Erwin Olaf à livre ouvert

13 juin 2019   •  
Écrit par Anaïs Viand
Erwin Olaf à livre ouvert

Cette année, le photographe néerlandais Erwin Olaf fête ses quarante ans de carrière. Un livre publié aux éditions Hannibal et des expositions retracent son parcours foisonnant et expérimental.

« Il est certain qu’il y a du confort à Palm Springs, derrière les murs et les portails. Mais il y a aussi un non-endroit brumeux, envahi par le trafic, avec un fossé toujours plus profond entre riches, majoritairement blancs, et pauvres, majoritairement non blancs »,

témoigne Francis Hodgson, professeur et critique anglais, au sujet de la ville américaine photographiée par Erwin Olaf. La série Palm Springs, réalisée en 2018, constitue le troisième chapitre d’un travail amorcé par le photographe néerlandais sur les villes en transition, faisant suite à Shanghai, en 2017, et à Berlin, en 2013. Visible à partir du 18 mai 2019 à la galerie Rabouan Moussion à Paris, ce projet constitue une nouvelle étape en même temps qu’un retour en arrière. Pour la première fois, Erwin Olaf photographie des paysages et opère un retour dans les années 1960.

« J’aime les détails des sixties à Palm Springs et les histoires qu’ils évoquent », confie-t-il. Intrigué par cette ville artificielle bâtie sur un ancien désert, l’artiste a choisi de documenter un microcosme à l’image des États-Unis. Sur l’une des images, on trouve deux jeunes hommes amoureux : l’un blanc en sous-vêtements, et l’autre noir, vêtu d’un uniforme militaire. Autre instant de vie : une mère noire et sa fille métisse venues pique-niquer observent un champ d’éoliennes. La fillette salue un drapeau américain emmêlé dans les branches d’un arbre. Il dresse un portrait d’une Amérique de la discrimination et du racisme quelques années après la proclamation de la fin de la ségrégation raciale. « Un corps est un corps. Je voulais célébrer tous les types de peaux. J’ai toujours essayé d’être tolérant et ouvert aux autres », précise simplement le photographe. Il suggère l’évidence plus qu’il ne la montre. Là est le génie d’Erwin Olaf : diffuser des messages forts et pourtant subtils.

© Erwin Olaf  / courtesy Rabouan Moussion

The Kite © Erwin Olaf  / courtesy Rabouan Moussion

Quand on l’interroge sur Donald Trump, il se dérobe gentiment : « Trump n’est qu’un personnage temporaire, je préfère m’intéresser aux mentalités et aux tendances. » Pour ce projet, il évoque deux artistes inspirants. Il a puisé dans l’œuvre de Gordon Parks, photographe, essayiste, journaliste et militant noir américain, le goût pour la justice. Quant à David Hockney – peintre, dessinateur, graveur, photographe et théoricien de l’art britannique –, ses images de piscines californiennes ont fasciné le photographe hollandais qui a choisi de se mettre en scène pour témoigner du rêve américain. Littérature, peinture ou actualités, l’œuvre d’Erwin Olaf est jalonnée de références. En témoigne son parcours présenté à La Haye, aux Pays-Bas, au sein du Gemeentemuseum et au Fotomuseum. Deux rétrospectives complétées par une monographie I am, publiée aux éditions Hannibal.

 « Je ne peux pas me livrer plus que cela. Cet ouvrage est le plus représentatif de mon œuvre », explique Erwin Olaf. En plus de retracer quarante ans de carrière, le livre et la double exposition présentent l’esthétique et les opinions politiques d’un homme insatiable. I am, c’est aussi le titre d’un triptyque emblématique, réalisé il y a dix ans. Avec les autoportraits I am, I wish, I will be, le photographe se donne à voir au naturel à l’âge de 50 ans (I am), à travers un corps idéalisé et photoshopé (I wish), et livre un pronostic quant à son avenir (I will be). On découvre alors un homme intubé et amaigri. Une image choc qui renvoie à son emphysème diagnostiqué en 1996 et qui témoigne de son obsession du temps.

Cet article est à retrouver en intégralité dans Fisheye #36, en kiosque et disponible ici.

© Erwin Olaf / courtesy Galerie Rabouan Moussion

I am, I wish, I will be © Erwin Olaf / courtesy Galerie Rabouan Moussion

© Erwin Olaf / courtesy Galerie Rabouan Moussion

American Dream, Portrait of Alex © Erwin Olaf / courtesy Galerie Rabouan Moussion

© Erwin Olaf

The Family Visit, The Niece © Erwin Olaf / courtesy Galerie Rabouan Moussion

Erwin Olaf : I am, Éditions Hannibal, 65 €, 400 pages

 

Exposition Erwin Olaf : Palm Springs

Du 18 mai au 27 juillet 2019 à la galerie Rabouan Moussion 

11 rue Pastourelle, à Paris (3e)

Explorez
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
Cette semaine les photographes capturent à travers leur objectif le sport sous toutes ses formes. Les frissons parcourent les corps, une...
21 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Hélène David : les voix du vivant
© Hélène David
Hélène David : les voix du vivant
Pendant quatre ans, Hélène David a arpenté le Pays basque à la rencontre de celles et ceux qui l'habitent – humains, animaux, montagnes...
20 juillet 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand
Rebekka Deubner, lettres d'amour à terre
© Rebekka Deubner
Rebekka Deubner, lettres d’amour à terre
Exposé aux Rencontres d'Arles, à la Croisière, le projet La terre amoureuse de Rebekka Deubner nous parle avec une grande justesse de la...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
© Lys Arango / La Kabine
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
Au bord des mondes : Habiter les territoires, survivre aux fractures, du 27 juin au 20 septembre, une exposition qui invite à repenser...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Justine Tjallinks : renverser les codes de beauté 
© Justine Tjallinks
Justine Tjallinks : renverser les codes de beauté 
Dans Vision, Justine Tjallinks capture avec singularité la différence, en prenant son inspiration dans la peinture ancienne du siècle...
31 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Thato Toeba : matérialiser les fractures
© Thato Toeba
Thato Toeba : matérialiser les fractures
Dans l'exposition Anyone Can Be Lucifer, aux Rencontres d'Arles, Thato Toeba dévoile un corpus artistique engagé, déboulonnant des...
30 juillet 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen
Le 7 à 9 Chanel : Aïda Muluneh, et les créations comme des messages sur le monde
This Bloom I Borrow, 2026. © Aïda Muluneh
Le 7 à 9 Chanel : Aïda Muluneh, et les créations comme des messages sur le monde
Pour l'édition estivale des 7 à 9, des rencontres organisées par Chanel au Jeu de Paume, la photographe et curatrice éthiopienne Aïda...
29 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Vigilance : une histoire de la prévention et de la sécurité en entreprise
© Couverture du magazine Vigilance, n°41, un monteur et ses gants isolants, Michel Crépin, septembre 1971. Avec l’aimable autorisation des archives EDF.
Vigilance : une histoire de la prévention et de la sécurité en entreprise
Comme chaque année, les Rencontres d’Arles proposent des expositions faisant la part belle aux archives. En 2026, nous retrouvons...
29 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet