Retour vers le futur avec Jennifer Greenburg

12 janvier 2016   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Retour vers le futur avec Jennifer Greenburg
Dans cette série où résonne l’écho du rockabilly né dans l’Amérique des années 50, la photographe Jennifer Greenburg s’est glissée dans des photos d’archives. Son image incrustée comme une réplique propose une réflexion sur la mémoire, les stéréotypes, les représentations culturelles de notre propre passé.

Fisheye : Peux-tu nous expliquer le propos de ta série Revising History ?

Jennifer Greenburg : Revising History est une étude sur la photographie, sur la nature des images vernaculaires et leur rôle dans la création d’allégories culturelles. Ce travail a pour but de créer un dialogue autour de la photographie comme médium de représentation. Pour cela, j’ai remplacé les figures centrales de photos des années 40-60 par ma propre image. Je créé ainsi des images « contrefaçons ».

"Revising History" / © Jennifer Greenburg
“Revising History” / © Jennifer Greenburg

Pourquoi utiliser des images d’archives des années 40 et 60 ?

Cette période de l’histoire des États-Unis est souvent idéalisée, perçue comme une époque plus pure, plus simple – alors que c’était une période de tension où les inégalités étaient très fortes. Les images aident notre mémoire sélective à fonctionner.

Mes réflexions autour de la photographie vernaculaire m’ont conduite à conclure que nous partageons des identités visuelles et narratives. Nous documentons tous les mêmes moments. J’ai aussi remarqué qu’il existe bel et bien des conventions dans la composition des images, la lumière, les expressions des visages… C’est comme si nous faisions ces images pour prouver non seulement notre existence, mais aussi pour attester de notre longévité, de notre bonheur et de nos accomplissements. Surtout, elles prouvent notre conformisme, bien plus que notre unicité.

C’est donc ce constat qui t’a incité à intégrer ton visage sur ces archives ?

En quelque sorte. Si je transforme les photos « originelles », c’est pour souligner l’existence et l’universalité de ces allégories. L’image contrefaite transforme l’original en une icône symbolique d’un certain type de moments [un mariage, une fête, des moments de vie].

Est-ce qu’on peut parler d’autoportraits ?

Non mes images ne sont pas des autoportraits car dans ce travail, je suis une réplique. Et ce n’est pas facile d’incarner une personne anonyme ! Je fais de la traduction. Oui, je dois traduire la personne que je remplace sur le cliché, trouver ce qui fait d’elle une icône et la représenter.

"Revising History" / © Jennifer Greenburg
“Revising History” / © Jennifer Greenburg

Comment t’y prends-tu pour réaliser une image ?

C’est un procédé qui implique plusieurs disciplines ! La photographie, la performance, la création de costume – et un important travail de post-production. Une image requière des centaines d’heures de boulot. La toute première de la série date de 2010… J’y ai consacré une année complète, ça a été ma priorité. C’était un temps de travail nécessaire pour élaborer mon concept et le procédé – qui ne fut pas sans quelques ratés techniques.

Comment aimerais-tu que ta démarche soit perçue ?

 J’espère que mes images engageront le public dans une réflexion sur notre interprétation des médias visuels ; sur nos intentions dans la création de souvenirs personnels ; notre participation pour établir une histoire collective.

JenniferGreenburg_RevisingHistory_Extra_-2JenniferGreenburg_RevisingHistory_Extra_-3JenniferGreenburg_RevisingHistory_Extra_-4JenniferGreenburg_RevisingHistory_Extra_-5JenniferGreenburg_RevisingHistory_Extra_-6JenniferGreenburg_RevisingHistory_Extra_-7JenniferGreenburg_RevisingHistory-2JenniferGreenburg_RevisingHistory-4JenniferGreenburg_RevisingHistory-8JenniferGreenburg_RevisingHistory-9JenniferGreenburg_RevisingHistory-10JenniferGreenburg_RevisingHistory-11JenniferGreenburg_RevisingHistory-18JenniferGreenburg_RevisingHistory-12

Propos recueillis par Marie Moglia

En (sa)voir plus

→ Découvrez l’intégralité du travail de Jennifer sur son site : www.jennifergreenburg.com

Explorez
Rencontres d'Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
Dana Steichen, M. Steichen est surpris par Mme Steichen en train de croiser un delphinium blanc avec un delphinium violet foncé afin d'augmenter la taille des fleurs de la variété blanche, Umpawaug Farm, Connecticut, États-Unis, 1938 Collection Spuerkeess. © 2026 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York.
Rencontres d’Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
La semaine d'ouverture vient de se clôturer, mais le festival, quant à lui, sera bien présent tout l'été, et ce, jusqu'au 4 octobre...
13 juillet 2026   •  
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
© Mallory Lowe Mpoka, In the Weft of Memory [Dans la trame de la mémoire] (détail), Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa, 2025, tissage jacquard et perles de verre Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
Le prix de la photo Madame Figaro, dédié aux femmes photographes émergentes, soutenu par Kering, a récompensé, à l’occasion des...
11 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Threshold © Akari Takenobu, pour Christian Dior Parfums
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Initié en 2018 par Christian Dior Parfums, en partenariat avec LUMA Arles et l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) le...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
© Li Hui
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
Cet été, la Fisheye Gallery, rouvre ses portes à Arles, avec deux expositions sous le commissariat de Tess Druot. La première réunit...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Au Palais de la Porte Dorée, l'art dénonce les discriminations
Jane Evelyn Atwood, La boxe féminine, 2000 FNAC 2000-208 Collection du Centre national des arts plastiques © Jane Evelyn Atwood
Au Palais de la Porte Dorée, l’art dénonce les discriminations
Le musée de l’Histoire de l'immigration au Palais de la Porte Dorée présente son exposition jusqu'au 23 août 2026.
Il y a 11 heures   •  
Écrit par Esther Baudoin
À Tours, le Jeu de Paume dévoile les secrets d’Ed Alcock
© Ed Alcock / MYOP
À Tours, le Jeu de Paume dévoile les secrets d’Ed Alcock
Secrets et mensonges. Cette exposition au nom énigmatique, présentée au Jeu de Paume de Tours, revient sur les quinze ans de pratique...
15 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Rencontres d'Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
Dana Steichen, M. Steichen est surpris par Mme Steichen en train de croiser un delphinium blanc avec un delphinium violet foncé afin d'augmenter la taille des fleurs de la variété blanche, Umpawaug Farm, Connecticut, États-Unis, 1938 Collection Spuerkeess. © 2026 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York.
Rencontres d’Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
La semaine d'ouverture vient de se clôturer, mais le festival, quant à lui, sera bien présent tout l'été, et ce, jusqu'au 4 octobre...
13 juillet 2026   •  
Madeleine de Sinéty et les mystères d’une vie de photographe
Béatrice et la télévision, Poilley, 1973 © Madeleine de Sinéty
Madeleine de Sinéty et les mystères d’une vie de photographe
Jusqu'au 27 septembre 2026, le musée du Jeu de Paume à Paris propose une exposition intitulée Une vie, dédiée à Madeleine de Sinéty....
13 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin