Dans Siga, Diane Desclaux célèbre l’indolence de l’été dans des clichés jouant avec les ombres et la géométrie. Réalisée sur différentes îles grecques, la série invite à prendre le temps, non sans une certaine langueur.
La belle saison a vécu ses derniers sursauts pour le grand soulagement de beaucoup. Après les vagues de canicules, les incendies et autres catastrophes survenus à cette période, l’arrivée de l’automne s’est imposée comme une heureuse accalmie, quoiqu’elle laisse certains plus songeurs. Dans Siga, une série dont le titre provient d’une expression grecque signifiant « doucement, doucement », Diane Desclaux regrette la lenteur de l’été, celle où rien n’a d’importance sinon l’instant que nous vivons. « Le projet […] est né d’une volonté de s’ancrer dans le moment présent, de traduire cette philosophie et cet état d’esprit dans lequel nous nous retrouvons si rarement de nos jours : celui de la contemplation », explique-t-elle. Ses images aux compositions étudiées s’inscrivent dans cette démarche où la spontanéité est reine. Elles résultent de mises en scène réalisées avec des éléments à proximité : des lunettes de soleil ou un livre. L’ombre d’une main, des silhouettes de profil et des zones de flou achèvent l’esthétique de cet univers. « J’ai du mal avec une certaine vision de la photographie qui serait parfaitement mécanique, millimétrée et préméditée, étaye-t-elle. Je trouve ça fabuleux de se dire qu’une image puisse être totalement différente d’une seconde à l’autre, et aussi d’un point de vue à l’autre. Un détail peut devenir l’élément central d’une image. »


« Une pause d’apparence naïve »
En noir et blanc ou en couleur, Diane Desclaux joue avec notre regard, mais aussi avec nos perceptions au sens large. Comme dans un poème, les figures de style sont nombreuses. Si les lunettes de soleil et les contours projetés d’une main évoquent une mise en abyme, ils convoquent la vision et le toucher. Le bruit des vagues et des pages qui se tournent se devinent aisément et prolongent la synesthésie. L’ennui même est personnifié par une petite fille. La tête entre les mains, elle ne semble guère trouver grand intérêt à ces vestiges grecs qui pressent les foules. À moins qu’elle ne s’imagine une multitude de récits qui auraient leur place entre les ruines et les mythes. Tout est prétexte à ralentir, à s’adonner à cette « pause d’apparence naïve, désormais devenue un luxe ».
Pour illustrer son propos, l’artiste revient sur la sensation qui l’a habitée à la suite d’une catastrophe : « Je me souviens, il y a quelques années, être partie sur l’île de Rhodes, une île avec une forêt abritant des millions de papillons. J’ai appris, peu de temps après, qu’un incendie était passé tout près et que les fumées avaient menacé l’espèce. L’idée de ne plus pouvoir voir ce que j’avais photographié m’a donné un sentiment étrange. » Devant l’incertitude de l’environnement, le regard devient alors primordial. « Je ne veux absolument pas faire passer un constat alarmiste à travers mes photographies, mais plutôt donner envie de retrouver une vraie disponibilité au monde, souligne-t-elle. Il faut tenter, dans nos vies accélérées, de rester un peu plus longtemps face à ce qui nous entoure, d’en percevoir la beauté, mais aussi la fragilité pour conserver l’essence de nos étés et celle de nos forêts. Ce que l’on considérait comme acquis, comme un été, une lumière, un paysage ou une certaine insouciance, est peut-être justement ce qui mérite aujourd’hui le plus d’attention. »


