La (re)naissance de Vénus

04 mars 2020   •  
Écrit par Lou Tsatsas
La (re)naissance de Vénus

Sujets insolites ou tendances, faites un break avec notre curiosité de la semaine. Qu’est-ce qu’un corps parfait ? En s’incrustant dans des œuvres d’art, la photographe mexicaine Carol Espíndola s’amuse à déconstruire nos idéaux.

Photographe, éducatrice, auteure d’essais littéraires inspirés par la culture contemporaine… Carol Espíndola ne cesse d’interroger la place de la femme dans notre monde, sa relation au corps, et les stéréotypes qu’elle doit combattre au quotidien. C’est en 2001 que l’artiste mexicaine découvre le 8e art. « J’ai très peu de photos de mon enfance. Lorsque mes filles sont nées, j’ai commencé à utiliser un boîtier pour documenter leur croissance », précise-t-elle. Rapidement remarquées, ses créations lui permettent de remporter un concours local. « Les critiques ont fusé : j’ai entendu des personnes dire que ces clichés devaient avoir été réalisés par mon mari », confie-t-elle.

Provocante et engagée, Carol Espíndola s’attache depuis à représenter le corps féminin vu par « le regard patriarcal qui nous gouverne ». Combattant la notion de beauté imposée par notre société, l’auteure souhaite montrer un corps dénué de toute connotation sexuelle. « Pour y parvenir, je repousse les limites du médium, et je déconstruis le terme « photographie », ajoute-t-elle. Je m’approprie des tableaux peints par des hommes en les modifiant suffisamment pour changer leur sens original – tout en conservant une dimension humoristique. »

© Carol Espíndola

La quête d’une silhouette parfaite

Nue, la photographe se livre et s’incruste dans les peintures des grands maîtres. Tour à tour, elle devient Vénus, Aphrodite, Ève, Phryné (célèbre courtisane grecque), ou encore Lady Godiva (dame anglo-saxonne du XIe siècle qui aurait traversé les rues de Coventry à cheval et dévêtue pour convaincre son époux de diminuer les impôts qu’il prélevait aux habitants, NDLR). Symbole de résilience, ces figures sont représentées dans l’art avec un « corps parfait ». « Lorsque j’ai commencé à construire La Atlántida, tout me paraissait insurmontable : je n’arrivais pas à me faire connaître en dehors de mon lieu de naissance – Tlaxcala, au Mexique – je ne remportais aucun succès en lecture de portfolio et j’avais pris du poids. En voyant mes filles grandir, j’ai pris conscience que mon propre corps vieillissait lui aussi. J’ai alors tourné l’objectif vers moi – il y a, dans la nudité, une certaine forme d’honnêteté. Cette série d’autoportraits me donne du pouvoir », raconte la photographe.

Amusante, La Atlántida prend la forme d’une quête : celle d’une silhouette parfaite. Inspirée par  l’Atlantide, cité mythique, et la notion d’utopie inventée par Thomas More, l’artiste compare la recherche d’un monde paradisiaque au désir des femmes de ressembler à un idéal inaccessible. Avec autodérision, Carol Espíndola efface des œuvres picturales ces corps autrefois jugés sublimes pour faire l’éloge de la libération. Pièce maîtresse de ces tableaux revisités, elle invite le spectateur à admirer ses propres formes – marquées par le temps, imparfaites, mais avant tout : glorieuses.

© Carol Espíndola

© Carol Espíndola

© Carol Espíndola© Carol Espíndola

© Carol Espíndola© Carol Espíndola

© Carol Espíndola

Explorez
Les Photaumnales : pour une éducation aux images
© Marisol Mendez
Les Photaumnales : pour une éducation aux images
À l’occasion du Bicentenaire, l’heure est au constat. Intitulée « La Photographie, et après ? », l’édition 2026 des Photaumnales...
26 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les coups de cœur #585 : Lorenzo Levi et Federico Pacini
A non Fairy, Tale. © Lorenzo Levi
Les coups de cœur #585 : Lorenzo Levi et Federico Pacini
Cette semaine, Lorenzo Levi et Federico Pacini, tous deux originaires d’Italie, parcourent la ville, ses lieux parfois déserts et les...
21 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Quand la photographie rencontre la grandeur de Fontevraud
Saul Leiter, Taxi, 1957 Collection Florence et Damien Bachelot © The Saul Leiter Foundation
Quand la photographie rencontre la grandeur de Fontevraud
Dans l’écrin spectaculaire de l’abbaye royale de Fontevraud, la photographie se mesure à la peinture, s’en inspire, la détourne et finit...
19 septembre 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Vincent Gouriou remporte le prix Roger Pic 2026
© Vincent Gouriou
Vincent Gouriou remporte le prix Roger Pic 2026
Les membres du jury de la 34e édition du prix Roger Pic ont récompensé Vincent Gouriou pour Les ombres claires. À travers cette...
28 août 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les Photaumnales : pour une éducation aux images
© Marisol Mendez
Les Photaumnales : pour une éducation aux images
À l’occasion du Bicentenaire, l’heure est au constat. Intitulée « La Photographie, et après ? », l’édition 2026 des Photaumnales...
26 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Et après la fumée ? : Louis Lepron révèle les dégâts des incendies de Fontainebleau
© Louis Lepron
Et après la fumée ? : Louis Lepron révèle les dégâts des incendies de Fontainebleau
Cet été caniculaire n'a épargné personne, encore moins la nature, première victime du dérèglement climatique. Le constat a été sanglant...
24 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Jaka Mojškerc : des déchirures comme des bouts de vie
© Jaka Mojškerc
Jaka Mojškerc : des déchirures comme des bouts de vie
À travers ses images et ses collages, Jaka Mojškerc construit de petites histoires d'un quotidien qui passe lentement dans la...
22 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les coups de cœur #585 : Lorenzo Levi et Federico Pacini
A non Fairy, Tale. © Lorenzo Levi
Les coups de cœur #585 : Lorenzo Levi et Federico Pacini
Cette semaine, Lorenzo Levi et Federico Pacini, tous deux originaires d’Italie, parcourent la ville, ses lieux parfois déserts et les...
21 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot