Au début de la photographie : des femmes pionnières au Pavillon Populaire

13 juin 2024   •  
Écrit par Costanza Spina
Au début de la photographie : des femmes pionnières au Pavillon Populaire
© Eudora Welty
© Gabriele Münter
© Gabriele Münter

Du 26 juin au 29 septembre le Pavillon Populaire de Montpellier exposera Eudora Welty et Gabriele Münter, deux femmes artistes majeures du 20e siècle qui ont marqué les débuts de la photographie.

Avec l’exposition Au début de la photographie, le Pavillon Populaire met en lumière deux femmes photographes qui ont eu comme point commun de débuter leur carrière par la photographie, avant de se consacrer à l’écriture et à la peinture : Eudora Welty et Gabriele Münter. La première, devint une grande novéliste qui obtiendra le Prix Pulitzer en 1973 pour son roman La Fille de l’optimiste, dans lequel elle décrit le Sud des États-Unis. Gabriele Münter rejoindra le mouvement Der Blaue Reiter et fut l’une des représentantes de l’avant-garde expressionniste munichoise. Les regards photographiques des deux femmes sont mis face à face et décrivent le Sud-Est des États-Unis au plus près du réel. Münter retrouve de l’autre côté de l’Atlantique sa famille émigrée et vit un véritable voyage initiatique, qui la mène au cœur des grands paysages naturels étasuniens. Welty se penche sur sa région d’origine, le Mississippi, traversée par une grande pauvreté systémique et par le racisme endémique qui la caractérise. Dans son reportage, elle raconte la condition des femmes noires.

Dépasser les limites d’un art à ses débuts

La description du paysage et d’une société complexe est propre aux deux artistes. Chacune explore par la photographie l’art qu’elle choisira par la suite, à la fois dans la composition du paysage et dans la question de la narration. Eudora Welty décrit le territoire de sa naissance, la ville de Jackson, et elle dépeint une civilisation décrépie, en plein dans la crise économique des années 1930, en proie à un racisme systémique féroce. Initiée à la photographie par son père, l’autrice ne délaisse aucun détail : le cadrage, la composition, la chimie. Le snapshot lui permet une certaine spontanéité. Comme le relève le commissaire Gilles Mora, « sa pratique photographique ne semble pas souffrir de ce contexte particulier : nulle nostalgie du passé dans ses images, pas plus qu’un malaise dû aux conflits racistes ».

La photographe, engagée dans les luttes antiracistes, affirmait à propos de ses images : « Je crois que la valeur de ces photographies n’a rien à voir avec la façon dont elles ont été prises, mais bien plutôt dans leurs sujets eux-mêmes ». Pour Gabriele Münter, ce voyage est décisif et façonne sa personnalité. Après la figure humaine, le paysage constitue le sujet principal de sa démarche. « L’immensité de ces paysages sans fin fascinait Münter et la photographie représentait la technique parfaite pour restituer ses impressions » explique la commissaire Isabelle Jansen. Cette dernière capturait le paysage depuis le chariot sur lequel elle voyageait. Les chevaux devenant ainsi partie intégrante de la prise de vue et rendaient bien cette atmosphère de voyage, comme le relève Isabelle Jansen. Les deux artistes ont en commun d’aller au-delà de la photographie et d’y apporter un avant-goût d’écriture et de peinture, afin de dépasser les limites de cet art encore à ses débuts.

© Eudora Welty

Explorez
La sélection Instagram #463 : tout feu tout flamme
© Anass Ouaziz / Instagram
La sélection Instagram #463 : tout feu tout flamme
Le soleil brûle dans notre sélection Instagram de la semaine. Les flammes se déchaînent, les briquets s’allument, et les lueurs rouges...
16 juillet 2024   •  
Écrit par Marie Baranger
Archevêché by Fisheye : un bilan réjouissant
© Claire Jaillard
Archevêché by Fisheye : un bilan réjouissant
Le 6 juillet s’est clôturé la première semaine des Rencontres d’Arles 2024. À la cour de l’Archevêché, lieu historique du...
13 juillet 2024   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Les images de la semaine du 01.07.24 au 07.07.24 : cap sur Arles !
© Joachim Haslinger, Tribute to Egon Schiele, 2022 courtesy www.atelierjungwirth.com
Les images de la semaine du 01.07.24 au 07.07.24 : cap sur Arles !
C’est l’heure du récap‘ ! Cette semaine, Fisheye se plonge dans la 55e édition des Rencontres d'Arles et revient sur quelques-unes de ses...
07 juillet 2024   •  
Écrit par Milena Ill
La vitalité des ama se diffuse dans le langage visuel d'Uraguchi Kusukazu
© Uraguchi Kusukazu. Au large, 1974. Avec l’aimable autorisation d’Uraguchi Nozomu.
La vitalité des ama se diffuse dans le langage visuel d’Uraguchi Kusukazu
Des photographies inédites de la monumentale archive d’Uraguchi Kusukazu prennent vie aux Rencontres d’Arles. Le photographe japonais a...
04 juillet 2024   •  
Écrit par Marie Baranger
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Dans l’œil de Juliette-Andréa Élie : éprouver le paysage qui se transforme
© Juliette-Andréa Élie, œuvre réalisée dans le cadre d'une résidence au musée Nicéphore Niépce
Dans l’œil de Juliette-Andréa Élie : éprouver le paysage qui se transforme
Cette semaine, plongée dans l’œil de Juliette-Andréa Élie. Au moyen de diverses techniques, la photographe et plasticienne compose des...
À l'instant   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les coups de cœur #502 : Dominik Scharf et Rafael Fabrés
© Rafael Fabrés
Les coups de cœur #502 : Dominik Scharf et Rafael Fabrés
Dominik Scharf et Rafael Fabrés, nos coups de cœur de la semaine, enregistrent le monde grâce à leur boîtier. Le premier se considère...
Il y a 5 heures   •  
Les images de la semaine du 15.07.24 au 21.07.24 : le feu des souvenirs
© Pascal Sgro
Les images de la semaine du 15.07.24 au 21.07.24 : le feu des souvenirs
Cette semaine, les photographes de Fisheye s’intéressent aux différents aspects du feu, et ce, de manière littérale comme figurée.
21 juillet 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Voir le temps en couleurs : le laboratoire de l'histoire photographique imaginé par Sam Stourdzé
Yevonde Middleton Vivex, *John Gielgud as Richard II in 'Richard of Bordeaux'*, 1933 by colour print NPG x11658. © National Portrait Gallery, London
Voir le temps en couleurs : le laboratoire de l’histoire photographique imaginé par Sam Stourdzé
Jusqu’au 18 novembre, les 1 200 mètres carrés du deuxième étage du Centre Pompidou-Metz se transforment en une promenade temporelle pour...
20 juillet 2024   •  
Écrit par Marie Baranger