Jusqu’au 25 octobre 2026, la Galerie du Jour agnès b. présente Le Chant des villes, une exposition collective aux écritures contrastées se réunissant pour révéler les nuances d’un territoire commun : la ville.
C’est à la Fab, au cœur du 13e arrondissement que se déploie Le Chant des villes, un dialogue entre les langages de dix artistes et un collectif dans une seule et même pièce. L’espace y est blanc, neutre. Il sert à se faire oublier pour accueillir les narrations portées par Aristide Barraud, Nicolas Boulben, Etienne Boissier, Alexandre Dupeyron, Flore Faucheux, Sinae Lee, Claire Nicolet, Mandy Payne, Julie Rochereau, Chloe Sharrock et le Solar Collective. Autant de voyages d’une urbanité à l’autre, de Marseille à Séoul, tantôt sombres et mystérieux, tantôt drôles et insolites. Photographie, peinture, dessin et même céramique s’y croisent comme pour nous pousser à dérégler notre regard, à prêter attention aux textures, aux surfaces, aux ombres et lumières des villes dans lesquelles nous évoluons – comme pour en convoquer leurs âmes. Pourtant, au détour des œuvres, très peu de traces humaines. Si celles-ci percent, çà et là, elles semblent rester au service d’un récit plus large : celui de la construction d’un intime dans un territoire partagé par tous·tes. Une ruine révélée par l’éclat d’un soleil en monochrome, des flous vertigineux décomposant les sommets des gratte-ciels, un trognon de pomme géant aussi gros qu’un camion-poubelle dans une rue déserte… Sur les murs, ce sont moins les métropoles que les émotions qui les traversent qui règnent.


Perdre tout repère
Alexandre Dupeyron nous propose l’une des premières errances de l’exposition. Passant du bleu au noir et blanc, il convoque un lieu poétique aux frontières floues, comme pour nous ouvrir les portes d’un rêve. Spectrales, ses compositions plongent des détails dans la pénombre pour ne révéler que des silhouettes, humaines ou non, corps égarés, anonymes, ou architectures gargantuesques mangées par le grain. Une immersion vibrante dans une ville où la nuit a noyé le jour, où nos yeux cherchent – et perdent – tout repère.
Au détour d’un autre mur, la Galerie du Jour accueille un diptyque de Chloe Sharrock, photojournaliste et membre de MYOP – deux images prises en zone de conflit que l’autrice retravaille au charbon et au fusain. Face à nous, une étrange impression de calme, dans ce lieu de ruines noires révélées par des éclats blancs. Rien ne bouge, on ne peut contempler que la destruction soulignée par le clair-obscur. Une sélection d’œuvres poignantes : en distordant ainsi ses clichés, Chloe Sharrock leur offre une nouvelle matérialité tout en interrogeant le caractère répétitif de l’iconographie de guerre et notre rapport à celle-ci. Les surconsommer nous a-t-il insensibilisé·es à leur violence ?
Enfin, entre Paris et Séoul, Sinae Lee illumine l’une des cimaises de flashs puissants, d’images effet cartes postales et de textes aux allures de journaux intimes. Une réflexion tendre et amusante autour de son expérience en tant qu’étrangère en France. S’y croisent pigeons et feux d’artifice dans une tentative de donner du sens à un quotidien ancré dans une forme d’altérité. Une belle manière de conclure ce voyage aux écritures multiples dans une ville tout aussi plurielle.
