Les Rencontres de Parisberlin>Fotogroup

05 juillet 2017   •  
Écrit par Eric Karsenty
Les Rencontres de Parisberlin>Fotogroup

Si vous ne restez que quelques jours aux Rencontres d’Arles, jusqu’au 9 juillet, il y a une expo à ne pas manquer en marge du programme officiel, celle du collectif ParisBerlin>Fotogroup. Pour la troisième année consécutive, le binôme composé de Christel Boget et Elfi Rückert a fait un formidable travail de défrichage de photographie contemporaine sur l’axe Paris-Berlin et en Europe. Visite guidée.

On entre dans une petite maison de trois étages du quartier de La Roquette par une porte qui ne paie pas de mine, à cinq minutes de la place du Forum, et on de suite le sentiment d’aller chez un ami. Les pièces s’enchaînent à la façon d’un labyrinthe, chacune développant un climat particulier, en couleur ou en noir et blanc. Au fur et à mesure qu’on avance, on sent comme un doux plaisir à se perdre dans cette curieuse maison. Une euphorie qui tient peut-être au thème de l’ivresse proposé par les deux animatrices du collectif ParisBerlin>Fotogroup, Christel Boget et Elfi Rückert, qui ont invité beaucoup de monde à se joindre à elles. Des associations de photographes, une école et des institutions, constituant ainsi une constellation photographique qui se déploie sur 500 mètres carrés et trois étages.

 

Restons au rez-de-chaussée et allons au bout du couloir, laissant derrière nous toutes les salles en enfilade avant d’arriver, un peu comme dans le monde d’Alice, dans une pièce mystérieuse. Les trois murs en triangle sont recouverts d’images pour la plupart prises dans les sous-sols de Bucarest, en Roumanie. On pénètre dans un monde étrange, rencontrant des personnes qui vivent sous terre, au cœur de la capitale roumaine, au milieu des conduits d’eau chaude de la ville qui leur permet de passer l’hiver au chaud. Un lieu où le sol fait office de toit. Massimo Branca, jeune photographe italien né en 1985, par ailleurs diplômé en anthropologie, a décidé de s’enfoncer dans cet autre monde pour voir, comprendre et nous donner à voir comment vit cette drôle de communauté. Son leader s’appelle « Bruce Lee », il est doté d’un physique avantageux rappelant de loin le maître des arts martiaux qui fit fureur au cinéma dans les années 1970, et nous sert de guide dans ce reportage très convaincant.

© Massimo Bottura
© Massimo Bottura
© Massimo Bottura
© Massimo Bottura

© Massimo Branca

Portraitistes humanistes

On sort de cette pièce exiguë pour prendre l’air et un peu de hauteur en empruntant l’escalier, lui aussi espace d’accrochage. Au premier étage, on fait un voyage dans le temps et on bascule dans Scènes de vie, avec quatre photographes humanistes, essentiellement des portraitistes. Trois d’entre eux (Léon Herschtritt, Helga Paris et Angelika Platen) nous transportent à Paris et à Berlin entre les années 1960 et 1980, et Andrea Trogisch, né lui en en 1959, demeure dans une veine humaniste, mais avec une approche plus formelle. Tout l’étage est investi, on trouve même accrochée au-dessus d’une baignoire restée dans son jus une superbe photo de quatre ados parisiens des années 1960 sur un banc, avec un flic en képi qui semble leur faire la morale.

 

Continuons à prendre de la hauteur, jetant un œil au passage dans la jolie cour intérieure habitée par une éditrice et un libraire spécialisés, pour rejoindre le second niveau où se trouvent accrochés huit élèves de l’école de photographie Ostkreuz. Là encore, accrochages soignés, dignes du festival officiel, et des travaux de qualité comme les superbes images de Jelka Von Langen, entre reportage et documentaire, ou celles plus énigmatiques de Klaus Richter. On découvrira en repartant par un couloir dissimulé au rez-de-chaussée, une autre salle investie par les photographes de l’agence Ostkreuz, qui enseignent par ailleurs à l’école. L’édition n’est pas en reste, on trouve des plaquettes et des ouvrages au design aussi sobre qu’efficace pour présenter les différents travaux présentés, avec une mention particulière pour le catalogue dédié au travail d’Helga Paris, photographe d’exception née en 1938, qui a reçu le soutien d’Arte. Un partenariat légitime pour un collectif nommé ParisBerlin>Fotogroup. Un collectif qui trace depuis dix-sept ans d’intéressantes perspectives sur la photographie européenne.

© Stefanie Kulisch
© Stefanie Kulisch
© Jana Ritchie
© Jana Ritchie

À g.: © Stefanie Kulisch | À d.: © Jana Ritchie

© Ann Katrin Warter

© Ann Katrin Warter | Image d’ouverture : © Jelka von Langen

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