagram #539 : tout ce qui brille
© Jo Bradford / Instagram
La sélection Instagram #539 : tout ce qui brille
Pour fêter la nouvelle année, les artistes de notre sélection Instagram de la semaine posent leurs regards sur tout ce qui brille : feux...
30 décembre 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Les coups de coeur #570 : Fahad Bahramzai et Elisa Grosman
© Elisa Grosman
Les coups de coeur #570 : Fahad Bahramzai et Elisa Grosman
Fahad Bahramzai et Elisa Grosman, nos coups de cœur de la semaine, cherchent tous deux à transmettre des émotions par l’image. Le premier...
29 décembre 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Les images de la semaine du 22 décembre 2025 : neige, enfance et cinéma
Emcimbini de la série Popihuise, 2024 © Vuyo Makheba, Courtesy AFRONOVA GALLERY
Les images de la semaine du 22 décembre 2025 : neige, enfance et cinéma
C’est l’heure du récap ! Au programme cette semaine : l’éclat ivoire des premiers flocons pour le solstice d’hiver, un retour sur la...
28 décembre 2025   •  
Écrit par Fisheye Magazine