« Si la vue vaut d’être vécue » : des histoires d’images

13 avril 2023   •  
Écrit par Anaïs Viand
« Si la vue vaut d’être vécue » : des histoires d'images

Il y a des ouvrages qui restent intemporels… Publié en 2019, Si la vue vaut d’être vécue, miscellanées photographiques, en est l’un d’eux. Clément Chéroux nous y conte une dizaine d’histoires d’images, en mêlant anecdotes et réflexions fondamentales. Un manifeste à (re)lire sans plus attendre.

Un cliché volé de Britney Spears, une bible vicieuse, et plusieurs histoires de guillotine. Dans son ouvrage Si la vue vaut d’être vécue, Clément Chéroux – docteur en histoire de l’art, anciennement conservateur en chef au MoMA et actuellement directeur de la Fondation Henri Cartier-Bresson – aborde la grande histoire de la photographie à coups d’anecdotes et réflexions passionnantes. Dans ses miscellanées, l’auteur revient aux origines du 8e art, avec la plus ancienne photographie conservée et une admirable coquille, s’attarde sur des pratiques qui lui sont chères – le tir photographique et le photomaton – et pointe le caractère mortifère de la photographie. « Vouloir voir, c’est vouloir savoir, et vouloir savoir, c’est tenter désespérément de résoudre l’énigme de notre destinée finale », commente-t-il. De l’argentique au numérique, le spécialiste rend compte des états de la photographie. Et savez-vous qu’un laboratoire pharmaceutique américain avait commercialisé « paparazzi », une pilule visant à augmenter les performances sexuelles des hommes ? Si la vue vaut d’être vécue rassemble onze textes illustrés à dévorer d’une traite, ou à picorer selon les envies et besoins de chacun·e. 

Comme s’il confondait la vie et la vue, l’historien de la photographie partage ses expériences, ou plutôt ses rencontres marquantes avec l’image. L’une est intime, l’autre est métaphorique, et toutes sont captivantes. Avec une distance maîtrisée, il invoque parfois d’autres maîtres tels que Roland Barthes, Henri Cartier-Bresson, Baudelaire, Aragon ou encore Jacques Henri Lartigue. À leur côté, il s’interroge, fouille, et expose. Nous voilà dans son musée intime. Et puis, souvent, Clément Chéroux se laisse absorber par une photo qu’il nous décrit, délicieusement. Il nous invite à prendre le temps, comme lui, de chercher, regarder, et partager des photos. Car sans elles, aucun historien ne pourrait analyser ces enregistrements du monde. Le genre, le bonheur, le temps ou encore la mort… Le 8e art n’est pas qu’une capture, il est un prolongement. Est-ce qu’une vie sans image vaut la peine d’être vécue ? Non, bien sûr que non, mais encore faut-il prendre le temps de voir, ou plutôt de regarder… 

 

Si la vue vaut d’être vécue, Miscellanées photographiques, Textuel, 20 €, 200p.

Tir photographique, Deux anonymes, Italie, 1949, épreuve gélatino-argentique, collection particulière, Paris. 

Tir photographique, Deux anonymes, Italie, 1949, épreuve gélatino-argentique, collection particulière, Paris.

Jeune femme sur un banc, Photographe amateur anonyme, France, année 1960, épreuve gélatino-argentique, collection particulière, Paris. Boîte du Szondi-Test, Expérimentelle Trierdiagnostik, Berne, Hans Huber Verlag, 1949, collection particulière, Paris. 

À g. Jeune femme sur un banc, Photographe amateur anonyme, France, année 1960, épreuve gélatino-argentique, collection particulière, Paris, et à d. boîte du Szondi-Test, Expérimentelle Trierdiagnostik, Berne, Hans Huber Verlag, 1949, collection particulière, Paris.

© Agnès Dahan Studio© Agnès Dahan Studio

© Agnès Dahan Studio

Image d’ouverture : Tir photographique, Deux anonymes, Italie, 1949, épreuve gélatino-argentique, collection particulière, Paris.

Explorez
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes...
© Jonathan Chandi
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes…
Indissociables de notre quotidien, les écrans et les réseaux sociaux ont radicalement transformé notre rapport à l'image. Entre la...
09 avril 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Mundane : la dramaturgie d’une violence sociale
© Salma Abedin Prithi
Mundane : la dramaturgie d’une violence sociale
Dans Mundane, série théâtrale aux contrastes maîtrisés, Salma Abedin Prithi met en scène la violence et ses dynamiques sociales dans son...
04 avril 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Pour Toujours : le regard subversif de Birgit Jürgenssen
© Birgit Jürgenssen
Pour Toujours : le regard subversif de Birgit Jürgenssen
Fortes de 130 ans d'engagement auprès des artistes, les Galeries Lafayette s'associent aux quinze ans du Centre Pompidou-Metz. Le projet...
30 mars 2026   •  
Tassiana Aït-Tahar : "Uber et l'argent du beurre"
© Tassiana Aït-Tahar
Tassiana Aït-Tahar : « Uber et l’argent du beurre »
Le 27 mars 2026, l’artiste et photographe Tassiana Aït-Tahar publie Uber Life aux éditions Fisheye, un ouvrage immersif retraçant ses...
26 mars 2026   •  
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Art Paris 2026, le printemps de l’art
© Sarfo Emmanuel Annor / The Bridge Gallery
Art Paris 2026, le printemps de l’art
Le très attendu rendez-vous de l’art contemporain a donné son coup d’envoi jeudi soir. Jusqu’à dimanche, 165 galeries présentent, sous la...
11 avril 2026   •  
Écrit par Jordane de Faÿ
Voici nos coups de cœur du salon unRepresented by a ppr oc he 2026
© Auriane Kolodziej
Voici nos coups de cœur du salon unRepresented by a ppr oc he 2026
La 4e édition d’unRepresented by a ppr oc he se tient à l'espace Molière jusqu'au 12 avril 2026. Comme à l’accoutumée, le salon fait la...
10 avril 2026   •  
Lore Van Houte : le cyanotype comme journal intime et refuge poétique
© Lore Van Houte
Lore Van Houte : le cyanotype comme journal intime et refuge poétique
Étudiante en sciences culturelles et artiste visuelle, Lore Van Houte capture la poésie de son environnement à travers le prisme bleuté...
10 avril 2026   •  
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes...
© Jonathan Chandi
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes…
Indissociables de notre quotidien, les écrans et les réseaux sociaux ont radicalement transformé notre rapport à l'image. Entre la...
09 avril 2026   •  
Écrit par Marie Baranger