Philippine Schaefer danse avec la lumière

15 août 2025   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Philippine Schaefer danse avec la lumière
© Philippine Schaefer
Photogramme de trois personnes se tenant les mains pour former un cercle
© Philippine Schaefer


Dans l’obscurité feutrée de la chambre noire, Philippine Schaefer laisse ses mains, son corps et ses intuitions tracer des images à la frontière du réel et de l’imaginaire. Entre rituel intime et geste performatif, ses photogrammes captent le frisson du vivant, la fragilité de la chair et la magie de la lumière.

Née en Allemagne en 1970 et arrivée à Paris à 21 ans pour « respirer l’art et étudier à l’École des beaux-arts », Philippine Schaefer n’a jamais cessé d’explorer les langages du corps. Dans un premier temps, la photographie s’est imposée à elle comme un outil permettant de garder des traces de ses performances, installations et sculptures. Puis, elle découvre rapidement le charme du photogramme, ce procédé consistant à obtenir une image sans appareil photo, uniquement grâce à la lumière et à une surface photosensible. « Dans la chambre noire, les sens s’inversent, c’est une magie toute particulière, tout y est possible et en devenir. C’est une grotte animée d’ombres », explique l’artiste. Tout a commencé par hasard, en laissant une paire de ciseaux dans cet espace clos. Pour elle, l’empreinte évoque le toucher de l’argile et la précision du tatouage qu’elle pratique depuis près de trente ans. « Les nuits blanches rejoignent les jours noirs. La chambre noire est une tentation de s’approcher du mystère de la vie, voir apparaitre la lumière, puis l’image », déclare Philippine Schaefer.  

© Philippine Schaefer
Photogramme d'une silhouette
© Philippine Schaefer
Photogramme d'une main
© Philippine Schaefer
Photogramme avec un visage, une tête de corbeau, des végétations
© Philippine Schaefer

Du corps à la lumière

Son univers oscille entre le réel et l’imaginaire, sur une frontière qu’elle qualifie de « glissante, poreuse », où le corps humain, point d’ancrage de son univers, se transforme en paysage mouvant. Elle précise : « La photographie est le miroir qui permet de glisser d’un monde à l’autre. Des mondes imbriqués comme des poupées russes à l’infini… » Tantôt animal, tantôt végétal, le corps échappe ici aux représentations préconçues. Elle tourne autour, le tord, le dissout, le fait renaître. « J’adore provoquer et casser nos stéréotypes, en douceur si possible », souligne-t-elle. Philippine Schaefer joue autant avec la couleur qu’avec la texture. Elle aime le noir et blanc qui lui permet de réaliser des petits formats bricolés dans l’intimité de sa salle de bain. Quant aux couleurs vives, elles sont réservées aux grands formats lui offrant la possibilité d’envelopper la figure humaine dans son entièreté. Chaque séance devient une performance à part entière. « J’entre dans un état de transe. J’en sors lessivée », confie l’artiste. Aujourd’hui, ses photogrammes quittent le papier pour habiller des corps. En effet, elle imprime son travail sur textile, créant des vêtements comme de secondes peaux, « une mue » où l’image retrouve une fluidité sans pareil. Car tout, dans l’œuvre de Philippine Schaefer, semble parler de métamorphose – celle du corps, de la lumière et du regard.

Photogramme d'une silhouette
© Philippine Schaefer
photogramme abstrait avec des végétaux et une main
© Philippine Schaefer
Photogramme avec un visage jaune et des plantes
© Philippine Schaefer
Photogramme d'un papillon
© Philippine Schaefer
silhouette orangé, une ligne noire la traverse.
© Philippine Schaefer
Photogramme d'un corps
© Philippine Schaefer
photogramme d'une silhouette dans les tons rouges.
© Philippine Schaefer
Photogramme avec de la végétation
© Philippine Schaefer
À lire aussi
Blue Screen of Death : Les photogrammes hybrides de Baptiste Rabichon
Blue Screen of Death © Baptiste Rabichon
Blue Screen of Death : Les photogrammes hybrides de Baptiste Rabichon
Baptiste Rabichon, artiste phare de la Galerie Binome, nous confronte à notre rapport ambigu aux images et à la technologie à travers…
12 juin 2025   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Isabel Muñoz à Portrait(s) : le corps en majesté
© Isabel Muñoz
Isabel Muñoz à Portrait(s) : le corps en majesté
Jusqu’au 28 septembre 2025, le festival Portrait(s) accueille une rétrospective d’Isabel Muñoz, grande figure de la photographie…
20 juin 2025   •  
Écrit par Costanza Spina
Explorez
Rencontres d'Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
Dana Steichen, M. Steichen est surpris par Mme Steichen en train de croiser un delphinium blanc avec un delphinium violet foncé afin d'augmenter la taille des fleurs de la variété blanche, Umpawaug Farm, Connecticut, États-Unis, 1938 Collection Spuerkeess. © 2026 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York.
Rencontres d’Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
La semaine d'ouverture vient de se clôturer, mais le festival, quant à lui, sera bien présent tout l'été, et ce, jusqu'au 4 octobre...
13 juillet 2026   •  
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
© Mallory Lowe Mpoka, In the Weft of Memory [Dans la trame de la mémoire] (détail), Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa, 2025, tissage jacquard et perles de verre Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
Le prix de la photo Madame Figaro, dédié aux femmes photographes émergentes, soutenu par Kering, a récompensé, à l’occasion des...
11 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Threshold © Akari Takenobu, pour Christian Dior Parfums
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Initié en 2018 par Christian Dior Parfums, en partenariat avec LUMA Arles et l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) le...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
© Li Hui
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
Cet été, la Fisheye Gallery, rouvre ses portes à Arles, avec deux expositions sous le commissariat de Tess Druot. La première réunit...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Fragile beauté, une exposition à la sensibilité débordante 
©Ryan-McGinley-Dakota-Hair
Fragile beauté, une exposition à la sensibilité débordante 
Jusqu'au 27 septembre, le Jeu de Paume ouvre ses portes à la collection de Sir Elton John et David Furnish. L'exposition, intitulée...
21 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
Cette semaine les photographes capturent à travers leur objectif le sport sous toutes ses formes. Les frissons parcourent les corps, une...
21 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Hélène David : les voix du vivant
© Hélène David
Hélène David : les voix du vivant
Pendant quatre ans, Hélène David a arpenté le Pays basque à la rencontre de celles et ceux qui l'habitent – humains, animaux, montagnes...
20 juillet 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand
La Martinique (re)générée de Jordan Beal
© Jordan Beal
La Martinique (re)générée de Jordan Beal
Avec Linéaments, Jordan Beal dévoile une Martinique générée par l'IA. Travaillant à partir d'images existantes, il explore un territoire...
19 juillet 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand