Morphogenèse : carte blanche du Fresnoy au Théâtre Nanterre-Amandiers

20 janvier 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen
Morphogenèse : carte blanche du Fresnoy au Théâtre Nanterre-Amandiers
© Momoko Seto, Planet A, film, 8 min, 2008, Production Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains
Hicham Berrada, Les Augures mathématiques, film, 7 min 39,2020 at Hayward Galler. Courtesy Hicham Berrada et Kamel Mennour
© Hicham Berrada, Les Augures mathématiques, film, 7 min 39,2020 at Hayward Galler. Courtesy Hicham Berrada et Kamel Mennour

Rénové et rouvert en décembre 2025, le Théâtre Nanterre-Amandiers inaugure sa nouvelle saison en offrant une carte blanche au Fresnoy – Studio national des arts contemporains pour concevoir une exposition collective. Présentée jusqu’au 22 février 2026, l’exposition articule images projetées, sculptures, films et animations autour de la « morphogenèse », terme utilisé par Goethe en 1790, qui désigne l’ensemble des lois façonnant la forme et l’architecture du vivant.

Sous le commissariat de Pascale Pronnier, responsable des programmations artistiques du Fresnoy, les six artistes invité·es – Hicham Berrada, Yue Cheng, Alain Fleischer, Éléonore Geissler, Yosra Mojtahedi et Momoko Seto – orientent la création vers le processus plutôt que vers le projet, ce qui donne lieu à des œuvres en perpétuel devenir.

S’inscrivant dans la programmation « L’Autre Scène : un théâtre vivant au-delà de la scène », cette invitation vise à ouvrir le Théâtre Nanterre-Amandiers à d’autres disciplines artistiques. Pour Christophe Rauck, son directeur et ancien directeur du Théâtre du Nord à Lille et Tourcoing, il s’agit également « d’une manière de rendre hommage au Nord » et, par ce dialogue avec le Fresnoy, de « ramener un peu du Nord à Paris ».

Entre matière et imagination

Du décryptage, d’Éléonore Geissler, des écailles photosensibles d’une ancienne espèce marine vieille de 400 millions d’années, à la construction de fables écologiques aux accents apocalyptiques dans les films de Momoko Seto, l’exposition déploie une temporalité vertigineuse et interroge la parenté entre formes chimiques et formes du vivant.

Dans le travail de Yue Cheng, cette question prend forme : elle convertit les signaux des mycéliums en sons synthétiques pour sonder les imaginaires du fait d’habiter dans un monde fongique, ouvrant à une coexistence entre humains et architectures mycéliennes préhistoriques. Yosra Mojtahedi instaure, quant à elle, une relation corporelle avec les visiteurs·ses à travers des formes hybrides brouillant la frontière entre le vivant et le non-vivant ; sa sculpture robotisée, sensible à la présence humaine, abolit la distance entre l’œuvre et son public.

L’exploration de mondes inconnus se poursuit avec Alain Fleischer, qui étudie depuis longtemps les cristations et fasciations de cactus – anomalies morphologiques encore inexpliquées par les botanistes du XXIe siècle, et avec Hicham Berrada, qui, grâce aux algorithmes de morphogenèse et à l’impression 3D, fait se matérialiser des entités ayant pu exister, pouvant exister ou appelées à exister.

Par leur audace spéculative, leur sensibilité aiguë aux métamorphoses du vivant et de la matière, ainsi que leur approche plurielle des médiums, ces artistes rendent visibles des phénomènes physiques invisibles tout en donnant corps à des imaginaires habituellement imperceptibles, faisant du souci universel porté à toutes les formes d’existence, organiques ou non, une loi inhérente à la morphogenèse.

