Jonathan Steelandt

30 juin 2015   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Jonathan Steelandt
Jonathan Steelandt est originaire de Belgique où il vit et photographie son quartier, sa famille, les gens qui l’entourent. Son projet “9181 km” est un témoignage personnel de ses expériences quotidiennes, entre ses voyages au Brésil et le Plat pays. Pour lui la photographie est un partage, son leitmotiv. Il nous explique pourquoi.

Fisheye: Qu’est-ce qu’ils représentent, ces 9181 km ? Comment est né ce projet ?

Jonathan Steelandt

: C’est la distance à vol d’oiseau entre les deux lieux que je photographie le plus souvent. Le quartier ou j’habite en Belgique, à Ruisbroek et un quartier de la cité Itumbiara, au Brésil , d’où est originaire la personne avec qui je partage ma vie. Dans ces deux endroits, je photographie le pâté de maisons autour duquel je réside, les proches, des amis, des connaissances, parfois des voisins ou des promeneurs.

Le projet est né du constat des différences et des choses qui nous rassemblent. Je voulais montrer aux personnes qui m’accueillent au Brésil à quoi ressemble mon pays, et vice-versa. J’aime bien l’idée que l’on puisse se perdre dans les images, que l’on hésite entre les lieux et les gens… Ce projet souligne nos ressemblances avec les habitants d’un autre continent.

Qui sont ces gens que tu photographies ? Et plus particulièrement ces jeunes filles, qui apparaissent à plusieurs reprises dans la série ?

Ce sont mes filles Louise et Jeanne. Elles sont les repères temporels de mes photographies, une source d’étonnement perpétuel pour moi. Donc je les photographie pour apprivoiser les changements. C’est à elles que je destine mon travail.

"Sans titre", photo extraite de la série "1981 km" / © Jonathan Steelandt
“Sans titre”, photo extraite de la série “1981 km” / © Jonathan Steelandt

Qu’est-ce qui t’intéresse dans la photographie ? Qu’est-ce que ça t’apporte ?

Il y a énormément de choses très différentes qui m’intéresse en photo, mais je crois que ce que je préfère c’est la photographie documentaire, où tout est dans l’image, ou l’on peut se perdre dans une infinités de détails et donc se faire sa propre histoire et s’interroger sur l’autre. J’admire beaucoup le travail de photographes comme Joel Sternfeld, Doug Dubois, Amy Stein, Jen Davis… La jeune photographie américaine en général.

J’ai commencé à travailler en série avant 2010. Maintenant j’aimerais que chaque image que je sélectionne puisse s’ajouter aux autres et peu importe le mélange des formats, des écritures ou des moments. Ce qui compte c’est de réunir un ensemble cohérent pour raconter le temps qui passe. Puis j’aime l’idée de partager mes images avec ceux que je photographie: c’est un vrai partage ou chacun donne et prend de l’autre.

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“Sans titre”, photo extraite de la série “1981 km” / © Jonathan Steelandt

 

Enfin la photo me permet de me rapprocher du monde et des gens tout en me « cachant » derrière l’appareil, ce qui est assez rassurant. J’appréhende mieux les gens, les lieux et les choses une fois qu’ils sont « dans la boîte ». Ça me donne l’impression que je les ai un peu apprivoisés.

Comment es-tu devenu photographe ?

J’ai commencé à travailler dans des studios comme assistant à l’âge de 18 ans. A l’époque, je ne savais rien du métier. Je me suis construit en ouvrant des livres, en allant voir des expositions, en démarrant un travail personnel à côté des commandes.

Aujourd’hui je travaille dans la pub comme retoucheur. Ça me rapporte un salaire pour pouvoir financer et poursuivre mes séries, le développement de mes images et leur impression en mini-éditions que je donne autour de moi. Je vise l’authenticité, à travers le procédé (l’argentique) et le sujet (mon quotidien). J’ai envie que mes photos aient une résonnance chez le spectateur, pour qu’il puisse se les approprier.

Quelles sont tes influences ?

Trop nombreuses pour toutes les citer. J’aime beaucoup de photographes complètement différents. Et le web est une source inépuisable de découvertes ! Par exemple je suis les travaux de photographes très intéressants comme Charles Paulicevich, Matt Lief Anderson ou Gustavo Gomez. Mais j’apprécie beaucoup plus les images sur papier que sur un écran, même si c’est sur ce support qu’elles vivent pleinement.

J’aime bien les gens qui travaillent sur leur quotidien comme Francois Goffin, les sujets proches de leurs auteurs. Je pense notamment à la magnifique série Day with my father de Phillip Tolledano, le travail de Doug Dubois sur ses parents ou Touching Strangers de Richard Renaldi. Ces démarches m’inspirent davantage que celles qui cherchent l’insolite ou l’exotisme loin de chez soi – quoique l’éloignement et le voyage ont des saines vertus sur la curiosité.

Dans “9181 km”, est-ce qu’il y a certaines de tes photos que tu trouves particulièrement significatives ? Est-ce qu’il y a une photo qui soit ta favorite ?

Celle que je m’apprête à faire ! Sinon, je n’ai pas de photo favorite, j’essaye d’obtenir un ensemble d’images solide plutôt qu’une ou deux qui soient particulièrement significatives. Évidemment il y a en des plus fortes que d’autres, qui attire l’attention, permettent de rythmer l’ensemble, de donner envie d’en voir plus. J’aime l’idée de narration, de « tension » entre les images et essayer d’y mettre un ordre.

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Dirais-tu que l’apprentissage, puis la pratique régulière de la photographie, a modifié le regard que tu portes sur ton environnement, sur les gens qui t’entourent ?

Évidemment! La pratique photographique c’est une école de la vie, c’est comme la littérature, on peut tout y mettre tout y trouver. Il y a un photographe que suis sur Flickr et qui légende toujours ces images avec cette phrase: “Une photo par jour éloigne le psychiatre toujours”. Je suis assez d’accord avec ce propos.

Pourquoi éprouves-tu le besoin de photographier ?

C’est un besoin qui me rassure.

Quels sont tes projets ?

Continuer à photographier, à regarder des images, à réaliser mes petites éditions. Et un jour, faire un livre pour mes filles.

Propos recueillis par Marie Moglia

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