Nature, magie et écoféminisme

15 juin 2020   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Nature, magie et écoféminisme

Avec Je suis la terre, Caroline Ruffault réécrit les relations entre les hommes et la nature et imagine un monde harmonieux. Une œuvre écoféministe emprunte de magie.

« Il y a bientôt deux ans, un ancien agriculteur bio, un peu chaman – même s’il n’aime pas ce terme – est venu s’asseoir à côté de moi dans le train. Il rentrait d’une danse du soleil en Dakota du Sud et irradiait d’énergie. Après deux heures passées ensemble, j’étais invitée à ma première tente de sudation. Je venais de rentrer en France après une expatriation et j’avais besoin de retrouver un sentiment d’appartenance. Là-bas, j’ai découvert un petit paradis : dans la tente, pieds nus, assis sur le sol, au milieu de la nature et des arbres, on se connecte à tout ce qui nous entoure et surtout à nous-même »,

raconte Caroline Ruffault.

Portée par cette expérience métaphysique, la photographe française rêve. La nuit, elle se transforme en arbre, au cœur d’une forêt de femmes, les pieds enracinés dans le sol. Une connexion à la terre primaire, tactile qui lui parle et l’obsède. Ainsi nait Je suis la terre, une série faite de noir et blanc, d’ombres et de contrastes. Dans ce monde brut, les êtres vivants sont connectés, et avancent, avec précaution, vers un avenir commun.

© Caroline Ruffault

Créer le réel de demain

Tantôt visible, tantôt discrète, la nature s’immisce dans chaque cliché. Imperceptible, la force des éléments renverse les codes. « La voiture ou le poteau électrique sont presque engloutis et recouverts par des plantes, tout comme le bateau à l’envers », précise l’artiste. Un souffle vivant, puissant qui émane de la planète et enrobe chaque parcelle de vie. Capturant d’ordinaire les corps féminins, Caroline Ruffault se laisse ici influencer par l’écoféminisme. « J’ai été happée par ce concept qui réunit le féminisme, la nature et la “magie”. La sorcière, activiste et écrivaine américaine Starhawk définit le terme magie comme la capacité à imaginer de nouvelles utopies pour créer le réel de demain, et surtout un futur désirable », explique-t-elle.

Harmonieusement, la photographe peint un tableau délicat, composé d’écorces, de vent, et d’êtres humains. Terminée durant le confinement, la série s’inscrit dans une volonté de se déconnecter, de fuir l’anxiété générale pour apprendre à vivre avec la nature et la respecter. Ancrées dans un silence profond et majestueux, les images forment un cercle vertueux. Mythologies, rêves et espoirs cohabitent dans cet étrange univers, où l’emprise de l’Homme semble – enfin – avoir disparu. Inspirée par une utopie accessible, l’artiste construit un décor paisible, et laisse les traces humaines s’enfoncer dans la terre noire. « Loin des immeubles et du bruit des autres, j’existe, sans vouloir être plus », conclut-elle.

© Caroline Ruffault

© Caroline Ruffault

© Caroline Ruffault© Caroline Ruffault

© Caroline Ruffault

© Caroline Ruffault© Caroline Ruffault
© Caroline Ruffault© Caroline Ruffault

© Caroline Ruffault

© Caroline Ruffault

Explorez
Au BAL, Guido Guidi compose avec le temps
Cervia, 1968 © Guido Guidi
Au BAL, Guido Guidi compose avec le temps
Jusqu’au 24 mai 2026, l’œuvre du photographe et théoricien Guido Guidi prend ses quartiers au BAL. Articulée en dix-huit séquences...
24 février 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Le PhotoVogue Festival met les femmes et leur regard à l’honneur de son édition 2026
© Silvana Trevale
Le PhotoVogue Festival met les femmes et leur regard à l’honneur de son édition 2026
Du 1er au 4 mars 2026, PhotoVogue Festival investira la Biblioteca Nazionale Braidense de Milan à l’occasion de sa 10e édition. Portée...
21 février 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les images de la semaine du 9 février 2026 : du mouvement
© Greta Díaz Moreau / Loquita por ti
Les images de la semaine du 9 février 2026 : du mouvement
C’est l’heure du récap’ ! Cette semaine, les images se déplacent et nous déplacent. Tour à tour, elles se font le témoin de parcours de...
15 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Uber Life : aidez Tassiana Aït-Tahar à lancer son livre chez Fisheye Éditions !
© Tassiana Aït-Tahar / Fisheye Éditions
Uber Life : aidez Tassiana Aït-Tahar à lancer son livre chez Fisheye Éditions !
Fisheye Éditions s’apprête à publier Uber Life, le prochain livre de Tassiana Aït-Tahar. Pour accompagner sa parution, une campagne de...
12 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Participez à ces 5 appels à candidatures et concours du moment
Symbiose © Arash Khaksari
Participez à ces 5 appels à candidatures et concours du moment
Les vacances scolaires battent leur plein et sont marquées par l’échéance de plusieurs concours et appels à candidatures photographiques....
26 février 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
L'agenda de la semaine : 4 expositions à ne pas rater !
© Kwame Brathwaite
L’agenda de la semaine : 4 expositions à ne pas rater !
Cette semaine, la photographie se fait le miroir de nos luttes, de nos illusions et de nos avenirs partout en Europe. Qu'il s'agisse...
25 février 2026   •  
Au BAL, Guido Guidi compose avec le temps
Cervia, 1968 © Guido Guidi
Au BAL, Guido Guidi compose avec le temps
Jusqu’au 24 mai 2026, l’œuvre du photographe et théoricien Guido Guidi prend ses quartiers au BAL. Articulée en dix-huit séquences...
24 février 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Mia Hama et Yuji Tanno remportent le prix Zooms Japan 2026 !
© Mia Hama
Mia Hama et Yuji Tanno remportent le prix Zooms Japan 2026 !
Dans le cadre du Salon de la photo de Yokohama, ou CP+, deux artistes, Mia Hama et Yuji Tanno ont remportés le prix Zooms Japan 2026 et...
23 février 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine