« My Town », photographies d’un souvenir d’enfance

15 mars 2017   •  
Écrit par Marie Moglia
"My Town", photographies d'un souvenir d'enfance

Que reste-t-il des souvenirs de l’enfance ? Des odeurs imperceptibles, des impressions confuses et pugnaces, des images nostalgiques que le recul de l’âge adulte transforme en sensations brumeuses d’autrefois.

C’est justement parce que cette mémoire insaisissable est obsédante, que Marietta Varga, 25 ans, a tenté de la capturer. Il en ressort un travail délicat, sensible, qu’elle a baptisé My Town (en français, « ma ville », nldr). Cette série prend place à Siófok, une ville hongroise de 24 000 habitants située sur la rive sud du lac Balaton, le plus vaste d’Europe centrale.

C’est là-bas que Marietta est née et a grandi. La jeune femme a quitté la Hongrie il y a dix ans. Et chaque fois qu’elle retourne dans sa ville natale, elle ressent « une profonde nostalgie. » Cette série est née du besoin pressant de renouer avec ses racines et ce sentiment familier d’être chez soi.

Fisheye Magazine | Extrait de "My town , Siófok II" / © Marietta Varga
Extrait de “My town , Siófok II” / © Marietta Varga

Histoire de famille

J’ai fais ces photos en janvier dernier. C’était la fin des vacances Noël. Un matin au réveil, tout était devenu blanc, couvert de givre. C’était la première fois depuis bien longtemps que ma ville m’est apparue exactement comme je l’avais dans ma tête. Je devais repartir pour Londres quelques jours plus tard, et il fallait que j’emporte avec moi quelque chose qui me rappelle la maison.

Les scènes sont soigneusement cadrées, la lumière, parfaite, est étudiée avec attention. Marietta a fait preuve de précision et de justesse. La photographe a gardé en mémoire ce souvenir d’elle, âgée de huit ans, un soir d’hiver.

Quand je terminais mes devoirs, j’enfilais des vêtements chauds, je me précipitais dans notre jardin, et je me sentais tellement libre. Ce soir là il neigeait. Je me suis allongée dans la neige et j’ai regardé les flocons tomber.

Fisheye Magazine | Extrait de "My town , Siófok II" / © Marietta Varga
Extrait de “My town , Siófok II” / © Marietta Varga

Cette série très personnelle est emblématique du rapport que Marietta entretient avec la photographie, très lié à son histoire familiale : « Dans ma famille, il y a cette énorme album photo baptisé Chronicle, que ma mère a commencé il y a 37 ans. Il retrace notre histoire. Quand j’étais enfant, je passais beaucoup de temps à le feuilleter. J’étais en extase et je le suis toujours aujourd’hui ! » De là une vocation est née. Son travail ne s’inspire pas toujours autant de son histoire personnelle mais il est empreint d’une intimité pudique et sincère.

My Town est donc une exception car elle assouvit un besoin. C’est une série que Marietta a réalisé pour elle seulement. Mais l’univers qu’elle représente, la nostalgie et la mélancolie que la photographe invoquent sont presque familiers. Ils se font l’écho d’un sentiment universel, celui qui rattache un individu à ses origines. My Town est un beau témoignage qui rappelle que la photographie est aussi un remède à l’oubli.

Fisheye Magazine | © Marietta Varga
© Marietta Varga
Fisheye Magazine | © Marietta Varga
© Marietta Varga
Fisheye Magazine | © Marietta Varga
© Marietta Varga
Fisheye Magazine | © Marietta Varga
© Marietta Varga
Fisheye Magazine | © Marietta Varga
© Marietta Varga
Fisheye Magazine | © Marietta Varga
© Marietta Varga

En (sa)voir plus

Vous pouvez suivre Marietta sur Instagram : @mattivarga

Découvrez l’ensemble de son travail sur Behance : www.behance.net/mariettavarga

Explorez
Dans l’œil de Katya Kalyska : l'importance des relations humaines
© Katya Kalyska
Dans l’œil de Katya Kalyska : l’importance des relations humaines
Cette semaine, plongée dans l’œil de Katya Kalyska, photographe biélorusse dont nous vous avions déjà présenté le travail. Pour Fisheye...
04 mars 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Annabelle Foucher dévoile l’étoffe de l’être à la Fisheye Gallery
© Annabelle Foucher
Annabelle Foucher dévoile l’étoffe de l’être à la Fisheye Gallery
Le temps de L’Étoffe de l’être, les œuvres d’Annabelle Foucher, lauréate du Grand Prix Picto de la Photographie de mode en 2023, se...
29 février 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Bec Wood : le féminisme comme combat, la maternité comme armure
© Bec Wood
Bec Wood : le féminisme comme combat, la maternité comme armure
Depuis l'Australie, l’artiste émergeante et engagée, Bec Wood, capture la féminité en s’extrayant de toute injonction sociale.
27 février 2024   •  
Dans l’œil d’Annabelle Foucher : le pouvoir destructeur des mots
© Annabelle Foucher
Dans l’œil d’Annabelle Foucher : le pouvoir destructeur des mots
Cette semaine, plongée dans l’œil d’Annabelle Foucher. La photographe de mode, dont nous vous avions déjà présenté le travail, maîtrise...
26 février 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Philémon Barbier jette la lumière sur la vie des livreur·ses à vélo
© Philémon Barbier
Philémon Barbier jette la lumière sur la vie des livreur·ses à vélo
Le Forum Vies Mobiles et le photographe Philémon Barbier se penchent sur la condition des livreur·ses travaillant pour les applications...
Il y a 7 heures   •  
Écrit par Costanza Spina
Olivier Metzger : radiographie de la nuit française
© Olivier Metzger
Olivier Metzger : radiographie de la nuit française
Jusqu’au 23 mars, la galerie Arrêt sur l’image rend hommage à Olivier Metzger, le photographe qui arpentait la nuit en en capturant...
Il y a 11 heures   •  
Écrit par Costanza Spina
Dans l’œil de Katya Kalyska : l'importance des relations humaines
© Katya Kalyska
Dans l’œil de Katya Kalyska : l’importance des relations humaines
Cette semaine, plongée dans l’œil de Katya Kalyska, photographe biélorusse dont nous vous avions déjà présenté le travail. Pour Fisheye...
04 mars 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les images de la semaine du 26.02.24 au 03.03.24 : montrer le méconnu
© Lee Shulman / Omar Victor Diop
Les images de la semaine du 26.02.24 au 03.03.24 : montrer le méconnu
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les photographes s’attachent à rendre visibles des sujets méconnus ou peu représentés.
03 mars 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet