Prix Louis Roderer : la société dans l’objectif des lauréats

12 novembre 2020   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Prix Louis Roderer : la société dans l’objectif des lauréats

En dépit de la crise sanitaire, le Prix Découverte Louis Roederer a été décerné le 10 novembre, après des délibérations virtuelles. Exceptionnellement, deux photographes ont été récompensés : Poulomi Basu et François-Xavier Gbré.

Malgré l’annulation de l’édition 2020 des Rencontres d’Arles, la Fondation Louis Roederer, qui collabore avec le festival chaque année, avait souhaité maintenir le Prix Découverte Louis Roederer – dont les finalistes sont ordinairement exposés à Ground Control, lieu d’exposition situé à deux pas de la gare d’Arles. Si les dix projets retenus devaient être présentés dans la chapelle de l’ancien hôpital Laennec, aujourd’hui siège de Kering à Paris, du 11 au 15 novembre, la crise sanitaire a conduit la Fondation à annuler également ce rendez-vous.

Mais animé par une envie d’encourager la création émergente en ces temps difficiles, le Prix Découverte Louis Roederer a malgré tout été décerné, le 10 novembre. Le jury, composé de Damarice Amao (Centre Pompidou), Quentin Bajac (Jeu de Paume), Émilie Villez (Kadist), Christophe Wiesner (Rencontres d’Arles) et Marie-Ann Yemsi (commissaire d’exposition indépendante), s’est réuni virtuellement et a récompensé deux auteurs : Poulomi Basu et François-Xavier Gbré. Tous deux ont reçu une dotation, à valoir sur l’acquisition d’œuvres. Par souci d’équité, le Prix du public – une dotation de 15 000 euros – a été réparti entre les artistes et galeries finalistes.

© Poulomi Basu

© Poulomi Basu

Les émotions de l’Homme ou ses constructions

Photographe et activiste, Poulomi Basu (1982) est une artiste transmédia, explorant les liens entre identités et géopolitique. Dans la série Centralia, elle met en lumière les crimes de guerre se déroulant au cœur des forêts d’Inde centrale – un territoire marqué par un conflit qui oppose tribus indigènes et gouvernement. Reportages vidéo, enquêtes policières, biographies, histoires de femmes combattantes, photographies… Durant dix ans l’auteure a collecté différents documents, différentes preuves pour construire son projet. Le résultat ? Une œuvre aux multiples lectures, mêlant les perspectives. Un travail esthétique et déroutant, capturant avec minutie la complexité des enjeux géopolitiques au cœur desquels se rencontrent violence et force brutale.

Né à Lille en 1978, François-Xavier Gbré travaille aujourd’hui entre la France et la Côte-d’Ivoire, où il développe une œuvre inspirée par le bâtiment, comme témoin des changements sociaux. Avec Émergence, Abidjan, Côte d’Ivoire, 2013-2020, une installation de 57 photographies, l’auteur documente l’évolution de la métropole et de ses habitants. Une enquête menée en profondeur sur le territoire urbain et sa croissance dans le temps. Croissance économique, déclin, conflits civils, crise électorale, développement… La ville africaine n’a cessé de se mouvoir, d’évoluer au cours des dernières décennies. À travers son travail, François-Xavier Gbré recompose un paysage marqué par ces transformations, et donne à voir, par le prisme de l’architecture, l’expérience des populations d’Abidjan. Qu’ils utilisent les émotions de l’Homme ou ses constructions, les deux lauréats du Prix Roederer font le portrait de communautés marquées par leurs territoires. Des projets aussi harmonieux qu’engagés.

© Poulomi Basu

© Poulomi Basu

© François-Xavier Gbré / Courtesy Galerie Cécile Fakhoury (Abidjan, Dakar, Paris)© François-Xavier Gbré / Courtesy Galerie Cécile Fakhoury (Abidjan, Dakar, Paris)

© François-Xavier Gbré / Courtesy Galerie Cécile Fakhoury (Abidjan, Dakar, Paris)

Image d’ouverture : © François-Xavier Gbré / Courtesy Galerie Cécile Fakhoury (Abidjan, Dakar, Paris)

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