Photographies politiques, un pouvoir de façade

27 octobre 2022   •  
Écrit par Ana Corderot
Photographies politiques, un pouvoir de façade

La riche actualité politique de ces derniers mois nous donne l’occasion de revenir sur le travail de Jesper Boot et sa série Power, distinguée l’an dernier par le prix Fujifilm Circulation(s). Ses images mises en scène nous donnent à voir la construction de l’imagerie politique qui façonne nos mémoires pour mieux aiguiser notre regard critique. Un article à retrouver dans notre Fisheye #55.

« La série

Power a commencé comme mon projet de fin d’études, en 2019. J’ai toujours eu une fascination pour la politique, la façon dont les médias de masse nous montrent les politiciens et l’influence qu’ils ont sur la façon dont nous les percevons », explique Jesper Boot, photographe néerlandais né en 1996, dont le travail s’inspire souvent du quotidien. Et c’est à la suite de sa formation en photographie à l’université des arts d’Utrecht, de 2015 à 2019, qu’il s’oriente sur l’imagerie politique. « Ces représentations, toujours très codifiées, sont gravées dans nos inconscients et sont devenues indissociables de notre conception de la politique », analyse le photographe qui n’hésite pas à mobiliser sa propre famille pour se livrer à des reconstructions d’images pour mieux déconstruire leur fonctionnement, et les codes de cette manipulation visuelle.

Imaginaire formaté

Lumières, cadrages, gros plans sur les visages ou sur les mains, contre-plongées valorisantes… Jesper Boot, qui fait tout lui-même, déploie les artifices du 8e art pour mimer les images de propagande qui irriguent les médias et contribuent à développer un imaginaire bien formaté. « Je choisis des photos avec des visages expressifs, de sorte que, sans histoire réelle, je puisse raconter une histoire avec une seule photo », précise le photographe. Et pour mieux faire apparaître les processus de fabrication, il n’hésite pas à dézoomer et à nous révéler les coulisses de l’image. « Les photos de “déconstruction” sont absolument essentielles dans ce projet. En réalisant ces images, je peux montrer au spectateur à quel point il est facile de tout recréer et de faire en sorte que votre père ait l’air d’être le président, explique l’artiste. Mais aussi de montrer que même les “vraies” images politiques ne représentent que des personnes devant de minces décors cadrés précisément, du bon point de vue, pour qu’elles aient l’air puissantes. »

Sans chercher à affirmer un point de vue politique particulier − « il ne s’agit pas de savoir pour qui je vote » −, l’auteur s’attache à décrypter « les mécanismes de l’image politique ». Cette série Power, exposée au Centquatre-Paris l’an dernier et distinguée par le prix Fujifilm Circulation(s), a permis à Jesper Boot d’apprendre « qu’à l’heure des médias de masse, où l’on voit des milliers d’images chaque jour, il faut faire attention à certaines images. Je pense que tout le monde à l’école devrait suivre des cours de sciences sociales, pour apprendre le système politique, les médias et d’autres choses importantes qui les affectent. Si vous comprenez ces systèmes, vous pouvez toujours retirer les éléments “neutres” des médias et vous faire votre propre opinion des politiciens, des images politiques, des vidéos et même d’autres choses dans le monde. »

Le prix Fujifilm Circulation(s) dont Fisheye est partenaire permet au lauréat de recevoir une dotation de matériel professionnel Fujifilm composé d’un boîtier avec son optique. Un soutien qui lui permettra non seulement de continuer son projet Power, toujours en cours, mais aussi de poursuivre ses recherches photographiques. À noter que la série Power sera présentée au Fotomuseum Den Haag, aux Pays-Bas, dans le cadre de l’exposition Parents jusqu’au 13.10.

 

© Jesper Boot© Jesper Boot

© Jesper Boot

© Jesper Boot© Jesper Boot

© Jesper Boot

© Jesper Boot

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