Conçue comme un monde rêvé, l’exposition Morphogenèse ne se limite pas au spectacle visuel et perceptif dans l’espace du théâtre. Elle s’affirme comme une invitation à questionner l’anthropocentrisme et à repenser les visions binaires du monde, en proposant un dispositif invitant le ou la spectateur·ice à réinventer son rapport au vivant, telle une pluie salutaire dans un présent où l’imagination de l’avenir semble peu à peu se tarir.

Alain Fleischer, L'Apparition du monstre, film, 2017
© Alain Fleischer, L’Apparition du monstre, film, 2017
Yue Cheng, Sphère 3 L’île et l’insulation, installation, 2025, Production Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains
© Yue Cheng, Sphère 3 L’île et l’insulation, installation, 2025, Production Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains
À lire aussi
Panorama 27 : au Fresnoy, l’image réinventée
Daniel Duque, Pacifico, film, 2025, production Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains © Daniel Duque
Panorama 27 : au Fresnoy, l’image réinventée
Au cœur du Fresnoy, l’exposition annuelle Panorama est devenue un rendez-vous incontournable. Pour sa 27e édition, l’événement orchestre…
02 octobre 2025   •  
Écrit par Cassandre Thomas
23 événements photographiques à découvrir en septembre 2026
Dakota Hair © Ryan McGinley
23 événements photographiques à découvrir en septembre 2026
La rédaction de Fisheye a relevé une série d’événements photographiques à découvrir à Paris et dans le reste de la France en septembre…
02 septembre 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Explorez
Quels mondes allons-nous habiter ? Fisheye #78 scrute le paysage
© Caroline Ruffault
Quels mondes allons-nous habiter ? Fisheye #78 scrute le paysage
Disponible à compter de ce vendredi 11 septembre, Fisheye #78 s’articule autour du paysage. Portfolios et dossier s’intéressent aux...
11 septembre 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Lueurs Fauves : l’écosystème sensible d’Eve Campestrini
© Eve Campestrini
Lueurs Fauves : l’écosystème sensible d’Eve Campestrini
C’est au cœur de la vallée occupée par le Groupe Agricole d’Exploitation Collective (GAEC) de Montlahuc qu’Eve Campestrini compose Lueurs...
08 septembre 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
Cette semaine les photographes capturent à travers leur objectif le sport sous toutes ses formes. Les frissons parcourent les corps, une...
21 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Hélène David : les voix du vivant
© Hélène David
Hélène David : les voix du vivant
Pendant quatre ans, Hélène David a arpenté le Pays basque à la rencontre de celles et ceux qui l'habitent – humains, animaux, montagnes...
20 juillet 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Jaka Mojškerc : des déchirures comme des bouts de vie
© Jaka Mojškerc
Jaka Mojškerc : des déchirures comme des bouts de vie
À travers ses images et ses collages, Jaka Mojškerc construit de petites histoires d'un quotidien qui passe lentement dans la...
22 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les coups de cœur #585 : Lorenzo Levi et Federico Pacini
A non Fairy, Tale. © Lorenzo Levi
Les coups de cœur #585 : Lorenzo Levi et Federico Pacini
Cette semaine, Lorenzo Levi et Federico Pacini, tous deux originaires d’Italie, parcourent la ville, ses lieux parfois déserts et les...
21 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
500 portes, neuf douches : l’étrange expérience de Suwa Shin
기다리는 여자 (Waitng Woman), Be Nu (累) © Suwa Shin
500 portes, neuf douches : l’étrange expérience de Suwa Shin
Pendant six mois, la photographe coréenne Suwa Shin a frappé à 500 portes de son immeuble pour poser une question pour le moins...
19 septembre 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Quand la photographie rencontre la grandeur de Fontevraud
Saul Leiter, Taxi, 1957 Collection Florence et Damien Bachelot © The Saul Leiter Foundation
Quand la photographie rencontre la grandeur de Fontevraud
Dans l’écrin spectaculaire de l’abbaye royale de Fontevraud, la photographie se mesure à la peinture, s’en inspire, la détourne et finit...
19 septembre 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas