Poétiques paréidolies

11 mai 2023   •  
Écrit par Milena III
Poétiques paréidolies

Marc Donikian photographie les couleurs et les formes abstraites de la nature. Fascinante, sa pratique, proche des techniques anciennes, se lit comme une plongée contemplative dans l’invisible mystique. Cet article est à retrouver dans notre dernier numéro

Marc Donikian travaille la photographie abstraite et figurative, celle qui perd les formes et les renouvelle, confond les couleurs et crée des visions hallucinées. Dans ces images, fruits d’une immersion au cœur des paysages, chacun·e perçoit ce qu’il ou elle veut. Une silhouette humaine parée d’un masque semble se dessiner sur un arbre. Instinctivement on pense à un personnage de carnaval d’un pays de l’Est. « Je photographie les arbres pour les rendre vivants », déclare l’artiste viennois. À l’écoute des ombres, il joue avec les réminiscences et, en une belle charade poétique, ressuscite l’âme des éléments de la nature. Le photographe s’inspire des phénomènes psychiques modifiant la perception humaine comme la paréidolie, qui nous porte à reconnaître des visages ou des formes familières dans un paysage ou un nuage. Une sensibilité qui en dit long sur le fonctionnement de notre cerveau.

© Marc Donikian© Marc Donikian

Dans l’œil du calligraphe

Au début de la pratique de Marc Donikian, il y avait le noir et blanc, puis est apparue la couleur. C’est elle qui, au fil du temps, a pris le dessus. Avec elle, il invente un langage. S’inspirant du rendu du sténopé – dispositif optique composé d’un petit trou permettant d’obtenir une image grâce à une chambre noire élémentaire – , l’auteur développe un langage original avec un procédé argentique. Et c’est le geste de l’artiste, au sens littéral du terme, qui provoque un jeu pictural avec la lumière et produit la dynamique au cœur de l’image statique. Selon la position de ses doigts devant l’objectif, l’image se métamorphose. Dans son processus créatif, qui exige temps et concentration, Marc Donikian entre dans un état quasi méditatif. Il joue avec la contingence, la frag- mentation et l’ambiguïté, dessinant les traits qui composent l’image du bout des doigts, à la manière d’un calligraphe avec son pinceau.

Les recherches récentes sur la communication entre les arbres, ou les croyances animistes – selon lesquelles une même force vitale anime les êtres, les objets et la nature – marquent également son travail. « En déformant la réalité, je recherche quelque chose d’autre, précise-t-il. L’invisible qui pourrait se cacher derrière celle-ci. » Débarrassées du superflu, ses photographies fantastiques, oniriques ou menaçantes composent une célébration de la nature. Son œuvre est une invitation à entrer dans la danse de ces images allégoriques et à découvrir une énigme qui n’en finit pas de se dérober.

© Marc Donikian© Marc Donikian
© Marc Donikian© Marc Donikian
© Marc Donikian© Marc Donikian

© Marc Donikian

Explorez
Eyes of the Storm - Paul McCartney photographe, 1963-64 le calme avant la tempête
Paul McCartney, Autoportrait, Londres, 1963 © 1963-1964 Paul McCartney sous licence exclusive de MPL Archive LLP
Eyes of the Storm – Paul McCartney photographe, 1963-64 le calme avant la tempête
Jusqu'au 3 janvier 2027, le musée Granet accueille Eyes of the Storm, une exposition consacrée à une facette méconnue de Paul McCartney...
04 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
David Salcedo : dans la lumière, ouvrons les yeux
© David Salcedo
David Salcedo : dans la lumière, ouvrons les yeux
À travers Te vas a quedar ciego, David Salcedo retravaille des images capturées dans des émissions télévisées et recrée d’autres...
02 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Baccarat et Fisheye : entrer en Résonances
© Aliocha Boi et Daphné Lejeune
Baccarat et Fisheye : entrer en Résonances
Réalisé en partenariat avec Fisheye, Résonances, un bel ouvrage, célèbre le savoir-faire, de plus de 260 ans, de la Maison Baccarat et sa...
01 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Portrait(s) 2026 : David LaChapelle en majesté à Vichy
This is my house, New York, 1997 © David LaChapelle
Portrait(s) 2026 : David LaChapelle en majesté à Vichy
Jusqu'au 4 octobre 2026, le festival Portrait(s) investit la ville de Vichy pour sa quatorzième édition. Cette année, le photographe...
25 juin 2026   •  
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? : Anne-Lise Broyer
© Anne-Lise Broyer
Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? : Anne-Lise Broyer
Sur les traces des déplacements de populations, des fractures et de l'histoire antique, Anne-Lise Broyer dépose son regard. Un travail...
17 juillet 2026   •  
Écrit par Thomas Andrei
Au Palais de la Porte Dorée, l'art dénonce les discriminations
Jane Evelyn Atwood, La boxe féminine, 2000 FNAC 2000-208 Collection du Centre national des arts plastiques © Jane Evelyn Atwood
Au Palais de la Porte Dorée, l’art dénonce les discriminations
Le musée de l’Histoire de l'immigration au Palais de la Porte Dorée présente son exposition jusqu'au 23 août 2026.
16 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
À Tours, le Jeu de Paume dévoile les secrets d’Ed Alcock
© Ed Alcock / MYOP
À Tours, le Jeu de Paume dévoile les secrets d’Ed Alcock
Secrets et mensonges. Cette exposition au nom énigmatique, présentée au Jeu de Paume de Tours, revient sur les quinze ans de pratique...
15 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Rencontres d'Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
Dana Steichen, M. Steichen est surpris par Mme Steichen en train de croiser un delphinium blanc avec un delphinium violet foncé afin d'augmenter la taille des fleurs de la variété blanche, Umpawaug Farm, Connecticut, États-Unis, 1938 Collection Spuerkeess. © 2026 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York.
Rencontres d’Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
La semaine d'ouverture vient de se clôturer, mais le festival, quant à lui, sera bien présent tout l'été, et ce, jusqu'au 4 octobre...
13 juillet 2026   •