Sur les pas de Depardon

29 décembre 2017   •  
Écrit par Anaïs Viand
Sur les pas de Depardon

12 jours et Traverser : profitez des vacances pour (re)découvrir les actualités de Raymond Depardon. Un film et un livre à « déguster » sans modération.

« Plutôt que témoin, je me sens davantage passeur. Les témoins sont rarement optimistes pour l’avenir. Moi je veux passer le relais. Au fond, je suis un passager de mon époque. » Et pour rendre compte de son époque, Raymond Depardon a voyagé au Tchad, au Soudan, au Vietnam, aux États-Unis en Afghanistan en Mauritanie, en Bolivie, bref, il a traversé le monde. Début septembre, paraissait Traverser, un ouvrage accompagnant l’exposition éponyme présentée à la Fondation Henri Cartier-Bresson. La terre natale, les voyages, la douleur et l’enfermement. Ces quatre thèmes abordés en mots et en images synthétisent la vie et les interrogations du photographe âgé de 75 ans. Et avant de plonger dans son enfance (au sein de la ferme du Garet) et de partir en balade aux quatre coins du monde, on découvre un délicieux entretien avec Agnès Sire, la directrice de la Fondation Henri Cartier-Bresson. Cette dernière aborde le parcours du photographe à travers de grands sujets : la conception d’une bonne photo, le lien entre la photographie, le cinéma et la littérature et plus largement son rapport au médium. Un beau livre à consommer sans modération.

«  Le cinéma, c’est d’abord l’écoute de l’autre, le silence du cadreur, l’humilité et le talent du réalisateur, sauf pour la fiction qui met en jeu d’autres temps » Agnès Sire

AFRICA. 1995.
Erythrea. Dahlak Islands.
© Raymond Depardon
FRANCE. Paris. In the railway network. 1997.
© Raymond Depardon

à g. Îles Dahlak, Érythrée, 1995, à d. Métro Avenue du Président-Kennedy, Paris 16e, 1997 © Raymond Depardon / Magnum Photos

Enfermement prolongé

Son dernier film, 12 jours, actuellement en salle, prolonge la dernière partie de son ouvrage consacré à l’enfermement. Dans son livre comme à l’écran, il y déroule des thèmes qui lui sont chers : la justice, la prison, la psychiatrie, l’hôpital. 12 jours ? C’est le temps dont disposent les établissements pour présenter les patients hospitalisés sous contrainte à un juge des libertés, ce dernier devant statuer sur le prolongement de l’internement ou sur la remise en liberté. Depardon a filmé 10 patients internés à l’hôpital du Vinatier à Lyon. On pénètre dans un univers poignant, quoique glaçant. Un couloir, des portes closes et quelques chambres vides. Et puis le réalisateur resserre ses plans, silence, on entre en salle d’audience. Les échanges entre juge et patient sont filmés sur le vif, on se croirait en huis clos. On découvre des individus fragiles. 12 jours suggère et questionne plus qu’il ne juge. C’est au spectateur de mener l’enquête. Quelles sont les limites de la procédure ? Par qui doit-on se laisser convaincre ? L’équilibre entre le pouvoir médical et juridique est-il légitime ? Une fois encore, Depardon aborde avec sensibilité la question du juste et de l’autorité.

« Jamais ne s’arrête l’idée d’une photographie, d’une image à faire, la mémoire d’une lumière, la surprise d’un cadre, jamais de repos pour la quête d’un bonheur photographique ». Écrivain, photographe et réalisateur, on présente souvent l’homme comme étant sans limite, voilà qui est amplement confirmé.

Traverser, Raymon Depardon, Xavier Barral, 39 €, 260 p.

Image d’ouverture : Hôpital psychiatrique Collegno, Turin, Italie, 1980 © Raymond Depardon / Magnum Photos

Explorez
La sélection Instagram #549 : doux printemps
© crisjrey / Instagram
La sélection Instagram #549 : doux printemps
Cette semaine, la nature s’éveille en douceur dans notre sélection Instagram. Nos photographes capturent la poésie indicible des premiers...
17 mars 2026   •  
Concours Fisheye x MPB : découvrez le nom des deux lauréates !
© Emma Devigne
Concours Fisheye x MPB : découvrez le nom des deux lauréates !
Il y a quelques jours, les membres du jury du concours Fisheye x MPB se sont réunis afin de désigner leurs deux lauréates. Dans des...
17 mars 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Jean Painlevé : la science en rythme et les pieds dans l’eau
Jean Painlevé. Buste d’hippocampe, vers 1931. Épreuve gélatino-argentique d’époque © Les Documents Cinématographiques/Archives Jean Painlevé
Jean Painlevé : la science en rythme et les pieds dans l’eau
Le musée de Pont-Aven nous invite, jusqu’au 31 mai 2026, à une plongée fascinante dans l’univers de Jean Painlevé. Bien plus qu’une...
03 mars 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Le Château d’Eau réinventé : une visite guidée dans les pas de Sophie Zénon
© Sophie Zenon
Le Château d’Eau réinventé : une visite guidée dans les pas de Sophie Zénon
Le Château d’Eau de Toulouse a rouvert ses portes le 22 novembre 2025 après dix-huit mois de travaux. Pour inaugurer ce site...
17 février 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les coups de cœur #578 : Florian Salabert et Bodhi Shola
© Bodhi Shola
Les coups de cœur #578 : Florian Salabert et Bodhi Shola
Cette semaine, Florian Salabert et Bodhi Shola, nos coups de cœur, révèlent la magie qui sommeille en chacun·e d’entre nous.
Il y a 3 heures   •  
Écrit par Ana Corderot
Les images de la semaine du 16 mars 2026 : s’éveiller
© eneraaw
Les images de la semaine du 16 mars 2026 : s’éveiller
C’est l’heure du récap’ ! Le printemps est là, et avec lui une envie de prendre l’air, de faire du ménage dans nos esprits et de...
22 mars 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Circulation(s) 2026 : découvrez les trois coups de cœur de la rédaction !
© Nina Pacherová
Circulation(s) 2026 : découvrez les trois coups de cœur de la rédaction !
Jusqu’au 17 mai 2026, Circulation(s) reprend ses quartiers au CENTQUATRE- PARIS, dans le 19e arrondissement. Pour cette 16e édition, le...
21 mars 2026   •  
Cheryle St. Onge et l’intime épreuve de la démence
© Cheryle St. Onge
Cheryle St. Onge et l’intime épreuve de la démence
Dans Calling The Birds Home, la photographe américaine Cheryle St. Onge transforme un moment intime en un récit visuel d’une grande...
20 mars 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas