Mythe, illusion ou désillusion?

06 avril 2018   •  
Écrit par Anaïs Viand
Mythe, illusion ou désillusion?

Gregor Sailer est un photographe et designer autrichien qui aime remettre en question notre compréhension du monde. Dans son dernier ouvrage, The Potemkin Village, paru en octobre 2017, il revisite le mythe du même nom datant du 18e siècle. Un bel objet qui brouille les frontières et questionne notre réalité. Authenticité ou illusion ? Les deux évidemment.

Selon la légende, en 1787, en Crimée, Grigori Potemkine fit ériger des façades en carton-pâte pour masquer la misère locale. L’objectif ? Impressionner l’impératrice Catherine II, de passage. Au-delà du mythe, l’expression « village Potemkine » renvoie aujourd’hui aux termes de trompe-l’œil, de supercherie. Il renvoie également au dernier ouvrage signé Gregor Sailer, The Potemkin Village, paru chez Kehrer Verlag. Si Gregor s’est spécialisé dans la photographie documentaire et d’architecture dans le milieu urbain, le médium a toujours été pour lui  l’outil idéal permettant de « raconter des choses, effectuer des recherches sur le monde, révéler des informations et défendre une opinion ». Le monde est son terrain de jeu favori, c’est là qu’il puise son inspiration. « J’essaye de trouver de nouvelles perspectives et de pénétrer des espaces difficiles d’accès, explique le photographe. J’essaye de faire des images réalistes permettant au spectateur de se forger sa propre opinion », précise-t-il.

Courir après l’invisible

Intéressé par le faux et toutes les formes d’illusion, Gregor recherche des « versions modernes du mythe », à savoir des « constructions architecturales motivées par des enjeux politiques, militaires ou encore économiques ». Centres de formation au combat aux États-Unis, répliques fidèles de villes européennes en Chine, zone d’essais de véhicules en Suède. Une course après l’invisible, qui s’avère difficile tant les publications et les contacts sont rares. « Les phases de recherches et d’organisation jouent un rôle important dans ce projet », confie le photographe. Depuis 2015, il a voyagé à travers quatre continents et a parcouru plusieurs pays parmi lesquels, les États-Unis, la Chine, la Russie, la Suède, l’Allemagne, la France ou encore l’Angleterre. Gregor revisite un mythe du XVIIIᵉ siècle à la lumière des préoccupations et besoins du XXIᵉ siècle. Et surtout, ses images pointent l’invisible, le faux ou encore ce que l’on refuse de voir. Fiction ou réalité ? Une chose est certaine, The Potemkin Village questionne nos propres frontières.

© Gregor Sailer

© Gregor Sailer

© Gregor Sailer

© Gregor Sailer

© Gregor Sailer

© Gregor Sailer

The Potemkin Village, Éditions Kehrer Verlag, 58,00 €, 304 p.

Explorez
La sélection Instagram #539 : tout ce qui brille
© Jo Bradford / Instagram
La sélection Instagram #539 : tout ce qui brille
Pour fêter la nouvelle année, les artistes de notre sélection Instagram de la semaine posent leurs regards sur tout ce qui brille : feux...
30 décembre 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Les coups de coeur #570 : Fahad Bahramzai et Elisa Grosman
© Elisa Grosman
Les coups de coeur #570 : Fahad Bahramzai et Elisa Grosman
Fahad Bahramzai et Elisa Grosman, nos coups de cœur de la semaine, cherchent tous deux à transmettre des émotions par l’image. Le premier...
29 décembre 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
La sélection Instagram #538 : le grand manteau blanc
© Christie Fitzpatrick / Instagram
La sélection Instagram #538 : le grand manteau blanc
À l’approche des fêtes de fin d’année, les artistes de notre sélection Instagram de la semaine capturent la poudreuse, les chutes...
23 décembre 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Chad Unger, feu tranquille
© Chad Unger
Chad Unger, feu tranquille
Chad Unger est l’auteur de la série au titre étrange et poétique Fire Barked At Eternity – littéralement « le feu aboya à l’éternité »....
20 décembre 2025   •  
Écrit par Milena III
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Dans l’œil de Cloé Harent : derrière la falaise se cache la lumière
© Cloé Harent, Residency InCadaqués 2025
Dans l’œil de Cloé Harent : derrière la falaise se cache la lumière
Cette semaine, nous vous plongeons dans l’œil de Cloé Harent, dont l’œuvre a fait l’objet d’un accrochage lors de l’édition 2025 du...
Il y a 8 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Gabrielle Hébert : l’amour comme langage intime à la Villa Médicis
Gabrielle Hébert (1853-1934), Peppino Scossa endormi dans les bras de sa mère, 11 août 1888, aristotype à la gélatine, 8,7 x 11,7 cm, Paris, musée national Ernest Hébert © Musée d’Orsay, Dist. GrandPalaisRmn / Alexis Brandt
Gabrielle Hébert : l’amour comme langage intime à la Villa Médicis
Elle a photographié l’amour – son amour – et le temps qui passe. À la Villa Médicis, Gabrielle Hébert fait de la photographie un...
01 janvier 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Sofía Jaramillo : la neige comme espace de réappropriation
A New Team © Sofía Jaramillo
Sofía Jaramillo : la neige comme espace de réappropriation
Dans A New Winter, Sofía Jaramillo s’attaque à l’imaginaire figé des sports d’hiver. En revisitant les codes visuels du ski, la...
31 décembre 2025   •  
Écrit par Cassandre Thomas
La sélection Instagram #539 : tout ce qui brille
© Jo Bradford / Instagram
La sélection Instagram #539 : tout ce qui brille
Pour fêter la nouvelle année, les artistes de notre sélection Instagram de la semaine posent leurs regards sur tout ce qui brille : feux...
30 décembre 2025   •  
Écrit par Marie Baranger