Olivier Ratsi rayonne à travers ses attraits de lumière

23 juin 2021   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Olivier Ratsi rayonne à travers ses attraits de lumière

Artiste visuel et plasticien, Olivier Ratsi développe une réflexion sur notre capacité à voir à travers Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière, une exposition-expérience qui se tient à la Gaîté lyrique, à Paris, jusqu’au 18 juillet 2021. Une manière sensible de questionner nos perceptions visuelles et auditives.Un article, rédigé par Maxime Delcourt, à retrouver dans Fisheye #46.

Depuis le début des années 2000, Olivier Ratsi fait partie de ces artistes qui ébranlent les cadres de l’art, poussent la réflexion aux frontières du visible et réinventent leur pratique avec de nouveaux outils de création. À chacune de ses expositions, le Français utilise les nouvelles technologies pour construire un théâtre de couleurs chromatiques capable d’imprimer du mouvement aux œuvres, pour de vrai ou en trompe-l’œil. À l’origine, il y avait des projets photographiques censés déconstruire toute notion spatio-temporelle puis, en 2007, la création d’AntiVJ, un collectif pionnier dans l’utilisation du mapping – technologie consistant à projeter des lumières ou des images sur des monuments ou des structures en relief. Depuis, Olivier Ratsi a multiplié les expositions partout dans le monde. Surtout, il n’a jamais cessé de décliner ses obsessions à travers la création d’environnements illusionnistes via une approche ludique et sensorielle. Avec, à chaque fois, une idée en tête : « Modifier notre appréhension spatiale, mais aussi interroger nos capacités de vision et d’attention, d’acuité et de perception. »

Voir les choses différemment

Au moment d’évoquer son dernier projet, Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière,présenté à la Gaîté lyrique, Olivier Ratsi parle ainsi d’une exposition-expérience située à l’intersection de l’art, des technologies, des sciences et des problématiques sociales. « L’idée, c’est d’utiliser les technologies actuelles pour aller à contre-courant de notre monde hyperconnecté, détaille-t-il, conscient que l’art peut avoir un impact au-delà de son milieu naturel et investir le reste de la société.J’ai envie que le spectateur puisse voir les choses différemment, un peu comme s’il était au pied d’une montagne, afin d’interroger la capacité de métamorphose de notre regard. »

Pour cela, Olivier Ratsi s’appuie sur diverses techniques créant l’anamorphose et permettant aux spectateurs de bénéficier de différents points de vue sur une même situation. « Pour mettre en place cette dizaine de tableaux-sculptures lumineux, précise l’artiste,j’utilise aussi bien des logiciels de conception 3D tels que SketchUp et After Effects que des outils plus traditionnels comme Photoshop ou Illustrator. Cela dit, c’est impossible de tout réaliser seul. C’est pourquoi j’ai fait appel à des sculpteurs ou des soudeurs, mais aussi à Thomas Vaquié pour la musique, avec qui je collabore depuis l’époque d’AntiVJ. »

Ce qu’Olivier Ratsi ne dit pas d’emblée, à moins qu’on insiste, c’est qu’il a aussi réalisé deux créations musicales dans le cadre de cette nouvelle exposition. Deux compositions destinées à favoriser l’immersion et transformer le spectateur qui s’y plonge. « Quand on compare la musique et les arts visuels, on se rend compte qu’il y a de nombreux points communs : dans les deux cas, il y a une notion temporelle, une superposition de couches dans la création, etc. Tout l’enjeu est donc de créer des œuvres qui fusionnent tous ces univers »,explique-t-il, persuadé qu’il n’y a jamais une seule manière de voir une œuvre, surtout ici, quand elle n’est plus un bloc intangible.

Traversée chromatique

On lui parle alors d’Heureux soient les fêlés… comme d’une exposition totale, en référence à la notion d’art total chère au romantisme allemand, mais Olivier Ratsi laisse filer et reste silencieux. Par humilité, sans doute. Pourtant, les faits sont là : à travers différents jeux d’illusions, d’espaces et de volumes, cette exposition propose une traversée chromatique au spectateur, perpétuellement émerveillé, actif, et même troublé. À l’image de Negative Space, une installation où le visiteur se retrouve plongé dans un épais brouillard, complètement immergé, ne distinguant plus ses semblables pourtant à quelques mètres à peine de lui. « Je refuse de ne solliciter que les yeux du spectateur. Pour que l’expérience soit réussie, il faut que ses différents sens soient sollicités et qu’il puisse poser un regard nouveau sur ce qui l’entoure. »

Toutes ces expériences ne sont jamais simples à mettre en place. Il y a déjà l’acte créatif en lui-même : « Il s’écoule toujours un laps de temps très long entre le moment où l’idée principale surgit, et la possibilité de réaliser l’œuvre en question. »Mais il y a aussi la nécessité de s’adapter aux évolutions technologiques. « C’est un travail assez complexe de se renouveler constamment. Mon avantage, c’est de connaître déjà certains logiciels : je me familiarise rapidement aux dernières innovations. »L’important, à l’entendre, est aussi de pouvoir réfléchir en tant qu’artiste, et non juste en fonction des technologies : « Aujourd’hui, grâce aux ordinateurs, tout est réalisable. Il suffit parfois de confier ses désirs à une machine pour obtenir un résultat crédible. Moi, je préfère m’appuyer sur une démarche artistique, dans l’idée de ne pas tout confier aux technologies. »

Lorsqu’il prononce ces mots, Olivier Ratsi reste fidèle à lui-même : calme, posé, réfléchi, tout en veillant à ne pas tomber dans un discours abscons. C’est aussi pour cela qu’il prend la peine d’expliquer le titre de son exposition. Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumièreestune maxime empruntée au scénariste et réalisateur Michel Audiard, comme pour renforcer les liens entre photo et cinéma. Sans doute est-ce aussi pour cela qu’il évoque Pénétrable jaune,une installation de l’artiste vénézuélien Jesús-Rafael Soto qui, en 1999, mobilisait tous les sens du spectateur pour aller au-delà de sa perception visuelle. Une démarche qui fait écho à celle d’Olivier Ratsi, dont l’exposition-expérience invite à une régénération de nos points de vue. Ce qui, à l’entendre, est essentiel, « surtout dans un monde qui manque parfois de clarté et de perspectives ».

 

Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière, du 18/03 au 18/07/2021, à La Gaité lyrique 3 bis, rue Papin, à Paris (75)

© Olivier Ratsi © Olivier Ratsi © Olivier Ratsi

© Olivier Ratsi

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