Les Gorgan : un monument familial par Mathieu Pernot

05 juillet 2017   •  
Écrit par Emma Bubola
Les Gorgan : un monument familial par Mathieu Pernot

Nous nous sommes promenés avec Mathieu Pernot à la Maison des Peintres, à Arles, où il expose un remarquable travail. Depuis 1995, il suit et photographie la famille Gorgan, un clan gitan qu’il a rencontré lorsqu’il habitait à Arles. Suivant le chemin personnel des membres de la famille, cette anthologie de vies individualise des personnalités trop souvent entassées dans une catégorie unique.

Ninaï est la mère de la famille Gorgan. Majestueuse, sûre, Mathieu la décrit comme « imposante physiquement et psychiquement ». Il la photographie pour la première fois en 1995, et la retrouve en 2013, toujours tenant les rênes de la famille. Lorsque l’on pénètre dans le vaste hangar où est exposé Les Gorgan, le regard intense de Ninaï accroche le visiteur. La cimaise qui lui est dédiée nous dévoile son accouchement, qui fait face et se clôture avec un dialogue entre cette mère et le tombeau muet de son fils aîné. La plupart de Arlésiens connaissent la Ninaï qui lit les lignes de la main dans un parking de la ville. Ils ne connaissent pourtant pas la mère courage qui « donne la vie et porte le deuil ».

Ninaï , Arles, 2014. Arles. © Mathieu Pernot Avec l’aimable autorisation de la galerie Éric Dupont.

Des photos prises ensemble

Les Gorgan sont à l’aise devant l’objectif, leur regard est franc et leurs poses familières. Les photos de cette série reflètent le rapport que le photographe entretient avec la famille, basé sur le respect mutuel et la confiance. « Ils savaient où j’habitais et ils venaient souvent à la maison, j’ai assisté à un accouchement, je suis parrain d’une des filles », nous confie le photographe. Présents au vernissage, les Gorgan se félicitent fièrement avec lui. Ils sont en effet les vrais protagonistes de ce travail d’auteur. Bien qu’extrêmement présent dans la narration, Mathieu ne met pas son geste artistique au premier plan. Il mélange ses clichés avec des photos de famille provenant des archives des Gorgan.

« Je ne veux pas distinguer mes photos des leurs. Je ne veux pas que les gens se disent : “C’est une photo de Mathieu Pernot, ça, ça ne l’est pas.” » Les superbes clichés en noir et blanc du photographe sont accrochés parmi des photos d’anniversaire, ses portraits sophistiqués dialoguent avec des selfies un peu flous. Bien que pétri de talent, ce puzzle hétérogène n’est pas un étalage de style mais plutôt un « monument » que le photographe dresse en hommage à cette famille.

NInaï, Vanessa et Jonathan, Arles, 1995 © Mathieu Pernot Avec l’aimable autorisation de la galerie Éric Dupont.

Mathieu Pernot, Ninaï, Arles, 1997. Avec l’aimable autorisation de la galerie Éric Dupont.
Mathieu Pernot, Ninaï, Arles, 1997. Avec l’aimable autorisation de la galerie Éric Dupont.
Mathieu Pernot, Ninaï, Arles, 2006. Avec l’aimable autorisation de la galerie Éric Dupont.

Ninaï, Arles, 2013. Avec l’aimable autorisation de la galerie Éric Dupont.Mathieu Pernot, Mickael, Arles, 2001. Avec l’aimable autorisation de la galerie Éric Dupont.Priscillia, Vanessa, Mickael et Jonathan, Arles 1995 © Mathieu Pernot Avec l’aimable autorisation de la galerie Éric Dupont.

Priscilla photomaton © Mathieu Pernot Avec l’aimable autorisation de la galerie Éric Dupont
Priscilla photomaton © Mathieu Pernot Avec l’aimable autorisation de la galerie Éric Dupont
Priscillia et sa fille, Arles, 2007 © Mathieu Pernot Avec l’aimable autorisation de la galerie Éric Dupont.
Priscillia et sa fille, Arles, 2007 © Mathieu Pernot Avec l’aimable autorisation de la galerie Éric Dupont.
Mathieu Pernot, Famille Gorgan, Arles, 1995. Avec l’aimable autorisation de la galerie Éric Dupont.
Mathieu Pernot, Famille Gorgan, Arles, 1995. Avec l’aimable autorisation de la galerie Éric Dupont.
© Mathieu Pernot. Avec l’aimable autorisation de la galerie Éric Dupont.
© Mathieu Pernot. Avec l’aimable autorisation de la galerie Éric Dupont.

Images par © Mathieu Pernot, avec l’aimable autorisation de la galerie Éric Dupont.

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